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Nelly Trumel nous a quitté

janvier 2019.

Je croisais Nelly régulièrement à Radio libertaire parce que j’avais une émission mensuelle dont je ne me souviens plus le nom. Un truc qui ronronnait pas mal.

Puis il y a eu la guerre du Golfe, qui éclata le 2 août 1990. Ceux qui n’ont pas connu cette époque ne peuvent pas se rendre compte de l’ambiance qui régnait à ce moment-là.

Il y a eu un déchaînement hallucinant des médias qui soutenaient l’intervention de George Bush père, ce criminel de guerre qui vient de mourir quelques jours avant Nelly. Radio libertaire était devenu le havre de l’opposition à la guerre : sans doute étions-nous les seuls sur les ondes herziennes à jouer ce rôle et à condamner de manière lancinante les bombardements sur l’Irak qui ne tuaient que la population civile.

C’est à ce moment-là que nos liens se sont resserrés. Elle m’a fait rencontrer Andrée Michel, qui faisait des prédictions prophétiques : les sous-prolétaires de demain, ce seront les femmes célibataires avec enfants.

C’est lors de la guerre du Golfe que sont nées les « Chroniques du Nouvel ordre mondial », que j’ai tenues jusqu’en 1997, dont Nelly faisait souvent la technique, au début.

Et puis il y avait un troisième larron : Philippe Garnier. C’était un psychanalyste venu sur le tard à l’anarchisme et qui avait une vision rafraîchissante à la fois de l’anarchisme et de la psychiatrie. Beaucoup trop tôt, en juin 2003, il est parti rejoindre Freud, ou Lacan, ou Reich, je ne sais plus, au paradis des psychanalystes.

Je venais de quitter le groupe Pierre-Besnard parce que j’habitais alors aux antipodes de Bagnolet. Nelly, Philippe et moi ne voulions pas être des adhérents individuels de la FA : à nous trois nous avons formé un groupe. À l’ordre du jour de la première réunion : quel nom donner au groupe ? Aucun de nous n’avions envie de donner au groupe le nom d’un personnage emblématique du mouvement anarchiste.

Je ne sais plus lequel de nous a dit : nous sommes en février, appelons-nous : groupe Février. Et voilà, c’était parti.

Ce groupe était un peu curieux parce que chacun de ses trois membres était très occupé dans son domaine d’activité. Nos réunions consistaient à donner une approche pluridisciplinaire aux questions que nous soulevions. C’était en fait très intéressant. Mais surtout, on se marrait bien. J’ai toujours dit que si on ne se marre pas en militant, mieux vaut rester chez soi.

Les réunions se passaient chez Nelly : ses fauteuils étaient confortables et les discussions politico-sociales se transformaient infailliblement en dégustation de whisky. On quittait rarement les lieux sobres. Et puis le groupe s’est dissous de lui-même, je ne saurais dire pourquoi, mais l’amitié qui nous liait n’a pas disparu.

Nelly est partie mais il reste chez moi, posés un peu partout sur les meubles, des petits tableaux représentant du radis, de la pomme de terre et de l’oignon qui me rappelleront encore longtemps cette frêle et extraordinaire petite bonne femme qui a servi avec acharnement la cause de l’émancipation des femmes.

René Berthier





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