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éditorial du n° 1187

Le jeudi 6 janvier 2000.

La fabrication du futur est un souci permanent du pouvoir et ce à toutes les époques et sous toutes les latitudes. Événements mystiques, épidémies, faits d’armes et monuments jalonnent ainsi l’histoire officielle justifiant l’existence des nations, des États et des religions qui les accompagnent. Sauf que sous le vernis mystificateur apparaît une réalité tout autre qui révèle des constructions sociales certes moins héroïques mais où la persévérance et le travail obscur des masses anonymes sont largement plus déterminant dans la création et l’accumulation des richesses collectives, aussi bien matérielles que scientifiques et culturelles.

C’est ainsi que les gouvernants du moment avaient cru bon de nous fabriquer un événement majeur à l’occasion de l’an 2000 des chrétiens doublé d’un vaste battage sur l’éventuel cataclysme dû à un bogue informatique. L’affaire se présentait bien et tous les médias s’en délectaient.

Manque de pot, deux éléments non prévu mais pas imprévisibles sont venus semer la zizanie dans leur scénario.

La marée noire est venu nous rappeler que la recherche du profit allait toujours de pair avec des catastrophes humaines, sociales et écologiques en dépit des discours lénifiants sur les bienfaits de la bourse et des fonds de pensions. De la même manière, les vents à 200 km/h et les inondations ont remis à leur juste place toutes les évolutions technologiques et informatiques qui ont beaucoup trop tendance à nous rendre la condition humaine virtuelle.

Eh oui, il faut toujours des millions de km de câble pour faire circuler l’énergie. Il faut aussi les fabriquer, les poser, les entretenir et cela demande certes des moyens matériels mais encore beaucoup d’efforts et de travail manuel, fait par des ouvriers pas du tout virtuels.

Ce sont encore des individus avec leurs petits seaux et leurs petites pelles qui nettoient les plages et les rochers malgré les propos insultants d’une Voynet qui se permet de comparer l’incomparable. Comme si les dizaines de milliers de morts du Venezuela permettaient de tenir pour quantité négligeable les saloperies d’un capitalisme bien franchouillard qu’elle ménage pour raison d’État sans doute.

Là-bas comme ici les dirigeants essaient de masquer leur incurie et leur responsabilité en jouant sur la corde sensible de la fatalité et de la solidarité. Ils nous jettent quelques millions à la gueule comme faire-valoir. Au bout du compte la seule solidarité en laquelle nous pouvons avoir confiance est celles de ces individus qui gratuitement et généreusement essaient de faire face tant sur les côtes qu’en hébergeant des sinistrés. Ceux-là agissent sans arrière-pensées alors que les simagrées d’un Jospin ou d’un Chirac ne trompent personne. La solidarité est une nécessité sociale et humaine, en aucun cas un concept d’État !


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