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Lille

Quand les antifascistes trinquent

Le jeudi 5 octobre 1989.

Petit rappel des faits. Braderie de Lille, samedi 3 septembre, à 22 heures, le stand du SCALP subit l’attaque d’un commando fasciste composé essentiellement de militants de Troisième Voie (MNR et Cie) et de skinheads. Plusieurs personnes sont blessés.

Le SCALP de Lille, prévenu de la venue de fascistes à l’occasion de la Braderie, avait au préalable publié un communiqué de presse mettant en garde contre les risques que faisait courir la présence de néo-nazis sur la fête.

De nombreuses agressions, outre celle dont fût victime le SCALP, eûrent lieu tout le week-end à l’encontre de journalistes, de marchands ambulants d’origine africaine et d’un pasteur protestant…

Le stand du Choc du mois, qui expliquait la présence musclée des fascistes à la braderie, fût pourtant continuellement sous surveillance policière. Il est donc probable que la police fût au courant de l’attaque contre le SCALP. Ce n’est pourtant qu’après avoir gazé des policiers au cours d’une ratonnade, dans la nuit du dimanche, que six des skinheads seront interpelés, mais relâchés dans la journée du lundi.

L’agression contre le SCALP fut unanimement dénoncée dans la presse régionale, qui ne tomba pas dans le piège simpliste du renvoi dos à dos de « deux groupes extrémistes », stratégie bien connue qui semble être celle de la police lilloise. Car quelle autre raison justifierait sa politique systématique de non intervention ?

Les responsables de l’attaque n’ont à aucun moment été inquiétés, et l’enquête piétine désespérément, bien que de nombreux éléments à charge soient réunis, et que la police refuse d’enregistrer certains témoignages, jugés superflus.

La police s’occupe du SCALP

Par contre, le SCALP, qui prépare actuellement une manifestation en rappel de l’assassinat de Patrick Le Mauff à Lille en septembre 1988, toujours par des skin-heads (C. Lhorte, le meurtrier, aidé de S. Plessis, S. Collard, F. Van Lemmens, A. Patin et M. Grubica), n’a pour sa part pas cessé d’être inquiété par les tergiversations policières.

Jeudi 21 septembre, une militante lilloise proche du SCALP est arrêtée à son domicile (fouille, saccage, intimidations) par des inspecteurs de la SAT (Section anti-terroristes), en relation avec la manifestation interdite organisée par les Sans-cravate le 14 juillet à la prison de la Santé, et qui s’était terminée par 36 interpellations. Toutes les personnes avaient été relâchées le lendemain, après avoir été photographiées (illégalement), mais sans qu’aucune charge ne soit reconnue contre elles.

Les éléments qui pèsent contre cette militante (gardée à vue 48 heures et déférée devant un juge d’instruction à Paris) se résument à une lettre où elle reconnaît sa participation à la manifestation, lettre qui était entre les mains de la police depuis le 28 juillet.

Le fait que la police mette près de deux mois à intervenir, sur une affaire où elle ressort l’épouvantail du terrorisme, nous laisse à penser qu’il s’agit davantage d’intimidation et de gêne à l’encontre du SCALP de Lille, dans une période de mobilisation, que des nécessités d’une enquête sans fondement. Le même jour, d’autres militants du SCALP étaient également interrogés en relation avec cette affaire.

Jeudi 28 octobre, un militant du SCALP, se voit assiégé sur son lieu de travail par un dispositif policier important. La police ne possèdait vraissemblablement pas de mandat d’amener ni de commission rogatoire pour l’arrêter dans les formes car, dans ce cas, l’arrestation aurait eût lieu. Il s’agit là encore de mesures d’intimidations à l’égard de militants investis dans la préparation de la manifestation lilloise du 30 septembre, pourtant co-organisée par 26 organisations nationales et locales (LDH, MRAP, Fédération anarchiste, etc.).

Nous ne citons là que les faits les plus marquants dans la stratégie de la police lilloise, n’épiloguant pas sur les écoutes téléphoniques, les filatures et autres moyens de pression dont sont victimes nos camarades lillois.

En ces temps de consensus, le développement de groupes radicaux comme le SCALP est certes génant pour le pouvoir, quelle que soit sa nature et coloration politiques. Il ne fait en effet pas bon de rappeler trop fort que le baromêtre politique et social n’est pas au beau-fixe. Est-ce une raison pour déroger ainsi à une des libertés fondamentales qu’est le droit de manifestation ?

Le samedi 30 septembre, des départs de cars organisés par les antifascistes parisiens se sont rendus à Lille. Ont-ils seulement eut la possibilité d’arriver ou ont-ils été retardés par des contrôles techniques ou d’identité des passagers, nous ne le savons pas encore au moment où cet article est écrit.

Si la manifestation connaît le succès que laisse supposer l’écho des préparatifs sur Lille comme sur Paris, se déroulera-t-elle selon les intentions des organisateurs ou dégénèrera-t-elle en affrontements, déclenchés par des provocateurs infiltrés ou des fascistes manipulés. C’est qu’actuellement, ce genre de scénario tomberait à point pour satisfaire à la logique du pouvoir, qui souhaite renvoyer dos à dos fascistes et antifascistes, réduisant ainsi à un simple affrontement de rue le problème politique et social que constitue depuis plus de cinq ans la montée de l’extrême droite et l’expression violente de fasciste armés dans la société française et, plus largement, occidentale.

REFLEX





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