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Pour un combat libertaire nouveau

Le jeudi 21 décembre 1989.

Que veulent les libertaires d’aujourd’hui ? Que voulez-vous, que voulons-nous ? Faire survivre le témoignage nostalgique d’un courant historique qui a eu un passé glorieux ? ou bien formuler les termes d’un combat libertaire nouveau ?

Se replier frileusement dans sa chapelle, entre convaincus ? Ou se plonger dans les mouvements de masse, y être des animateurs reconnus, capables de discuter d’égal à égal avec les autres militants ; et prêts à s’associer avec les plus proches, sans se renier mais sans sectarisme, pour construire un large mouvement anticapitaliste et autogestionnaire ?

Que voulons-nous vraiment ?

Voulons-nous sortir de l’isolement, de la minorisation extrême, de la faiblesse où nous sommes ? Voulons-nous proposer à ceux qui luttent aujourd’hui une alternative aux politiques politiciennes, avec une dimension idéologique mais, tout autant, une dimension concrète ? Voulons-nous devenir une référence, gagner dès maintenant des centaines de nouveaux camarades, et l’écoute attentive de milliers d’autres ? En bref, voulons-nous oui ou non que le courant libertaire redevienne une force tangible, subversive, présente de façon sensible dans les combats d’idées et dans les mouvements sociaux ?

Que proposons-nous, nous les libertaires, aujourd’hui ? Quel projet de société ? L’autogestion. Le fédéralisme. D’accord. Mais qu’est-ce que cela signifie concrètement, dix ans avant l’an 2000 ? Si nous voulons devenir une force contemporaine, ce ne sera pas en répétant des rêves désuets, idylliques, dépassés…

Nous sommes contre ce que font et ce que sont les socialistes. Et nous avons raison. Mais que proposons-nous, nous, pour tout de suite ? Quels objectifs ? Quels moyens ? Quelle stratégie praticable ?

Toutes ces questions sont lancées sans esprit polémique. Il faut les poser maintenant. Parce qu’une nouvelle chance s’ouvre pour le combat libertaire. Les luttes se réveillent depuis trois ans. « L’idéologie de crise » a fait son temps. Après « l’effondrement des modèles », l’absence de perspectives anticapitalistes commence à peser. Et ni le bolchevisme ni la social-démocratie ne pourront plus combler ce vide. Des libertaires sont actifs dans les mouvements sociaux. Ils y sont même, parfois, en pre-mière ligne. Et bien des gens seraient prêts à s’intéresser à un combat libertaire renouvelé, dédogmatisé, crédible. Pourtant aucune des organisations, groupes ou fédérations libertaires existants ne peut se prétendre « à la hauteur » pour répondre à tous ces défis. Chacun peut apporter des éléments positifs. Mais souvent partiels. Et toujours trop faiblement.

Un grand débat est nécessaire.

C’est le sens de « l’Appel pour une alternative libertaire ».

Soussigné maintenant par plus de cent trente militantes et militants, il a déjà donné lieu à une Rencontre nationale les 3 et 4 juin derniers. Une rencontre peu banale, où l’on a débattu sans tabous. Peu banale, aussi, par la diversité des participants : c’est la première fois que toutes les composantes ou presque du mouvement libertaire ont pu se retrouver et discuter, soit parmi les signataires de l’Appel — les militants du Collectif Jeune Libertaire (CJL), du Comité d’organisation des journées de réflexion anti-autoritaire (COJRA), de Tribune anarchiste communiste (TAC) et de l’Union des travailleurs communistes libertaires (UTCL) —soit en tant qu’observateurs invités — Fédération anarchiste (FA), FA indépendante de l’Yonne, Organisation communiste libertaire (OCL), « Réflexes », « Noir et Rouge ».

Peu banale enfin cette rencontre par les perspectives que les signataires de l’Appel se sont donné à l’unanimité.

L’une de ces perspectives, c’est de débattre pendant toute une année sur le projet de construction d’une future organisation. Tous les signataires sont d’accord avec cet objectif. Une partie d’entre eux — et j’en suis — pensent que cette construction doit se faire assez vite. D’autres restent plus réservés, et demandent un temps plus long. Tout le monde s’entend pour que les rythmes des uns et des autres soient respectés. Les signataires les plus « pressés » ne veulent pas imposer d’échéances, quitte à ce qu’ils puissent, s’ils le désirent, former une nouvelle organisation, tout en poursuivant dans un cadre plus large les débats avec les autres signataires, vers la construction ultérieure d’une organisation commune.

L’autre perspective des signataires de l’Appel concerne directement les lecteurs et lectrices du Monde libertaire et les membres de la FA. Il s’agit d’une invitation adressée à « l’ensemble des groupes, collectifs et indivi-dus libertaires », et ce « dans le respect de l’autonomie de chacun », pour « avancer vers une liaison, des débats, une unité plus importante ». Avec des propositions concrètes : un bulletin de débat commun, une commission de liaison, des coordinations sur les divers secteurs, des initiatives communes, et la formation de groupes unitaires de base là où c’est possible.

Si, déjà, les libertaires de ce pays répondaient favorablement à cette proposition, un bon pas aurait été franchi.

Patrice Spadoni (Signataire de l’Appel pour une alternative libertaire, militant de l’UTCL).





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