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éditorial du n° 1193

Le jeudi 17 février 2000.

Les émeutes racistes d’El Ejido la semaine dernière dans le sud de l’Andalousie, ont contraint les immigrés marocains à la fuite, seul moyen d’éviter la folie meurtrière qui s’abattait sur eux à cause de l’assassinat d’une espagnole par un déséquilibré marocain. Les autorités locales par démagogie électoraliste ont laissé se propager la violence aveugle. L’Espagne, terre d’immigration récente (début des années 90) rentre à son tour dans le cercle morbide de la répression anti-immigrés, des politiques sécuritaires et du contrôle des frontières.

Elle s’inscrit en cela dans l’Europe forteresse, produit politique d’une banalisation du racisme. La droite et les socio-démocrates n’ont fait qu’entériner une partie du programme des partis d’extrême droite, lesquels s’en trouvent confortés idéologiquement. Pourtant les dirigeants de l’Europe des flics ne sont pas dupes de leur propre politique. Loin de « l’immigration zéro » qu’ils n’hésitent pas à prôner pour couper l’herbe sous le pied (électoralement et provisoirement) aux fascistes, ils savent au contraire qu’un flux d’immigration contrôlé sert l’économie des profits. Ainsi l’Italie prévoit l’entrée de 63 000 immigrés sur son territoire cette année, la Belgique étudie la régularisation de 40 000 sans-papiers. En France, Juppé à reconnu que l’immigration était nécessaire.

Alors, c’est bientôt l’ouverture des frontières ? Loin de là ! Car s’il est évident qu’une main-d’œuvre immigrée permet de maintenir la pression sur les salaires, il faut pour que cette pression soit efficace, que les immigrés se trouvent dans une situation difficile. Sans-papiers, sans formation, sans maîtrise de la langue, sans un sou et sans soutien ils deviennent les cibles rêvées des exploiteurs qui font ainsi l’économie d’une délocalisation.

L’espoir d’une vie meilleure, pour laquelle meurent chaque année des centaines de Marocains dans le détroit de Gibraltar, n’est pas au bout du chemin. Ceux qu’on qualifie parce qu’ils n’ont rien : les « sans », viennent peupler des banlieues où le chômage et la désillusion mènent souvent à des actes désespérés et aux geôles républicaines.

Seules des luttes déterminées et solidaires ont permis à quelques-uns de franchir un pas vers une dignité retrouvée. C’est un combat toujours à recommencer, car pour des régularisations au compte goutte ce sont des centaines de milliers de clandestins qui chaque année risquent tout pour franchir les frontières de l’Europe. Mais chaque bataille qui sera gagnée, à Saint-Ambroise ou partout en Europe donne un espoir à ceux qui restent dans l’ombre.


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