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éditorial du n° 1196

Le jeudi 9 mars 2000.

Chaque semaine nous amène son lot supplémentaire de misère avec son cortège de nouveaux affamés, éjectés et autres fusionnés du système. Face aux ravages du capitalisme, les réformistes en appellent à une mondialisation éthique, sorte de troisième voie entre le « néolibéralisme agressif » et le « souverainisme régressif ». De la sécurité alimentaire, à la recherche sur les biotechnologies et la génétique humaine, en passant par le traitement informatique des données ou le contrôle des échanges et la politique, il est de bon ton d’en appeler aujourd’hui à la création de règles d’éthiques. Chirac vient ainsi la semaine dernière de proposer la mise sur pied d’un Conseil international d’éthique. L’Europe a déjà le sien depuis 1991 car nous dit-on « l’Europe sans éthique ne se fera pas ». Les entreprises se sont aussi dotées de « chartes de valeurs » et de « codes d’éthiques » au point qu’il existe déjà des multinationales et des fonds de pension éthiques.

Le développement de ces préoccupations traduit certes la volonté patronale de préserver la sécurité des entreprises contre les agissements opportunistes et la corruption. Mais surtout, face à une exploitation accrue des plus faibles le capitalisme se doit de répondre aux critiques afin d’éviter une remise en cause radicale ou à défaut une démobilisation générale de la population. Autrement dit, l’avenir du marché est à l’exploitation soft des travailleurs et de l’environnement afin d’écarter toute tentative de boycott d’une marque de la part du consommateur.

La mise en œuvre de règles éthiques fait aussi intervenir l’autonomie et la responsabilité des personnes, ce qui n’est pas pour nous déplaire. Mais, à l’heure du démantèlement des solidarités ouvrières et où l’organisation en réseau des activités économiques isole davantage les personnes, cela revient à transférer sur l’individu toute la pression inhérente à la décision de ne pas faire le sale boulot que lui ordonne le patron. Pas de panique : des cours d’éthique, pratiqués déjà dans l’enseignement supérieur, sont là pour nous apprendre à dire non.

Face à cette supercherie qui s’opère avec le recours à l’éthique comme moyen de réduire les inégalités et de nous faire intérioriser les contraintes et la domination capitalistes, nous devons être en mesure de faire émerger des luttes collectives en rupture avec le système. Sinon, la critique ne profite qu’au capitalisme qui, en l’intégrant, rebondit à nouveau. Et ce petit jeu peut continuer longtemps.


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