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Sœurs de misères, ripostons !

janvier 2019.

Le système capitaliste promet aux femmes (mais également aux hommes) qu’elles gagneront leur émancipation grâce à un système basé sur l’argent et le travail. De plus, le maniement habile du sabre et du goupillon lui permet de se servir des représentations de genre, pour faire de la femme un outil corvéable à l’extrême. De ce fait, dans un premier temps reléguée au privé, l’’intégration des femmes dans la sphère publique est essentielle pour ce système économique et social crée par et pour les hommes.



Esclave de la sphère privée et publique

La femme est à-présent un produit de consommation et une consommatrice, une machine à produire mais également à reproduire et une propriété masculine. La journée d’une femme salariée consiste principalement à passer d’une forme d’exploitation à une autre, et au cours de sa vie, à rester dans la précarité. Même lorsqu’elle ne travaille pas elle sert, comme les hommes, les logiques de Travail (Chômage, RSA, invalidité…) et/ou d’épouvantail du capitalisme. Bien qu’elle bénéficie d’un statut qui permet de diviser, politiquement, les travailleurs de la production capitaliste et ceux qui produisent de manière « non capitaliste », elle crée de la plus-value notamment par les tâches domestiques. Outre ces représentations négatives et les violences qu’elle peut subir, concernant son statut social ou ses origines, la femme fait face aux violences sexistes dans chacune des sphères où elle tente d’exister.

La caresse du mari ou celle du patron

Suite à son entrée dans le monde du salariat de façon majoritaire, la femme qui était déjà une cible pour le marketing est devenue une consommatrice avec un pouvoir d’achat supérieur à celui du temps où seul le salaire de son époux contribuait à la richesse économique du couple.

Les capitalistes savent aisément jouer avec le patriarcat et le féminisme, tantôt ils utilisent des violences sexistes pour augmenter leurs bénéfices, tantôt ils font de la revalorisation de la femme un outil pour vendre à la consommatrice des pseudos choix de vies. Elle est un produit qui booste les ventes et elle fait partie des consommateurs qui les justifient. Nous subissons alors, dans le même temps les violences de notre objectivisation et de la condition de notre intégration à la société par notre niveau de vie.

Mais, l’intégration sociale d’une femme ne passe pas uniquement par là, elle doit également intégrer la définition viriliste du « bon travailleur » (l’effort, la force, le courage, la compétitivité, etc.) pour prouver qu’elle est digne de gagner son indépendance et son ascension sociale. Pour le démontrer, elle doit donc ne pas déranger les hommes par son apparence (jupes trop courtes qui déconcentreraient ces messieurs, cheveux longs qui ne témoigneraient pas du sérieux, etc.), et contrôler sévèrement son discours (être pragmatique, cacher ses émotions, etc.), et cela dès l’école. Et sinon, qu’elle ne s’offusque pas d’avoir envoyé les fameux mauvais signaux qui peuvent conduire, entre autre, au harcèlement sexuel.

Cela dit, pas de panique, si la femme échoue à prouver qu’elle peut se distinguer de son image genrée, le capitalisme sait jouer avec les représentations sociales pour nous enfermer dans des ghettos d’emplois dit féminins. Activités où elle continue à subir de plein fouet les normes sexistes, et sera considérée comme étant d’autant plus faible. Sinon, il lui restera toujours le patriarcat pour la « sauver », lorsqu’elle ne pourra bénéficier de la caresse du patron, elle pourra s’accomplir en tant que mère et maîtresse au sein de son foyer. Néanmoins, l’injonction à être une mère et une maîtresse parfaite vaut également pour la salariée. Si la personne avec qui elle vit souhaite garder et pérenniser son statut de dominant, elle devra le satisfaire sur le plan ménager et sexuel, et si elle ne s’y résout pas, elle peut alors s’attendre à la violence verbale et physique, jusqu’au meurtre. Toutefois, si elle arrive à remplir ce rôle avec brio elle pourra donner naissance et éduquer les futurs travailleurs qui seront à même de reproduire les structures de dominations.

En somme, l’existence féminine est cantonnée aux rôles que veulent bien leur laisser les hommes (ces grand princes...) au travail comme dans le foyer. À titre d’exemple, combien de fois a-t-on entendu qu’elles sont « leurs » X ou « leurs » Y (c’est à dire, leurs filles, leurs mères, leurs grand-mères, etc.) par rapport aux hommes et qu’ils devraient y penser avant de les violenter ? Je constate, que nous n’existons qu’au travers du rapport qu’ont les hommes avec les femmes. Le fait d’être un individu ne justifie apparemment pas qu’on nous respecte.

Alors, sœur de galère, tu choisis quoi : la caresse du patron pour mieux t’étrangler ou celle du mari pour mieux t’étouffer, ou les deux ?

Pour un avenir sans exploité.e.s

Je veux exister par le simple fait d’être, et cette existence ne pourra être émancipée par la seule fin de notre système économique actuel. En effet, cultiver l’ambition de notre émancipation par le travail est une idée que je rejette. Je refuse de devenir une « exploitrice », et je hais ma condition d’exploitée. J’exècre tout « féminisme » qui consisterait à réclamer des miettes du gâteau empoissonné qui gangrène la planète et l’humanité.

Cependant, cette condition d’exploitée vient également du patriarcat et , n’oublions pas non plus, que le racisme participe également à l’exploitation d’une catégorie de femmes. Il apparaît alors, que nous ne pouvons mener que conjointement nos luttes. À mon sens, Il est inconcevable de ne pas mener un combat acharné contre ces discriminations, simultanément à la lutte contre le capitalisme. Je ne peux imaginer que cette situation dure toute une vie et cela me révolte de savoir que tant de vies n’ont pu exister autrement. Je souhaite vivre dans une société où chacun.e.s pourra être libre, où nos existences seront reliées par choix et confiance.

Pour cela, en tant que femme, scions nos chaînes et multiplions les foyers de révoltes. Attaquons les rapports de dominations sous des formes diverses et variées, dans le monde entier. Toutes et tous faisons du féminisme une part indispensable et indissociable de nos espoirs révolutionnaires. Refusons les limites, imaginons, créons, construisons nos existences comme une aventure émancipatrice.

Enfin, sachez chers exploiteurs qu’en nous, il y a un feu immense qui brûle et il pourrait bien tout dévaster.

Manon Mear


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