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éditorial du n° 1199

Le jeudi 30 mars 2000.

L’annonce par Guigou, ministre de l’injustice, de la construction de trois nouvelles prisons devrait inquiéter toutes celles et ceux qui ont à cœur de rejeter l’ordre économique et social que nous propose la bourgeoisie mondialisée. Ce n’est pas pour améliorer le confort des locataires actuels des centres pénitentiaires que ces crédits ont été débloqués. Ce n’est pas non plus pour préparer et mettre en œuvre un ambitieux programme de réinsertion sociale pour les dizaines de milliers de taulards. Ceux-ci n’ont bien souvent que le seul tord d’être nés pauvres et basanés et se font piégés par le mirage de la richesse facile suggérée par des idoles sportives et autres dealers de drogues.

Le calcul étatique est plus brutal et machiavélique. La statistique judiciaire dit simplement que les tribunaux condamnent plus souvent, plus lourdement et avec plus de haine. Mathématiquement il s’ensuit une hausse du nombre de prisonnières et prisonniers. Il leur faut donc prévoir beaucoup de cages de verre. Informatique et électronique oblige. Leur modernité se résume à la suppression des cages de fer, pour le pire.

Il n’y a pas si longtemps un autre ministre, de droite celui-là, avait lancé la construction du programme 4 000 nouvelles cellules, géré par le secteur privé. Bouygues et quelques autres ne négligent aucun petit profit. Créer plus de places c’était vouloir enfermer plus de gens. Ce qui n’a pas manqué de se produire. Il en sera de même cette fois-ci et le « progrès » apporté par une conception prétendument nouvelle de l’organisation de l’espace taule n’y changera rien. Nous prendraient-ils pour des benêts ?

Nous savons que les luttes sociales actuelles se déroulent de plus en plus souvent sous des formes radicales du fait du durcissement du patronat, de la nécessité de forcer les bureaucraties syndicales à relayer les initiatives, de la révolte des salariés « inorganisés » qui ne peuvent que vouloir tout casser lorsqu’on les jette à la rue comme des bouches inutiles à nourrir. Il s’ensuit qu’occupations, séquestrations, actions directes dites illégales et manifestations dites violentes se multiplient. Patrons, État, flics et, fait nouveau, une confédération syndicale (CFDT), n’hésitent pas à porter plainte et enclenchent une criminalisation des révoltes sociales. Nous ne tarderons pas à voir des militantes et militants en détention pas simplement provisoire. Assise sur son tas d’or la bourgeoisie a peur et planifie la répression de la contestation. La multiplication des prisons annonce toujours le rétrécissement de notre liberté. Qu’on se le dise !





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