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Le pays noir

Au Nord étaient les corons

Le jeudi 4 avril 1991.

Le 21 décembre 1990, une page de l’histoire de la région Nord/Pas-de-Calais était définitivement tournée. Ce matin-là, le dernier carré des mineurs, après être passé dans la « salle des pendus » (vestiaires suspendus, typiques aux mines) effectuait l’ultime descente à près de 800 mètres sous terre. Le dernier point d’extraction de charbon à Oignies était définitivement fermé, alors que dans le même temps, presque au même moment, les tunneliers français et anglais se rejoignaient quelque part sous la Manche. La fin de la mine, fin symbolique puisque l’exploitation était pratiquement interrompue depuis des années déjà, représente le point final d’une histoire qui va de la découverte de la première veine de charbon, en passant par la catastrophe de Courrières le 10 mars 1906, aux multiples luttes ouvrières au sein du Pays Noir, dont la dernière se déroula en 1986 avec la grève des mineurs marocains. Cette histoire compte ses héros, dont Benoît Broutchoux, anarcho-syndicaliste au verbe haut, qui reste encore dans la mémoire des plus anciens mineurs. Elle compte aussi son vocabulaire abondant : gayette, galibot, boutefeu, briquet…

La mine laisse aussi derrière elle ses paysages caractéristiques de corons (habitations minières) groupés autour de ces étranges montagnes noires constituées de détritus de charbon : les terrils.

La mine laisse, enfin, une région profondément marquée par son passé industriel et laborieux, et qui tente d’opérer de douloureuses mutations économiques depuis bientôt deux décennies : installation de Renault à Douai, centrale de Gravellines, installation de la métallurgie Usinor transformé en Sollac à Dunkerque… Rien n’y fait ! La région demeure en partie sinistrée. Des bassins d’emplois sont complètement dévastés : Valenciennes, Maubeuge, Roubaix-Tourcoing, Lens… La région détient de tristes records, celui de l’alcoolisme (un des plus élevés d’Europe), celui de l’analphabétisme et de la sous-scolarité, celui enfin du chômage (particulièrement chez les jeunes).

Chômage et pauvreté… le Nord est sinistré

La région, une des plus jeunes de France, comme le proclame un de ses slogans, ne sait justement que faire de sa jeunesse. Le chômage est un véritable fléau social, qui engendre et perpétue la misère et la pauvreté. Une enquête, parue en novembre 1990 dans le n° 6 de L’Autre Journal, nous décrit ce marché de la pauvreté à Lille : « le Nord /Pas-de-Calais a perdu 90 000 emplois d’ouvriers de 1982 à 1989 […]. Plus de 6 000 personnes bénéficient aujourd’hui du RMI dans la seule agglomération lilloise ». Près de 80 sites DSU (Développement social urbain des quartiers dits sensibles ou à grandes difficultés) ont été recensés ; seule une quarantaine a été retenue, ce qui reste malgré tout énorme. La région, marquée par son passé industriel, répétons-le, possède à elle seule la moitié des surfaces de friches industrielles en France, soit 10 000 hectares. Celles-ci ont profondément modelé le coeur même de nos villes ou d’immenses bâti-ments sont l’objet de spéculation.

Pour balayer cette image désastreuse, la région et particulièrement Lille misent sur le tunnel Transmanche et le lien avec l’Angleterre que constituera le TGV. Lille a vocation pour devenir un important centre européen. Dix milliards de francs investis jusqu’à 2004 pour un centre d’affaires international qui d’ores et déjà fait grincer des dents une partie du conseil municipal (les Verts) et de la population qui désespérer de voir sa situation s’améliorer.

Mais laissons de côté notre pessimisme pour des temps meilleurs. Un certain nombre d’expériences existent et de nombreux groupes, chacun avec ses spécificités, mènent de multiples actions dans des domaines aussi diversifiés que le logement, la petite enfance, l’antifascisme ou encore le féminisme. Nous avons choisi de vous en présenter quelque uns pour témoigner qu’à Lille, dans le Nord ou ailleurs, des personnes se rassemblent pour peser collectivement sur leur avenir.

José Da Costa





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