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Lille

Sans-papiers

la préfecture cède
Le jeudi 17 mai 2001.

Décidément, la dixième grève de la faim de sans-papiers sur Lille est bien surprenante. Alors qu’habituellement celle-ci fait tout pour éviter le Comité des sans-papiers-59, elle accepta de le recevoir mercredi 9 mai, pour lui annoncer dès la première négociation qu’elle allait donner à toute-s les grévistes un « sauf-conduit » (un courrier qui les protégeront de toute expulsion) et qu’elle réexaminerait leurs dossiers et ceux de leur famille avec l’assurance de les régulariser dans les six mois. C’est-à-dire mot pour mot les termes de l’accord auquel avait abouti la précédente grève de la faim qui s’était déroulée dans des conditions tout à fait différentes : près de trois mois de grève, de multiples expulsions des grévistes de la Bourse du travail et pour finir leur hospitalisation forcée tandis que la Bourse du Travail était occupée par d’importantes forces de police.

Pour justifier une capitulation (relative) aussi rapide de sa part, la préfecture argua d’une « situation sociale explosive » dans les hôpitaux qui lui posait bien des problèmes. Mais surtout, elle a sous-entendu des consignes claires du gouvernement de veiller à ce qu’aucun trouble social ne vienne rendre plus difficile encore la position de celui-ci jusqu’aux élections présidentielles. Voilà un message tout à fait intéressant pour le mouvement social…

Face à ces propositions, chaque gréviste devait prendre sa décision d’arrêter ou de poursuivre le mouvement. Vendredi soir, quatorze personnes décidaient de se remettre à manger. Elles quittèrent les hôpitaux après y avoir été fortement incités par ceux-ci. Mais dix autres, un Marocain et neuf Laotien-ne-s et Thaïlandais-es, continuaient le mouvement. Les asiatiques demandent le droit au travail légal immédiat. En effet, ils et elles ont connu pendant suffisamment longtemps le travail au noir sous-payé pour vouloir sortir de cette grève avec la possibilité de vivre enfin normalement, d’autant plus que les grévistes sont resté-e-s un mois et demi sans ressources.

Le samedi 12, le CHR de Lille mettait de force huit de ces grévistes dehors au quarantième jour de grève de la faim. Des abus inadmissibles ont été commis à cette occasion : fouille de grévistes par le personnel de sécurité de l’hôpital ; usage de la force par ce même personnel contre des personnes en état de faiblesse manifeste, ce qu’on peut qualifier de voies de faits ; refus répétés de fournir des notifications de sortie de la part du personnel hospitalier (qui a fini par les fournir après plusieurs heures durant lesquelles les grévistes sont restés couchés devant les portes des hôpitaux) ; dans certains cas, pas d’examen médical préalable à la sortie…

Les grévistes de la faim encore en mouvement furent donc regroupés de nouveau à AC !-Lille puis à la LCR. La préfecture était bizarrement injoignable. Le CSP-59 demande des réponses aux revendications des grévistes et leur ré-hospitalisation.

Le week-end dernier, le processus de sortie de grève était donc enclenché, mais rien n’était encore réglé.

Bertrand Dekoninck
groupe de la métropole lilloise





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