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Journée de la déportation à Lille

« Les Flamands roses » interdits de commémoration officielle

Le jeudi 6 mai 1993.

Le 25 avril dernier, les forces de police ont repoussé une trentaine de militants du groupe d’expression gay et lesbienne « Les Flamands Roses » de Lille, alors qu’ils tentaient de commémorer les déporté(e)s pour homosexualité. Bien que la Préfecture ne leur ait pas interdit de participer à la cérémonie officielle du Souvenir qui avait lieu à la Noble Tour, monument lillois aux déportés du nazisme et du régime de Vichy, ils ont tout de même été tenus à distance « respectable », tout comme Guy Hascoêt, vice-président de région, celui-ci était venu déposer avec eux une gerbe, après une lettre de soutien de Marie-Christine Blandin aux « Flamands Roses, . Après deux tentatives infructueuses, il a pu le faire… à la fin de la cérémonie officielle.

« Les Flamands Roses » essaient de participer à la journée du Souvenir depuis trois ans. Comme d’autres groupes en France, depuis 1975, ils veulent ainsi faire reconnaître par l’opinion et les pouvoirs publics la déportation pendant la Seconde Guerre mondiale de dizaines de milliers d’homosexuels. Mais cette année encore, la mémoire a été sélective. Les déporté(e)s pour homosexualité n’ont pas été cités dans le discours officiel. Hypocrisie, violence…

À Lille, le 25 avril, hypocrisie quand Pierre Mauroy, sénateur-maire, a prétendu avoir des « positions favorables ». À quoi ? On ne sait pas ! Violence ensuite… Le regard des nazis quand ils torturaient ne devait pas être plus chargé de haine que celui des deux anciens déportés qui ont tenté, en les injuriant, d’arracher aux militants homosexuels le triangle rose qu’ils portaient dignement.

Le travail des « Flamands Roses » autour de la reconnaissance de la déportation pour homosexualité (comme de For’Hommes à Bordeaux ou du GAG à Orléans) commencerait-il cependant à porter ses fruits ? Certains déportés, même s’ils n’ont pas pris officiellement position, n’étaient pas hostiles lors de cette journée à la présence des « Flamands Roses ». Pour la première fois, ceux-ci étaient soutenus par une instance politique, mais aussi par la Ligue des droits de l’homme. Pour une première fois, des articles sur les triangles roses sont parus dans un quotidien national (Libération des 24 et 27 avril 1993). À Lille, l’événement n’avait jamais été autant repris par les médias locaux.

Tout cela encourage « Les Flamands Roses » à continuer la lutte qu’ils ont engagé. Il sauront qui a enfreint la loi en donnant l’ordre de les repousser. Ils demanderont aux hommes politiques de tenir leurs engagements : ils devront se prononcer publiquement. Ils intensifieront les réseaux et les contacts engagés. Ils continueront de crier la vérité, pour que soient de plus en plus connues, mais aussi reconnues et commémorées au même titre que les autres, les souffrances des déporté(e)s pour homosexualité.

Thierry Meutelet (pour « Les Flamands Roses »)





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