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éditorial du n° 1098

Le jeudi 30 octobre 1997.

Pendant un demi-siècle, la gauche italienne a été écartée du pouvoir central. Seuls des partis-croupions, socialistes ou socio-démocrates, jouaient les forces d’appoint pour la démocratie chrétienne.

Dans ce contexte, ceux pour qui la gauche représenterait le mouvement social ont salué les résultats des législatives d’avril 1996 comme un bouleversement politique. Pour la première fois, une coalition de centre-gauche, dominée par les ex-communistes du P.D.S., prenait en mains les rênes du pouvoir. De plus, les votes des députés communistes de Rifondazione étaient indispensables à la coalition de l’Olivier.

Dans le même temps, les milieux financiers, en Italie et dans le monde, applaudissaient des deux mains. Moins imprévisible et populiste que Berlusconi et ses alliés, la coalition de l’Olivier leur paraissait offrir une meilleure garantie en terme de stabilité tout en affichant la volonté de faire le nécessaire pour respecter les critères de Maastricht.

Qui avait raison ? Aujourd’hui, les faits démontrent clairement que la gauche italienne a tout simplement accentué la politique antisociale des gouvernements précédents.

De 1992 à 1996, les coupes dans les budgets sociaux avaient permis de pratiquement diviser par deux le déficit budgétaire. En une seule année, la coalition de l’Olivier a réussi « aussi bien » (3,3 % du PIB en 1997 contre 6,7 % du PIB en 1996) en imposant deux cents milliards de francs d’économie, touchant prioritairement le système des retraites, la santé, l’éducation et la fonction publique.

Dans ce contexte, Fausto Bertinotti, secrétaire de Rifondazione communista, annonçait, le 9 octobre, que son parti refusait de voter le budget pour 1998. Avec un certain aplomb, les communistes reprochaient à Romano Prodi, le président du conseil, d’avoir changé de ligne politique. Ce projet de budget se situait pourtant dans la lignée du précédent…

Romano Prodi avait alors beau jeu de dénoncer Rifondazione comme le responsable de « la crise la plus folle du monde ». Après avoir choisi de cautionner pendant dix-sept mois une politique visant à réduire les déficits à tout prix pour respecter les critères de Maastricht, Rifondazione semblait tout remettre en cause au dernier moment.

Face à la menace d’une dissolution et après de nouvelles tractations, Rifondazione a finalement accepté de voter le budget et de renouveler pour un an son soutien au gouvernement. Pour sauver la face, Bertinotti n’a obtenu en contrepartie que de vagues promesses sur les retraites et les trente-cinq heures.

La gauche italienne est parfaitement complémentaire : alors que le P.D.S., converti au libéralisme social, accepte clairement de servir les intérêts du patronat, Rifondazione se fait seulement un peu prier. Un peu comme en France.


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