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Procès pour objection de Michel Lucia

La cour se dérobe !

Le jeudi 27 mai 1993.

Le 20 mai s’est tenue à Paris une nouvelle audience du procès de Michel Lucia, soutenu par une vingtaine de personnes à l’appel du Mouvement des objecteurs de conscience (MOC).

Michel est un objecteur forclos qui n’a demandé son statut d’objecteur qu’après son incorporation de l’automne dernier. Après plusieurs semaines de trou, il a finalement refusé de porter l’uniforme : premier refus d’obéissance. Incarcéré trois semaines à Fresnes, il a été jugé coupable le 24 mars dernier par le tribunal, qui a cependant accepté d’ajourner sa peine, en l’attente d’une démarche entamée auprès du ministère en vue d’une dérogation pour le statut. Entre temps, l’armée le convoque et lui présente à nouveau l’uniforme ! Deuxième refus d’obéissance. Le ministère change. Michel n’a toujours pas de réponse alors qu’il dispose d’une association prête à l’accueillir. Il a également intenté un recours auprès du tribunal administratif qui sera jugé le 2 juin.

Face à cette situation plutôt kafkaïenne, l’ambiance de ce procès fut plutôt gênée, du côté de la cour.

Le procureur entama les hostilités par un réquisitoire pour tout dire ubuesque : « La justice a fait un pas en direction de cet individu en ajournant sa peine. Au lieu de rejoindre sagement son unité, il a de nouveau bravé la loi en refusant de porter l’uniforme ! […] Si on s’assoit sur la loi en disant "moi, je suis plus libre que la loi", on va vers l’anarchie !  » L’assistance, grinçante, a apprécié d’un œil rigolard… Il a demandé deux fois douze mois fermes pour les deux délits insupportables de « refus d’obéissance », mais, bon prince, a admis la possibilité de confondre les deux peines…

Superbe plaidoirie, par contre de Maître de Felice, pour Michel Lucia : « Je demande son acquittement car c’est insensé qu’on le mette en prison. À quoi on me répond “Mais il est indocile” I ». Il a dénoncé le « délit factice de refus d’obéissance » (plus lourdement condamné qu’une insoumission), provoqué par l’armée ; cette « pratique moyennageuse » plaçant l’individu hors la loi lors d’un cérémonial ridicule (la présentation à trois reprises de l’uniforme). Il s’est arrêté sur la double durée discriminatoire de l’objection et la
mauvaise volonté de l’État à faire connaître le statut, tout en soulignant le droit de l’individu, libre, face à l’État et à la barbarie de « l’armée qui massacre ». Ce que releva le président Laroche : « Ceci dit, je vous ferais remarquer que l’armée française actuellement, loin de massacrer, se trouve en Bosnie pour un rôle humanitaire ». Comme quoi c’est utile… en France, pour le militarisme.

Après une dernière saillie du procureur, jugeant « totalitaire » (sic) la résistance à la volonté de l’État, dont a fait preuve Michel, la cour s’est retirée pour délibérer. Verdict : toujours coupable, mais la peine est de nouveau ajournée… jusqu’au 13 octobre. Une manière de ne pas se mouiller en l’attente de la décision du ministère.

Bertrand Dekoninck (groupe Louise-Michel : Paris)


Le procureur : … on va vers l’anarchie !!
Croqué sur le vif par Bertrand Dekoninck




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