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Le Planning familial du Nord menacé de mort

Le jeudi 19 janvier 1995.

On croit rêver, mais on ne rêve pas… effectivement, le Planning familial de Lille a été contraint au dépôt de bilan en novembre 1994, et ce sont les centres de planification de Valenciennes, Maubeuge, Dunkerque, Grande-Synthe, Cambrai, Roubaix, Hazebrouck et Lille qui sont menacés de fermeture dès le 2 février prochain. Menacés, contraints… par qui ? Par quoi ? Par le Conseil général mené par son président, M. Donnay, bien décidé manifestement à avoir la peau du Planning.

Le prix à payer des gesticulations du Conseil général pour l’année 1994 est déjà bien lourd. La baisse des subventions a entraîné l’abandon d’un local, la réduction de 20 % des vacations des conseillères et cinq licenciements.

Le Conseil général a un grand dessein : transférer les demandes de la population en matière d’informations sur la contraception, sur la sexualité… (25 000 personnes fréquentent chaque année le Planning du Nord) sur les centres de Protection maternelle et infantile (PMI)… là aussi. on croit rêver ! Que des femmes désirant une maternité ou ayant des enfants bénéficient de lieux de consultation et d’information gratuits, c’est plutôt bien. Qu’on oblige des jeunes cherchant des renseignements sur les MST ou des adolescentes victimes de grossesse non désirée à se retrouver dans les mêmes lieux que les sus-citées, c’est de la provocation pure.

On imagine l’ambiance dans la salle d’attente ! M. Baudry, chargé du dossier pour le Conseil général, doit pourtant bien savoir que 47 % des demandes d’information et 33% des actes médicaux liés à la contraception sont reçus dans_ les centres du Planning familial qui assurent l’anonymat et la gratuité de ses prestations. Il doit savoir aussi que les centres de PMI n’ont bénéficié d’aucune création de poste depuis 1992 et qu’ils sont fermés le mercredi (sympa pour les ados !). M. Baudry doit aussi connaître la très faible proportion de jeunes qui acceptent de fréquenter les centres de PMI où l’on risque à tout moment de croiser la voisine du dessous venue faire vacciner le petit dernier. Ainsi, dans une circonscription socialement défavorisée de l’agglomération lilloise, sur 157 consultantes, on dénombre dix femmes de moins de 18 ans et douze de 18-20 ans ; le gros du peloton étant constitué par des femmes de 25 à 35 ans, enceintes ou jeunes mères. Les centres de PMI ne sont absolument pas adaptés pour accueillir les jeunes et leurs demandes, c’est très clair.

Cette mesure quasi-disciplinaire ne touche (pour l’instant ?) que le Planning
du Nord. Cette évolution de la politique régionale, on la comprend mieux au regard des forces politiques en présence et des personnalités.

En effet, cela fait trente ans que le Planning existe et prospère dans le Nord, largement arrosé par le PS, qui a été majoritaire dans le département depuis la nuit des temps ou presque. Et puis, il y a deux ans, la majorité change de camp, et une équipe de droite prend les choses en main, bien décidée à faire « tomber quelques têtes », pour l’exemple. Bizarrement, les foudres des instances départementales sont tombées sur un organisme servant essentiellement les femmes. Le Planning étant d’autant plus vulnérable qu’il est financé à 90 % par le Conseil général.

Dans toute cette affaire, on ne peut pas s’empêcher de voir la patte de Colette Codaccioni. Souvenez-vous : la députée RPR du Nord qui s’est fendue d’un rapport sur la famille en octobre 1993 pour le gouvernement Balladur, préparant ainsi le terrain du salaire parental/maternel, et d’autres mesures émancipatrices du même tonneau. Rayer les centres du Planning familial de la carte du Nord tout en renforçant les centres de PMI, pour sûr que ça lui fait plaisir.

Habilement, le Conseil général n’a pas placé le débat sur le plan idéologique ou politique. Bien au contraire, il a ouvert les hostilités sur le terrain technique. Des experts-comptables ont été chargés de passer les comptes du Planning au peigne fin. Sur la foi de leur rapport, le Conseil général exige la restitution d’un soi-disant trop perçu de 1 465 000 F !

La stratégie départementale a porté ses fruits. En effet, depuis plusieurs mois, c’est sur ce seul plan (les subventions, les batailles d’experts-comptables) que le Planning se bat. Et de négociations en réunions, de demandes de rendez-vous en brèves entrevues, le conflit s’est enlisé. Pourtant, le Planning peut prétendre à un soutien certain : 17 000 signatures ont été recueillies sur la pétition lancée en novembre 1993 (alarmant l’opinion sur la baisse prochaine de 80 % de ses subventions).

Désormais, le soutien. s’organise plus activement. Des individus, de nombreuses associations (citons Act up-Lille, la CFDT, Les Cahiers du Féminisme, le Centre culturel libertaire Benoît-Broutchoux, le groupe FA Humeurs Noires, Les Flamands Roses, la CGT…) et quelques partis (en période électorale, ce genre de combat séduit toujours un Parti communiste en perdition ou un Parti socialiste en sursis) se sont associés pour lutter dans le collectif de soutien au Planning.

Désormais, le conflit va se porter sur un plan politique, et c’est le droit des femmes à disposer de leur corps et l’égalité d’accès de toutes les populations (jeunes, sans ressources, sans couverture sociale, étrangers…) à la contraception et à la santé que nous revendiquons.

Aujourd’hui, c’est le Planning du Nord qui est menacé, et demain à qui le tour ? Nous ne pouvons pas laisser passer cela. C’est maintenant qu’il faut agir. Les acquis (ce qu’on a cru acquis !) féministes des années 70 n’en finissent pas d’être grignotés. Le droit à l’avortement ne sera bientôt plus qu’un mot, tant les difficultés de procédures, la baisse des subventions accordées aux centres se généralisent. Des pilules ne sont plus remboursées. Le gouvernement instaure un « salaire (une aumône !) parental (maternel) » dont personne n’est dupe quant à la finalité : engager les femmes à rentrer docilement à la maison pendant que l’homme subvient aux besoins du foyer. Le Nord est à la pointe de ces remises en cause. On l’a vu avec Colette Codaccioni, on le voit avec la politique de désengagement des instances locales sur l’information, sur les moyens mis en œuvre pour le dépistage du sida et les unité de soins des personnes atteintes du virus, par exemple.

Jusqu’au 2 février, il va s’agir de maintenir la pression, et des rendez-vous sont prévus.

Une manifestation a eu lieu le 17 décembre (cf. ML n° 980), des émissions de radio avec des membres du Planning ont été diffusées (notamment sur Radio Campus - 106.6), une pétition est en circulation… Le 11 janvier, à l’occasion d’une réunion de la commission chargée d’examiner le cas du Planning familial, une vingtaine de personnes du collectif de soutien ont occupé le hall du Conseil général. Pendant ce temps, 30 personnes attendaient à la porte, interdits de séjour par les CRS, venus aussi nombreux que les manifestants. Des banderoles, pancartes et slogans ont fleuri à l’intérieur et à l’extérieur. Avant que le hall ne soit évacué, une délégation de cinq personnes du collectif de soutien a été reçue par Baudry et a pu accéder tant bien que mal à la salle de réunion de la commission où des tracts ont été distribués.

Enfin, le 17 janvier (date anniversaire des vingt ans de la loi Veil sur l’avortement), un rassemblement a été organisé. De tout cela et de l’avenir du Planning du Nord, vous serez avertis dans ces colonnes.

Thérèse (gr. Humeurs Noires - Lille)


Où trouver les pétitions : librairie du Monde Libertaire, 145, rue Amelot, 75011 Paris ; Groupe Humeurs Noires, BP 79, 59370 Mons-en-Barœul ; MFPF du Nord, 33, Rue Faidherbe, 59000 Lille.





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