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Pour l’égalité des droits et des statuts

Mobilisation des précaires dans l’Éducation

Le jeudi 2 décembre 1999.

L’invalidation d’un certain nombre de listes de candidats aux élections professionnelles du 7 décembre prochain a confirmé, s’il en était besoin, le caractère liberticide de la loi Perben. C’est un fait : les enseignants ne seront pas tous, partout et dans chaque corps, autorisés à désigner librement leurs représentants et plusieurs syndicats se voient dans certains cas purement et simplement interdits d’élections. Cette atteinte extrêmement grave aux principes démocratiques fausse d’emblée les résultats du scrutin. Mais ce n’est pas la seule. Amendement Perben ou pas, des dizaines de milliers de non-titulaires seront de toute façon privés du plus élémentaire des droits : celui d’aller voter. Cette forme d’apartheid n’est pas une nouveauté. Elle existe même depuis toujours et il faut reconnaître qu’on a fini par s’y habituer. Il est vrai que cette discrimination apparaît forcément comme le prolongement logique des inégalités inhérentes à la précarité.

Pour les non-titulaires, la loi Perben restera donc ce qu’elle est avant tout : l’aboutissement d’un accord scélérat conclu en mai 96 entre les principales confédérations (hormis la CGT) et le gouvernement Juppé. Un texte qui, en verrouillant toute perspective nouvelle de titularisation, annonçait l’aggravation sans précédent de leur situation. Trois ans plus tard, chacun peut le vérifier : l’Éducation nationale demeure le principal exploiteur de travailleurs précaires, l’un des plus durs aussi. Le nombre de ces derniers est en constante augmentation (le recrutement de 55 000 aides éducateurs en est l’illustration la plus récente) et l’école ressemble de plus en plus à un vaste laboratoire où l’on expérimente à grande échelle toutes les techniques possibles de déréglementation.

La précarité pour colmater le système

La multiplication des statuts de non-titulaires est l’un des éléments déterminants de cette politique. Elle permet de garantir une souplesse de gestion quasi illimitée. Disposant d’une gamme très étendue de personnels ultra flexibles et presque totalement interchangeables, le ministère peut désormais « colmater les brèches » du système à un coût défiant toute concurrence et l’administration se laisser aller à toutes les fantaisies : vacataires administratifs qui changent de catégorie, de fonction et de rémunération plusieurs fois dans l’année, au gré des besoins du moment, auxiliaires à qui l’on impose 39 heures de « présence » hebdomadaires pour « aider » les chefs d’établissement, sans fonction définie, sans bureau même, et qui poireautent toute la semaine en salle des profs en attendant qu’on veuille bien leur confier une mission, MA non-ayants droit transformés d’autorité en contractuels, autrement dit en travailleurs de droit privé dont on pourra se débarrasser plus facilement que chez Michelin, vacataires 200 heures payés à la tâche et recrutés par paquet de trois pour qu’ils puissent « faire l’année », à six heures hebdomadaires chacun, aides-éducateurs contraints de remplacer les Ml-SE appelés eux-mêmes à enseigner, le plus discrètement possible, en attendant « le retour à la normale » et parce que les parents d’élèves râlent, etc. Le tout sur fond de chantage permanent à la « démission » ou au licenciement et sous la pression des kapos de l’inspection qui ne ratent jamais une occasion de se défouler à bon compte. Qui s’étonnera dans de telles conditions que ces collègues n’aient pas le droit de vote ?

Journée nationale d’action le 7 décembre

Pour protester contre ce scandale permanent, la coordination nationale appelle l’ensemble des organisations syndicales à soutenir les collectifs de non-titulaires qui organiseront, le jour des élections professionnelles, une campagne pour l’égalité des droits et des statuts. Sud éducation, qui a toujours revendiqué la titularisation immédiate et sans conditions de tous les non-titulaires, soutiendra cette initiative. Un préavis de grève sera déposé pour le 7 décembre prochain afin de permettre à l’ensemble des personnels de l’Éducation nationale de participer, avec les non-titulaires, à cette journée d’action.

Christophe. — Sud-Éducation (Grenoble)





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