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Matraquage électoral

l’Élysée vaut bien une danse
Le jeudi 14 mars 2002.

Premier meeting de campagne de Jospin, jeudi 7 mars à Lille. Les sans-papiers avaient décidé de l’accueillir pour lui rappeler ses promesses d’ivrogne de 1997, abrogation des lois Pasqua et régularisation des sans-papiers.

Premier meeting, et déjà les matraques ont parlé. Ça commençait mal : environ quatre cents sans-papiers de Lille et de Roubaix ont été bloqués par la police à 500 mètres du lieu du meeting, afin de les empêcher de rencontrer le bon peuple de gauche venu écouter la bonne parole désormais sécuritaire et responsable de leur champion. Belle mobilisation d’un mouvement en pleine renaissance sur Lille. Quelques-uns d’entre eux avaient pu se faufiler jusqu’à l’entrée du meeting, où ils ont rencontré d’autres mouvements de luttes comme celui des hôpitaux psychiatriques de l’agglomération, en grève pour obtenir plus de moyens et un passage aux 35 heures décent. Ceux-ci ont pu constater d’étranges scènes à l’entrée du meeting : les vigiles retiraient des mains des spectateurs qui voulaient rentrer les tracts des hospitaliers en lutte et des sans-papiers.

Pendant ce temps-là, les sans-papiers attendaient vainement, en chantant leur colère, que les cordons de CRS qui les entouraient les laissent enfin accéder au meeting. Ce n’est pas la première fois que les sans-papiers lillois se heurtent à des policiers alors qu’ils tentent de s’approcher de réunions électorales. Martine Aubry leur avait déjà interdit l’entrée des siennes l’an dernier pour les municipales. Les sans-papiers avaient alors dénoncé ces procédés dignes du second Empire, quand les candidats qui plaisaient à Napoléon III bénéficiaient d’une protection policière contre la populace.

Au bout de deux heures de surplace, nous sommes donc repartis en manifestation à travers la ville. La police n’a pas dû bien faire son travail, ce soir-là, puisqu’elle n’a pas réussi à empêcher une nouvelle occupation des sans-papiers de Lille. Cette fois-ci, la cible a été la fac de droit, dans le quartier de Moulins, où ont réussi à s’engouffrer cent cinquante personnes avant que, dépitées, les forces de l’ordre n’arrivent.

Cela faisait plus d’un an que les sans-papiers lillois n’avaient pas réussi d’action de ce type. Mais il faut dire que la génération actuelle, création directe des lois Chevènement et du gouvernement socialiste, est particulièrement dynamique. Il est peu probable que la police se soit souciée de demander l’ordre d’expulsion auprès du président de la fac, car l’évacuation n’a pas traîné, et elle a été particulièrement violente. Pas de la part des sans-papiers, bien évidemment, mais de la police. On peut dire que les manifestantes et les manifestants ont été victimes d’un tabassage en règle. Près d’une trentaine de personnes ont été blessées, dont dix ont été hospitalisées par le SAMU.

Jospin se voulait un candidat responsable, prêt à mettre le paquet pour la sécurité des Français. Aurait-il donné un avant-goût, à Lille, de son programme de lendemain d’élection ? Vivement le meeting de Chevènement !

Bertrand Dekoninck groupe de Lille





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