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Un Autre futur

« Contre vents et marées »
Le jeudi 18 décembre 1997.

Les années qui ont suivi la guerre civile espagnole sont parmi les plus noires de l’histoire espagnole avec la suppression des libertés les plus élémentaires, la répression féroce à l’encontre des antifascistes, les liquidations d’opposants, entre autres violences. L’État se vengeait de l’autonomie de la population et de sa recherche d’un autre futur. À cette tentative, Franco et sa clique avaient répondu par des menaces qu’ils avaient mises à exécution avec brutalité :

En août 1936, on entendait déjà sur Radio Saragoza :
« Race de vipères ! Êtres immondes ! Pour vous, pas de clémence, pas de pardon, pas d’oubli… Sur vous, bourgeois de gauche, embusqués sous le déguisement immonde du judaïsme et de la maçonnerie, sur vous, nous demandons le poids implacable de la justice ; nous exigeons pour vous qui êtes tachés du sang de tant de victimes innocentes l’extermination totale et immédiate […]. L’Espagne se sauvera en vous détruisant, l’Espagne jure que vous tomberez. » [1].

On évoque souvent ces temps-ci le devoir de mémoire et quand Federica Montseny parle de « lier le passé au présent » au début d’Un autre futur, cela paraît concret et important. Contre vents et marées, suite et quatrième partie d’Un Autre futur [2], nous raconte les chemins de l’exil, les résistances contre quarante ans de dictature à l’extérieur et à l’intérieur de l’Espagne, des tentatives d’assassinat du Caudillo, les exécutions, les souffrances, les camps, le soutien des gouvernements internationaux à Franco, le retour impossible, et surtout nous montre la force des convictions des témoins. Ce sont aussi les grands meetings de l’après Franco, comme le meeting de Barcelone en 1977 en présence d’un demi-million de personnes.

Les leçons à tirer de cette résistance sont multiples. Si certains et certaines peuvent considérer Contre Vents et marées comme un film noir, il n’empêche qu’il donne des exemples de courage et de fidélité aux idées libertaires. Il renvoie aussi à des questions sur l’engagement. Que dire encore, sinon qu’il faut continuer la lutte. Les nouvelles formes de totalitarisme sont en place. À nous de trouver les actions, les solidarités, les expressions pour dire à nouveau : No pasaran !



M.L. : Quelle a été ta démarche dans la réalisation de Un autre futur et de Contre vents et marées ?

Richard Prost : Nous avons démarré Un autre futur en 1986 et, dès la création du premier scénario, nous avons voulu arrêter l’histoire des exilés espagnols à la mort de Franco [1975]. En 1988-1989, devant le manque de moyens, nous avons arrêté notre récit en 1945 et terminé la production d’Un autre futur. Des interviews et des rushes n’avaient pas été montés, mais il manquait des pans d’histoire, des interviews, des séquences. J’ai donc retravaillé l’écriture de cette quatrième partie avec Aimé Marcellan, fils de Tomas Marcellan, exilé espagnol qui travaillait à l’imprimerie de Choisy-le-Roi (décédé le 8 juillet dernier).

M.L. : Le film débute avec un générique sur les plans de l’imprimerie historique de Choisy-le-Roi où ont été imprimés les tracts, les journaux de la résistance contre Franco, puis c’est le témoignage d’un exilé qui a passé la Seconde guerre mondiale dans un camp de concentration. Pourquoi ?

R.P. : Roque Llop, ce petit homme à lunettes est bien connu des habitués de la C.N.T., rue des Vignoles. Pour moi, Llop est un personnage fondamental dans mes rencontres avec les exilés espagnols. Nous avons peu parlé ensemble, il était très discret. J’étais néanmoins très ému à chaque rencontre parce qu’il était à la fois le symbole de l’anéantissement total et celui de la résistance parfaite. Llop, pour son malheur, a fait partie de ces " volontaires " forcés envoyés dans le Nord pour renforcer la ligne Maginot, comme Moreno, l’un des personnages de Un autre futur. Llop se retrouve donc face aux troupes allemandes en mai 1940. Il est envoyé dans différents stalags pour arriver à Mathausen en janvier 1941, puis il est ensuite transféré au camp de Gusen. Il a survécu dans ces camps d’extermination nazis de 1941 à 1945. Cette quatrième partie montre également des exilés qui liaient leur lutte à la guerre d’Espagne, dont beaucoup sont allés dans les maquis de la résistance.

M.L. : « J’étais antimilitariste et j’ai vécu neuf ans de vie militaire ! » dit un des témoins à la fin d’Un Autre futur.

R.P. : J’ai choisi Miguel Quintana pour parler de la résistance dans les Pyrénées pour revenir à la résistance dans le Sud de la France. Dans Un Autre futur, Joaquin Desde parlait de la résistance dans les Alpes où on ne s’attendait pas à trouver des résistants espagnols. Dès 1942, 50 Espagnols s’y sont regroupés sur 450 personnes. Dans la mythologie de la résistance, ce sont les chiffres des derniers mois de guerre qui sont énoncés : 3 000 à 4 000 personnes sur le plateau des Glières. Donc 50 Espagnols sur 450 résistants au début de l’Occupation, à Annecy où les Espagnols étaient peu représentés, cela donne l’idée de la participation des exilés espagnols dans les maquis. Combien étaient-ils dans les Pyrénées, où ils étaient le plus représentés ? Je voulais montrer Miguel au Mas Tartas, près de Font Romeu, où il a organisé le passage d’hommes, d’argent, de tracts et d’armes.

M.L. : À l’arrivée des alliés, Miguel s’écrie : « Mon objectif, ce n’est pas le Rhin, c’est l’Ebre ! » qui montre bien que la lutte antifasciste aurait du continuer de l’autre côté des Pyrénées, Franco ayant été soutenu par Hitler et Mussolini.

R.P. : Miguel est rebelle, une personne intègre, fidèle à ses idées. Il a participé à la libération de Montpellier, avant l’arrivée du maréchal de Tassigny. Quand la première division blindée a débarqué dans la ville, il a été question d’intégrer ces résistants et de leur imposer un ordre hiérarchique. Peut-être aurait-il accepté ces contraintes s’il s’était agi de continuer sur l’Espagne. Mais pour rejoindre dans le Nord la deuxième DB qui se dirigeait sur Paris, non. Il a conservé des armes et les a utilisées pour monter des réseaux pour déstabiliser le régime franquiste.

M.L. : Une phrase de l’un des exilés résume parfaitement la situation après 1945 : « Le fascisme avait été vaincu mais Franco était toujours là. » Quelle a été la réaction des exilés espagnols à l’abandon des alliés ?

R.P. : Leur attitude a été de poursuivre la lutte. Certains agissent de manière violente pour déstabiliser le régime, d’autres tentent d’infiltrer les usines et les entreprises en Espagne, de même qu’ils mettent en place des comités régionaux et des imprimeries clandestines. La grande majorité de la communauté en exil se répartit en France, au Mexique, en Argentine, en Afrique du Nord, en Algérie et en Australie. La communauté en exil n’est pas fermée, elle s’ouvre aux autres, mais on ne se dilue pas, on conserve ses valeurs.

M.L. : Et la presse en exil ?

R.P. : La presse en exil diffuse des documents et des journaux. J’ai retrouvé des journaux de septembre 1944, notamment de Bretagne. Après la Libération, la diffusion est régulière, les deux journaux importants sont la C.N.T. à Toulouse, et Solidaridad Obrera, à Paris.

M.L. : Les caches dans les Pyrénées, les points de passage de militants vers l’Espagne, le système de boîtes aux lettres, la reconstitution du mouvement, cela se passait comment ?

R.P. : Quintana permettait le passage de nouveaux militants, inconnus des services de police et des franquistes, qui servaient de liaison avec des militants sur place pour les informations, les tracts, le papier. L’apport de nouveaux militants était fondamental. Diego Camacho, que tout le monde connaît sous le nom d’Abel Paz, a fait partie de ces militants. Il a vécu la vie des militants de la C.N.T. et a témoigné, par ses livres et ses articles, du fonctionnement de la résistance, comment imprimer 15 000 exemplaires d’un journal clandestin, par exemple.

M.L. : Cette époque de répression était terrible, les franquistes fusillaient tous les jours. À Séville, on parle de 80 personnes exécutées par jour, de 250 à Madrid, 250 à Barcelone. Dans le village de Miguel, Calanda, il y a eu 70 morts pendant la guerre civile et 200 après 1939 [3].

R.P. : Calanda comptait 5 000 personnes, il n’en est resté que 2 500, les autres se sont exilés. À l’arrivée des troupes franquistes, la répression a été brutale. Tous ceux qui n’avaient pas fui et avaient participé, même de loin, au mouvement, ont été exécutés.

M.L. : L’Espagne est devenue un immense camp de concentration ?

R.P. : Miguel le dit à la fin d’Un Autre futur : « Nous étions dans les camps de concentration français, mais n’oublions pas qu’à cette époque, le plus grand faisait 450 000 km2 et s’appelait l’Espagne. »

C’est essentiel de souligner l’importance de la lutte et les risques encourus par les militants, comme d’ailleurs le cynisme des alliés dans l’abandon des résistants espagnols.

M.L. : Les alliés savaient ce qui se passait en Espagne, les exécutions massives, la situation dans les prisons, les tortures, la violence de la répression.

R.P. : L’Espagne est pourtant reçue à l’U.N.E.S.C.O., en 1952, et à l’O.N.U., en 1955. Peu importe l’horreur et les exactions commises, on passe l’éponge sur tout.

M.L. : La résistance s’organise et les militants lancent même, en 1940, une radio pirate qui diffuse des émissions pendant quelques semaines, avec l’indicatif de la C.N.T.-F.A.I.

R.P. : Le gouvernement espagnol intervient rapidement auprès du gouvernement français et l’émetteur est saisi. Mais le symbole est fort. Les résistants espagnols ont utilisé tous les moyens de communication pour la lutte, la presse, la radio.

M.L. : Quelle a été l’action de Diego Camacho ?

R.P. : Il a fait de fréquents séjours en prison. Le système carcéral espagnol était particulier. Diego n’était pas à l’isolement. Les prisons espagnoles étaient bondées dans les années 40 et il était quasi impossible d’isoler les prisonniers politiques. Le nombre de personnes par cellule facilitait la circulation des informations.

M.L. : Le film montre un camp de travail autour d’un monument à la gloire du franquisme, construit par des prisonniers politiques, dans la vallée de Los Caidos.

R.P. : La construction de ce monument, typique des régimes fascistes, s’est achevée en 1962. La participation des prisonniers à sa construction reposait sur un système d’échange : deux ans dans la vallée de Los Caidos pour quatre ans de prison. C’est un monument à la gloire des morts de la guerre civile, à la réconciliation, évidemment catholique ; l’alliance entre le franquisme et la nomenklatura catholique. Il y a eu une tentative pour faire sauter l’édifice, mais elle a échoué.

M.L. : La résistance de l’extérieur s’étend sur combien d’années ?

R.P. : Jusqu’en 1963 avec la mort de José Capdevilla, ensuite elle s’est délitée.

M.L. : De nombreuses grèves ont eu lieu à cette époque, dans les transports à Barcelone, dans les mines des Asturies… celle-ci a d’ailleurs été brisée par des importations de charbon d’U.R.S.S. et de Pologne. La résistance n’a jamais réussi à déstabiliser la dictature de Franco, soutenue par tous les États. Comment a-t-il échappé à toutes les tentatives d’assassinat ?

R.P. : La résistance contre Franco est un phénomène extrêmement important qui correspond aussi à des choix individuels de militants. L’essentiel, à mes yeux, est la permanence de leur idéal. Nombreuses sont les tentatives pour éliminer Franco, mais la décision de frapper la tête de l’État est partie du congrès de Limoges en 1961.

Franco ne signalait aucun de ses déplacements. Il n’est sorti que deux fois du territoire espagnol : la première pour rencontrer Hitler à Hendaye et la deuxième pour Mussolini à Bordiguera. La presse annonçait, le lendemain, qu’il était venu à Barcelone, ville qu’il voyait d’ailleurs comme un territoire étranger. Il était terrorisé par la Catalogne.

M.L. : D’où le sacrifice de jeunes militants ?

R.P. : Dans le film, Maria Batet parle de ces jeunes, sacrifiés, témoignage suivi d’une longue liste de noms. Maria vivait à Toulouse, auprès de Federica Montseny, dont elle était la secrétaire. Maria est une femme exceptionnelle à qui l’on pourrait consacrer un film. Son histoire est fabuleuse, elle a rencontré tout le monde dès les années trente.

Dans la séquence de la machine à écrire, la liste des noms - pour la plupart des inconnus morts en 1948 —, semble interminable.

Maria les a sans doute croisés comme elle a connu les plus grands, les trois frères Sabaté, Capdevilla et d’autres.

M.L. : Dans ce film, tu abordes la question des liens entre les phalangistes et l’O.A.S.

R.P. : Payà, exilé en 39, regroupé avec tous les autres exilés espagnols autour du centre Garcia Lorca à Alger, en parle. L’O.A.S. utilisait l’Espagne comme base, pour s’entraîner. Les républicains espagnols étaient en butte à de nombreuses difficultés en tant qu’Européens. Ils devaient choisir leur camp. À Bab El Oued, dans un immeuble européen, Payà fut sollicité pour cotiser à l’O.A.S. Son refus de se faire racketter le mettait en danger de mort et il s’est réfugié dans le quartier musulman. Un autre militant a été tué parce qu’il vendait la Soli et la presse libertaire dans les bars d’Alger.

M.L. : Quel a été l’engagement des intellectuels face à la dictature franquiste ? Albert Camus a écrit un article remarquable pour protester contre l’admission de l’Espagne à l’O.N.U. Le titre est significatif : 7 Démocrates couchez-vous ! » [4].

R.P. : Un titre qui n’a malheureusement rien perdu de son actualité. Camus reprend les événements passés pour mieux dénoncer la trahison. Il est le type même de l’intellectuel qui ne faiblit ni jamais ne dévie. Il est toujours resté fidèle aux exilés espagnols, et il est un des seuls à parler de la C.N.T. de manière juste. J’ai utilisé une partie de son discours, prononcé à la salle Wagram pour protester contre l’entrée de l’Espagne à l’U.N.E.S.C.O., organisme avec lequel il a cessé toute collaboration par la suite.

M.L. : Ils étaient peu à protester contre la complicité des États. Et Pablo Casals ?

R.P. : Casals est comme Camus, et c’est pourquoi ils sont dans la même séquence. Ils représentent le non renoncement, la fidélité aux engagements, un symbole de l’intégrité. Pablo Casals a vécu aux pieds des Pyrénées, a créé et animé le festival de Prades, a refusé de se rendre en Espagne, et de rencontrer certains hommes politiques auxquels il déclarait : « Je vous parlerais d’amour, de droit et vous me parleriez de politique, donc nous n’avons rien à nous dire. » Pablo Casals connaissait les exilés de la C.N.T., discutait avec eux, donnait son soutien à Solidaridad Obrera. Camus et Casals sont deux grands artistes engagés de cette époque.

M.L. : Dans les années soixante, une page se tourne. Les militants infiltrés se sentent décalés et sont facilement repérés. Pourquoi ?

R.P. : À partir des années soixante, l’exil a changé et n’a plus les moyens d’assurer une clandestinité efficace. De nombreuses personnes sont arrêtées.

M.L. : À Choisy, l’imprimerie tourne et les exilés écrivent des pièces de théâtre, organisent des représentations.

R.P. : La communauté est très active. Les images de la rencontre du 19 juillet 1962 illustrent bien la solidarité de l’exil. De 1958 à 1964, la réunion de Toulouse était immuable.

M.L. : En 1961, de Gaulle interdit la presse libertaire en langue espagnole, sous la pression de Franco.

R.P. : Tomas Marcellan raconte cet épisode, les représentants de la préfecture sont passés à l’imprimerie pour signifier l’interdiction. Les compagnons prennent alors la décision de changer le titre en Boletino informativo (Bulletin informatif). En deuxième page, la phrase, « La solidarité ouvrière ne sera jamais vaincue », indique aux abonnés qu’il ne s’agit pas d’une erreur, mais de censure. Le titre change encore pour Solidaridad, puis Boletin. Ils prennent contact avec les militants français du Combat syndicaliste et trouvent la solution pour contourner l’interdiction : la première page doit être imprimée en français pour éviter la censure. Et Solidaridad Obrera paraît ainsi sous le titre Combat syndicaliste, du début 1962 jusqu’en 1978. Le reste du journal est en espagnol. Ensuite, c’est la CENIT. Le Combat syndicaliste de Tomas est le journal de l’exil. L’actuel Combat syndicaliste, publié par la C.N.T. française, est différent [5].

M.L. : S’il existait des difficultés de publication en France, la participation à l’impression ou à la diffusion de journaux libertaires était passible, en Espagne, de trente années d’emprisonnement.

R.P. : Pour ceux qui portent les explosifs, les peines sont très lourdes. Mais des sentences de vingt à trente ans de prison pour quelqu’un comme Las Casas, qui n’avait jamais porté d’arme, mais avait imprimé, chez lui, pendant un an et demi, des journaux libertaires avec une presse entourée de matelas pour amortir le bruit, cela paraît incroyable.

Il imprimait Juventud libertarias et Tierra y Libertad et a été condamné à trente années de prison.

C’est un instantané de la répression en Espagne franquiste.

M.L. : Contre vents et marées se termine sur les grands meetings de 1977, à Barcelone. Un demi million de personnes y assistent.

R.P. : Franco meurt en novembre 1975. Le 1er mai 1976, il ne se passe presque rien. Je n’ai là-dessus que quelques images volées de personnes courant dans la rue. Et en 1977, ce sont les grands meetings.

La chape de plomb, instaurée par la dictature franquiste, n’a pas disparu avec la mort du dictateur. Franco mort, le système restait en place.

M.L. : Pourquoi as-tu choisi comme musique d’illustration Walk ?

R.P. : Cette musique provient d’un double CD sur Buenaventura Durruti [6] produit par Jean Rochard. Jean m’avait appelé pour utiliser des extraits de Un Autre futur, et quand j’ai reçu le double album, cette chanson m’a paru coller parfaitement aux images en super 8, filmées par les exilés au moment de leur retour en Espagne.

Ils avaient quitté leur pays en 1939 et sont revenus en 1977, au moment des grands meetings. Plusieurs avaient une caméra et ils sont allés filmer la tombe de Durruti à Barcelone, leur village. Miguel a filmé le balcon d’où ils avaient proclamé le communisme libertaire, à Calanda. Ces images sont à la fois maladroites et très belles.

M.L. : C’est triste et bouleversant de voir, dans Contre vents et marées [7], le retour des exilés, après quarante ans et sans repères.

R.P. : Ils reviennent vers le néant. Certains en meurent. D’autres tiennent, mais pour tous, l’Espagne n’est plus leur Espagne.

M.L. : Comptes-tu réaliser la cinquième partie de Un Autre futur ?

R.P. : Un film qui retracerait l’itinéraire d’enfants d’exilés. Pourquoi pas ? Des enfants qui sont nés dans les camps ou un peu plus tard, sur la mémoire qu’ils gardent de l’engagement de leurs parents, sur le rôle de cette influence dans leur vie et l’importance de la culture libertaire.

Aimé Marcellan pourrait être un des personnages, nous avons fait ce film ensemble sur la mémoire des militants libertaires, sur la mémoire de ses parents.

Éric Jarry et Christiane Passevant — émission « Chroniques rebelles » Radio libertaire


Contre vents et marées, film-documentaire de 55 mn (150 FF), réalisation Richard Prost, scénario de Richard Prost et Aimé Marcellan, sur l’exil et la résistance des anarchistes après 1945 jusqu’à la mort de Franco. Le film a été diffusé dans le cadre du premier festival Résistance en juillet 1997.


[1Antonio Tellez Solà, Sabaté : guérilla urbaine en Espagne, 1945-1960, éditions Repères-Silena, Toulouse, 1990 (épuisé)

[2Un Autre futur : l’Espagne en rouge et noir, réalisation de Richard Prost (2 h 30), 1989, en vente à la librairie du Monde libertaire (215 FF)

[3Lire le témoignage de Miguel Celma écrit en 1979 : La Collectivité de Calanda, 1936-1938 : la révolution sociale dans un village aragonais, éditions CNT-RP, 1997, 50 FF

[4« Démocrates, couchez-vous ! » L’Express, 17 novembre 1955.

[5Le Combat Syndicaliste, mensuel (10 F), a plus de mille abonnés et de nombreux lecteurs. Il est toujours fabriqué dans l’imprimerie de Choisy-le-Roi (BP 38 Choisy-le-Roi cedex).

[6Buenaventura Durruti et la révolution espagnole (Nato), double CD et livrets (1996) : Walk (They shall not pass) de Noël Akchoté

[7Otro Futuro existe déjà en espagnol. Des versions espagnoles et anglaises de Contre vents et marées sont en préparation.





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