[Archives du Monde libertaire] • ArchivesArticles du Monde libertaire en ligneIndexationSommairesAuteur·trice·sAdministrationSite du Monde libertaire
Accueil > Archives > 2001 (n° 1226 à 1262) > 1244 (10-16 mai 2001) > [Nouvelle grève de la faim de sans-papiers à Lille]

Nouvelle grève de la faim de sans-papiers à Lille

Le jeudi 10 mai 2001.

Mardi premier mai, le Comité des sans-pa-piers de Lille a rendu public une grève de la faim entamée clandestinement par des sans papiers. Au trentième jour de ce mouvement, il mettait sur la place publique l’impasse dans laquelle se retrouvent ces personnes, un an après le dernier mouvement de ce type à Lille, du fait d’une position toujours plus dure, arbitraire et incohérente des autorités préfectorales.

Si les sans-papiers de Lille ont choisi d’entamer ce mouvement de manière clandestine, c’est qu’ils n’avaient d’autre choix : toutes les
occupations qui ont été tentées depuis un an par le CSP-59 ont été expulsées par les forces de l’ordre. Le préfet avait d’ailleurs fait savoir à l’issue du précédent mouvement de grève, qu’il ne tolérerait plus aucune grève de la faim et qu’il ferait tout pour les tuer dans l’œuf.

Dès le 2 mai, près d’une vingtaine de grévistes sortaient pourtant de la clandestinité et se présentaient dans les hôpitaux de Lille et de Roubaix pour demander à y être admis, en l’absence de lieu où ceux-ci auraient pu se regrouper dans des conditions décentes et sûres. Mais l’institution hospitalière avait visiblement reçu des consignes préfectorales : après avoir accepté que les grévistes passent la nuit sur place, elle décidait le lendemain matin de recourir aux forces de l’ordre pour les expulser (sauf deux d’entre eux) au motif que l’état des grévistes ne nécessiterait pas d’hospitalisation. On mesure ici tout le cynisme d’autorités qui il y un an, lors de la précédente grève, faisaient envahir la Bourse du Travail de Lille par la police sous prétexte d’expulser les grévistes vers les hôpitaux et aujourd’hui fait tout son possible pour qu’ils et elles ne s’y rendent pas.

Nouveau bras de fer

Face à cette situation, le CSP-59 a pu négocier avec le CHR de Lille de faire conduire en ambulance les grévistes de la faim dans un lieu de leur choix. Ce sera le petit local d’AC !-Lille.

À Roubaix, l’un des grévistes qui résistait à son expulsion de l’hôpital fut arrêté par la police et emmené dans les locaux de la DICCILEC en vue de son expulsion du territoire. Il sera cependant libéré le lendemain.

D’autres grévistes ont continué à se déclarer peu à peu en se rendant dans les hôpitaux (pour y être refoulé également). Samedi 5 mai, ils et elles étaient 23 hommes et 3 femmes, dont 23 étaient regroupé-es dans les quelque 20 m² du local d’AC !-Lille. Cette situation n’était évidemment ni décente ni tenable. Le CSP exigeait donc la réhospitalisation d’urgence et demandait aux organisations politiques et syndi-cales d’appuyer cette demande. Il indiquait que faute de résultats dans les jours à venir, il serait contraint de trouver lui-même une solution, ce qui serait extrêmement dérangeante pour la majorité plurielle…

Miracle ! Dès le week-end, le préfet prit contact directement avec le CSP-59 pour lui annoncer qu’il consentirait à l’hospitalisation des grévistes de la faim.

Dans la nuit de samedi à dimanche, les grévistes furent toutefois transférés dans les locaux de la LCR, plus grands, qui avait accepté de les accueillir dans l’attente de leur réhospitalisation.

Un nouveau bras de fer est donc engagé à Lille entre les sans-papiers et les autorités. N’en doutons pas, la lutte sera encore longue. Et ce qui est posé, c’est bien évidemment la question des lois Pasqua-Debré-Chevènement et la fermeture des frontières, la question de l’extrême précarité à laquelle sont contraints ces hommes et femmes sans papiers.

Bertrand Dekoninck groupe de la métropole lilloise





Autres 
  • Anarlivres : site bibliographique des ouvrages anarchistes ou sur l'anarchisme en français
  • Cgécaf : Catalogue général des éditions et collections anarchistes francophones