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Individualisme

Georges Palante

un aristocrate libertaire
Le jeudi 1er février 1996.

Après les pamphlets de Lysander Spooner, Arrabal, Sade, Oscar Wilde, Rabelais, Galtier-Boissière et dernièrement Henrik Ibsen, c’est au tour de Georges Palante d’entrer dans le catalogue de la collection Iconoclastes, nouvelle pléiade des réfractaires [1].



Si ce vingt-cinquième volume jette encore un pavé dans la mare des idées reçues, c’est que son auteur, individualiste, radical du début du siècle, y développe une philosophie des plus anticonformistes qui soient. Ce recueil d’articles, encore mieux que celui paru il y a de ça quelques années aux éditions Folle Avoine [2], nous éclaire sur la pensée d’une exceptionnelle vigueur de Palante. N’y cherchez pas de demi-mesures, de faux fuyants ou de compromissions. Son œuvre tient du guide pratique de survie à l’usage des individus libres et désirant le rester.
Pour lui, l’affrontement entre le singulier et le troupeau, entre l’individu et la société, est inévitable même si l’issue doit s’avérer fatale pour l’originalité sous quelque forme qu’elle se présente. L’individu libre n’a donc d’autres choix que la révolte même désespérée. Cet incorrigible pessimiste fait l’apologie du libertaire intégral, une sorte de surhumain nietzschéenn, écorché vif et assoiffé de relations affinitaires. Professeur de philo au lycée de Saint-Brieuc, Georges Palante, sa vie durant, incarnera cet idéal de l’aristocrate libertaire, Don Quichotte bataillant jusqu’au suicide contre les moulins à vent de l’esprit grégaire.

Michel Onfray, à qui on doit sans doute la résurrection de la pensée de Palante, résume ainsi ses influences : « lecteur de Schopenhauer, pour le pessimisme, de Stirner, pour célébrer la puissance de l’individu, de Nietzsche, pour l’aspiration à transfigurer des impuissances en forces, de Freud, pour ce qu’il enseigne des parts maudites et de leurs relations avec la conscience [3]. » Mais cet esprit d’une formidable ouverture s’intéressait également à Proudhon, Ibsen, Fourrier, Emerson… ou encore à une querelle entre Janvion et Malato dans les colonnes de L’Ennemi du peuple.

Ennemi irréductible de tous les partis, éternel dissident, Georges Palante comme le fut Zo d’Axa, l’animateur de L’En-dehors, est inclassable. Pourtant le dernier article de ce recueil intitulé « Anarchisme et individualisme » propose une tactique de l’individualiste contre la société qui rappelle assez celle préconisée à la même époque par Libertad et l’équipe de L’Anarchie. C’est aussi celle d’un autre aristocrate libertaire Rémy de Gourmont pour qui l’individualiste « détruit dans la mesure de ses forces le principe d’autorité. C’est celui qui, chaque fois qu’il peut le faire sans dommage, se dérobe sans scrupule aux lois et à toutes les obligations sociales. Il nie et détruit l’autorité en ce qui le concerne personnellement ; il se rend libre autant qu’un homme peut être libre dans nos sociétés compliquées [4]. » Que cette stratégie puisse convenir aux anarchistes de toutes les fins de siècles rien d’étonnant à ça, puisque pour Palante comme pour Nietszche, « L’anarchisme n’est qu’un moyen d’agitation de l’individualisme [5]. »

Fabrice Magnone


[1Georges Palante, L’Individualisme aristocratique, collection Iconoclastes — 25, éditions des Belles Lettres, 185 pages, 75 FF.

[2Georges Palante, Combat pour l’individu, éditions Folle Avoine, 1989.

[3Michel Onfray, préface à Georges Palante, L’Individualisme aristocratique, op. cit.

[4Rémy de Gourmont, Épilogues, II, p. 308.

[5Nietszche, Volonté de puissance, p. 337.


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