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Anti-mondialisation et islamistes même combat ?

Le jeudi 18 octobre 2001.

En ce moment, des journalistes, des sociologues s’amusent à comparer les islamistes aux mouvements anti-mondialisation. Ainsi, Courrier international reprend un édito du Wall Street Europe intitulé « Tremblez, opposants à la mondialisation ». L’éditorial du Wall Street Europe ne fait pas dans la dentelle : « À présent que l’on s’est attaqué à la civilisation et que des milliers de gens ont perdu la vie, ceux qui défient les règles de la démocratie vont être traités avec moins de tolérance. » L’auteur ne va pas jusqu’à vouloir l’interdiction des manifs, mais il faut « raviver notre foi en la démocratie ». Peu après, il s’en prend aux manifestants anti-mondialisation « qui ont saccagé les villes », au contraire des forces de l’ordre, bien sûr. Certes « les manifestants ne peuvent être assimilés à des terroristes, car leur action revêtait un tout autre degré de gravité. Mais ils avaient un trait important en commun : la même intolérance envers les règles établies de la démocratie ». Bref, qui n’est pas avec moi est contre moi. Il n’y a que deux camps : les vrais et gentils démocrates et les méchants terroristes anti-mondialistes. Drôles de conceptions pour un démocrate. Elles s’apparentent plutôt à des conceptions fascistes. Quant aux règles établies par les démocraties, elles sont décidées par des représentants qui ne rendent jamais compte de leurs décisions au peuple. Le peuple vote-t-il les lois ? Participe-t-il au débat ? Il ne faut pas confondre démocratie et droit juridique. Enfin, parmi ceux qui prétendent défendre la démocratie et le droit contre les méchants à coups de bâton, il y a toujours eu les dictateurs. L’auteur s’attache après à dénoncer le fait que le courant anti-mondialiste est autoritaire et veut imposer ses vues par la violence : « L’anti-mondialisation est une cause qui n’a aucun succès électoral. Les partis qui s’y sont ralliés n’ont jamais emporté qu’une infime fraction des voix. […] Et pourtant, ils ont voulu nous imposer leurs opinions anticapitalistes. » Là on rit ! Alors, comme ça, la démocratie n’a qu’une représentation : celle des partis politiques ? Quelle vision de la démocratie ! Les associations, les ONG, les simples citoyens ne représentent donc rien ? Les courants anti-mondialistes ne se reconnaissent pas dans les partis politiques, ni dans leurs convictions ni dans leurs pratiques. Cela explique le fait qu’électoralement parlant les partis anti-mondialistes ne pèsent pas. Enfin, que dire du fait que seul le vote représente la démocratie ? Si les courants anti-mondialisation ne représentent rien, que dire des autres partis élus avec 30 a 40 % maximum de la population totale ? Ce sont eux qui ne représentent plus rien ! Enfin, dans les courants anti-mondialisation, il y a de tout, des cathos aux anars ; il est impossible de dégager une volonté commune à tous ces mouvements. Or, l’auteur parle de ces mouvements comme d’un bloc monolithique qui conspire contre le brave démocrate.

Attention danger ! Ces propos sont très graves. Comment peut-on comparer des anars par exemple à des islamistes ? Comment peut-on parler du camp du « bien » contre le camp du « mal » ? alors que les islamistes n’existent que grâce aux USA, et que nos démocrates soutiennent des régimes ultra-musulmans, des dictatures. Au nom de l’argent, car finalement ce journaliste ne défend pas la démocratie mais le fric, les riches. Je le vois mal descendre dans la rue contre la peine de mort aux USA ou le droit d’expression en Arabie Saoudite. Enfin, les islamistes n’ont rien à voir avec les anti-mondialistes. Les islamistes sont des fanatiques religieux, nationalistes financés par les banques et les paradis fiscaux. Or tout cela est dénoncé par les anti-mondialistes. Le journaliste, enfin, termine son article par une mise en garde concernant les manifestants. « À l’avenir, les sociétés démocratiques seront moins tolérantes face à de telles violences. Espérons que les manifestants hostiles à la mondialisation qui ont utilisé la violence contre l’autorité et les institutions auront tous entendu le message. » Pour lui, il n’y a pas eu de violences policières, ni de mort ou de blessés du côté des manifestants. Au nom de la démocratie, propose-t-il que nous finissions dans des stades ou des camps ? Il n’ose pas le dire, mais la menace est bien là. Il n’y a pas à dire, ce journaliste est aussi démocrate que Franco ou Pinochet.

Régis Boussières, Groupe Kronstadt, FA Lyon





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