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Avec Mattéi, la santé redevient un dossier précaire

Le jeudi 1er mai 2003.

Après s’être attaqué au dossier des retraites, qui est loin d’être bouclé, le gouvernement passera à la moulinette celui de l’assurance maladie, au cours du second semestre 2003. En effet, la Sécurité sociale amorce un déficit record de 10 milliards d’euros. Pour y remédier, le ministre de la Santé a décidé que 616 médicaments seront moins remboursés, tandis que les mutuelles seront davantage mises à contribution. Le problème est qu’aujourd’hui en France, beaucoup d’individus ne bénéficient pas de mutuelles et surtout parmi les populations les plus pauvres (sans parler des chômeurs, des précaires et des sans-papiers).

D’autre part, le gouvernement s’apprête à « privatiser » la Sécurité sociale, en ouvrant le marché de la santé aux assureurs complémentaires, aux mutuelles et aux institutions de prévoyance. Mais, du côté des assureurs, même s’il s’agit à priori d’un marché alléchant, ceux-ci rechignent à y entrer. En effet, les démarches comme celles du groupe AXA qui, au milieu des années quatre-vingt-dix, proposait de mettre en concurrence le public et le privé ont été abandonnées, faute de soutien du gouvernement précédent. Aujourd’hui, les assureurs devront donc négocier directement avec la Sécu, ce qui ne leur paraît pas évident. De plus, les assureurs craignent de devenir des « payeurs aveugles ». Mais comme ce dossier va encore se balader d’ici l’automne entre le ministère de la Santé et la Fédération des assureurs (présidé longtemps par Denis Kessler), il serait étonnant qu’aucune concession ne leur soit faite afin de leur octroyer quelques « niches » financièrement juteuses.

Enfin, déjà en janvier dernier, Sarkozy et Perben avaient évoqué une remise en question des droits à la CMU et à l’AME, qui concerne plus de six millions d’individus en France. Devant le tollé des associations, le gouvernement avait alors reculé la remise en cause des aides à la couverture médicale. Néanmoins, même si le dossier est provisoirement enterré, il risque bien de resurgir assez rapidement, vu la tournure que prend le débat.

Ces initiatives n’auront pour conséquence que de rendre la santé accessible aux seules classes privilégiées ayant, par le biais des régimes complémentaires, les moyens de se garantir contre les maladies. Les classes moyennes jouiront, quant à elles, de l’énorme privilège de pouvoir s’assurer (hors remboursement Sécu), contre quelques maladies, qu’ils devront sélectionner, selon leurs moyens. Enfin, les pauvres et les précaires n’auront plus que le droit de crever… sans assistance, sans prévention et sans soins.

Seule solution libérale : l’exclusion

Comme toujours, les populations qui seront touchées en priorité seront les plus fragiles. Tout d’abord les prostitué(e)s qui perdront, de fait, tout : le droit aux soins, à la prévention et à l’information. Le sida n’aura plus qu’à se propager tranquillement, puisque celui-ci n’est plus ni à l’ordre du jour ni dans les priorités du nouveau gouvernement. D’ailleurs, Act-Up Paris et les autres associations de prévention se font systématiquement éjecter ou embrouiller, à chaque essai d’apparition ou de négociation.

Quant à la Mairie de Paris, elle n’a rien fait d’autre, en matière de santé et de prévention, qu’organiser des tournées de bus ou des débats avec des intellectuels radicaux abolitionnistes ou prônant le retour des maisons closes, sans y inviter une seule prostituée et sans aller au fond du problème. De plus, la répression commence à s’abattre sérieusement contre les prostitué(e)s, et l’aiguillon sécuritaire les agresse verbalement au quotidien. Il a déjà envoyé cinq d’entre elles, étrangères, devant les tribunaux, pour racolage passif la semaine dernière, avec au finish une condamnation ferme.

Les étrangers atteints de pathologie grave et souvent sans papiers seront également les premiers touchés et, déjà, le 19 décembre 2002, Sarkozy adressait aux préfets une circulaire, à la suite d’un amendement, pour « qu’ils interprètent le droit de séjour des étrangers selon leurs propres critères ». Quant à l’accès aux soins, c’est encore uniquement aujourd’hui grâce à la complicité militante de nombreux médecins, infirmières et agents hospitaliers que les sans-papiers reçoivent le minimum de médicaments et d’écoute. Quand il s’agit pour la droite de faire des économies sur la santé, les étrangers et les sans-papiers sont une cible toute désignée. Face à tout cela, les derniers élus de gôche sont bien muets et, pour une fois, très conséquents : n’étaient-ils pas les premiers initiateurs du refus des « régularisations sans cas par cas » et les premiers à voter contre l’extension de la CMU aux sans-papiers ?

Enfin, une autre catégorie sera fortement exposée aux risques, face aux nouvelles mesures qui doivent être mises en place : les toxicos. En effet, quels produits de substitution seront remboursés et par qui (la plupart d’entre eux ne bénéficiant pas de mutuelles complémentaires) ? De plus, ils sont victimes aujourd’hui d’une violence inouïe de la part de la police sarkozienne qui n’hésite pas à les traiter comme de grands criminels, à les plaquer au sol dans la rue et à piétiner seringues et pilules. Lorsqu’il ne s’agit pas de scènes encore plus violentes : par exemple, Charlie Hebdo rapporte que, lors d’une intervention envers des toxicos, des policiers (plutôt mal informés) ont écrasé dans le caniveau des traitements anti-VIH, qu’ils avaient confondus avec des comprimés de Subutex (une médication de substitution à l’héroïne, qui est devenue la drogue des pauvres et se vend à 2 euros le comprimé).

Médicaments inaccessibles, prévention inexistante et santé précaire seront les prochaines mamelles de la France « Chirac 2 ». Avec une répression de plus en plus exacerbée, les populations précaires seront directement foutues en prison, sans passer par la case défense. Une façon toute radicale et très libérale de supprimer tout problème d’information, de prévention et de santé !

Patrick Schindler, groupe-claaaaaash@federation-anarchiste.org





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