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Université de Nanterre

rien ne va plus !
Le jeudi 6 novembre 1997.

Comme chacun le sait, le mois d’octobre est marqué par la rentrée universitaire, dont les inscriptions administratives sont plus ou moins bien gérées selon les facs et leur taille. Cette année, le budget alloué au fonctionnement de l’université de Nanterre a encore été baissé. Conséquence : de nombreux étudiants se sont retrouvés sur le carreau. Les « sans facs » ont rencontré ou rencontrent encore des difficultés réelles à s’inscrire pour des raisons autant diverses et variées que nombreuses et quantifiables.

Quand les problèmes se dénombrent à la pelle

Certains, d’origine étrangère, sont vaguement soupçonnés de rechercher le statut social d’étudiant afin d’obtenir (ou de prolonger) le droit de résider légalement sur le sol français (donc d’être finalement de faux étudiants). Ils ne peuvent donc pas, d’après l’administration universitaire, obtenir de droit d’inscription s’ils n’ont pas présenté leur carte de résidence. Bref, ces personnes ne possèdent pas le droit à l’enseignement supérieur délivré par l’université de Paris, Besançon, Lyon, Montpellier, Rennes ou ailleurs, parce qu’elles n’ont pas de papiers libellés « nationalité française ».

Certains encore sont refoulés de la liste des inscrits car leur bac étranger n’est pas reconnu par l’université.

D’autres sont considérés comme des étudiants non-prioritaires car ils ont obtenu leur baccalauréat, ou équivalent, il y a un, deux, trois ans ou plus... or la priorité d’inscription va aux personnes ayant eu leur bac en juin 1997. Ainsi, reprendre ses études après une période de chômage ou après une période d’activité professionnelle (comme par exemple les nombreux enseignants inscrits en sciences de l’éducation) est moins facile pour les anciens bacheliers que pour les récents. Y a-t-il donc un âge pour suivre l’enseignement de son choix ?

On rencontre également des personnes refoulées d’autres établissements qui, faute d’avoir été accueillies par l’IUT, le BTS, l’école ou l’université quelconque de leur choix, cherchent alors à s’inscrire à Nanterre. Eux aussi connaissent de véritables difficultés à s’inscrire, car ils sont considérés comme retardataires. Sans inscription universitaire, sorte de « dernière chance » finalement, il ne leur reste plus qu’à aller apprendre à pointer à l’ANPE Chouette avenir...

À ces quatre cas de « sans facs » s’ajoute un cas de « t’as plus le droit à la fac ». En effet, l’obtention du DEUG se fait en théorie en deux années, voire en trois. Or, pour des raisons X ou Y, certains étudiants n’arrivent pas à l’obtenir dans ce laps de temps. Des dérogations sont alors à gentiment demander à l’administration... Mais comment est-il possible de se les voir accorder dans une université prévue pour environ dix-sept mille étudiants, mais dans laquelle se croisent pas loin de trente-cinq mille étudiants ?

Ainsi, si des étudiants sont refoulés pour des raisons d’ordre politique (légitimité des frontières ?), d’autres le sont pour des raisons d’ordre économique.

En effet, d’année en année, le budget accordé à l’enseignement supérieur baisse et l’état des universités en dépend (sauf, bien entendu et soit dit en passant, pour les facs dites « Pasqua » en région parisienne et « Méhaignerie », ou Ker Lann, en Ille-et-Vilaine qui, malgré leur statut privé, n’en bénéficient pas moins des deniers publiques provenant des conseils généraux, régionaux et autres collectivités locales). On peut donc observer d’une part la dégradation des bâtiments, et d’autre part une carence dans les enseignements apportés. Pour exemple, d’une année sur l’autre, on peut constater la baisse du volume horaire accordé à un diplôme donné, ce qui se traduit par la pure et simple diminution du nombre de cours ou de TD, et ce qui endommage donc l’approfondissement des connaissances.

Vers une université acéphale ?

Face aux problèmes d’inscription, la réaction (de la CNT-FAU et du syndicat étudiant UNEF essentiellement) ne s’est pas faite attendre. En une occupation, de nombreux cas ont été résolus, même si d’autres potentiels étudiants demeurent encore sur la touche. Mais la lutte continue, assurent les camarades de la CNT...

Et pour la petite histoire, la crise générée par l’occupation de la salle informatique pour tenter de résoudre par la pression les cas de « sans facs », accumulée à la baisse répétitive des moyens budgétaires accordés, a fait démissionner la présidence et l’équipe administrative à l’avenant, le mercredi 22 octobre. Plus exactement, le fait que le président ait demandé à deux reprises l’intervention des forces de l’ordre pour mettre fin à l’occupation, sans que cela ne lui ai été accordé, lui a laissé l’amère impression d’être désavoué... Quoi qu’il en soit, de mémoire d’étudiant, c’est un fait rare, voire unique, que de voir une telle démission en bloc ! Le problème est maintenant que les administrateurs « sortants » renvoient les étudiants inquiets de leur sort à l’adresse du rectorat ; et ce en attendant qu’un suppléant, « médiateur » (ce mot est tellement à la mode), ne débarque pour sans doute affirmer qu’il ne connaît guère la situation et ne peut donc guère le résoudre.

Ce qui se passe dans les « grosses usines » que sont les facultés reflète la réalité économique, politique et sociale : racisme, austérité budgétaire tous azimuts, etc. Il faut que cette escalade vers l’absurde gestion des universités cesse.

@nne
groupe Louise Michel (Paris)


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