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éditorial du n° 5

février 1955.

« Le ton de L’Humanité est, en règle générale, sévère et pardois ennuyeux... L’Humanité souffre du recours fastidieux à une série de formulations consacrées, à un vocabulaire stéréotypé qu’on retrouve dans tous les numéros successifs, et quotidiennement dans les différentes rubriques... Notre langage journalistique est exagérement pauvre... »

Ainsi s’exprimait M. Étienne Fajon lors de la dernière réunion du Comité central du Parti communiste, tout en constatant avec mélancolie la diminution régulière du tirage de L’Humanité. Il ajoutait, parlant des rédacteurs du journal : « Qu’ils écrivent en laissant aller davantage leur cœur et leur verve, dans leur style à eux, dans le langage le plus accessible aux larges masses, quitte à l’enrichir toujours plus à la lecture des maitres du journalisme français... »

M. Fajon a raison ! Il suffit de jeter un coup d’œil sur la presse politique en général et sur la presse qui se réclame du mouvement ouvrier en particulier, pour s’apercevoir que les remarques pertinentes de M. Étienne Fajon ne concernent pas seulement L’Humanité mais toutes les autres publications, y compris celles que généralement on classe à l’extrême gauche du mouvement social.

Née du grand mouvement des idées éclos au début du siècle, cette presse en a conservé un ton, une phraséologie, des certitudes élémentaires, une parcimonie dans le choix des sujets, certains « tabous », d’autres intaillables qui réjouissent le militant « dans le coup » mais rebutent le lecteur mis en contact avec elles, sans une profonde initiation préalable.

Et aujourd’hui, alors que les partis et les centrales syndicales revendiquent des centaines de milliers d’adhérents, alors que des minorités cohérentes, voire solides, se sont constituées en marge de ces partis et de ces centrales, leur presse aux uns comme aux autres n’a cessé de décroitre.

Le journal du MRP a disparu. « Le Populaire » poursuit une existence précaire sur une surface étriquée. L’Humanité avoue des chiffres alarmants. La presse syndicale est complètement ignorée en dehors des militants. Le tirage du Peuple, de Force ouvrière est ridicule si on le compare aux effectifs des organisations qui les éditent. Si la Vie ouvrière se maintient, chacun sait qu’elle est « imposée » et qu’au surplus personne ne la lit. Les journaux des organisations d’extrême gauche, dont le caractère confidentiel est encore plus outré, ont suivi le même processus de désagragation.

Et pourtant le journal est l’âme de l’organisation. C’est par son canal que le sang nouveau pénètre. C’est lui qui projette les idées ciselées au sein de l’organisation. C’est lui qui les fait germer au sein des masses.

M. Étienne Fajon l’a bien compris ! Un journal ne peut plus, ne doit plus être à usage interne pour des militants heureux de ressasser éternellement, avec un acharnement sénile, des vérités respectables mais abstraites. Un journal doit être à usage externe, avoir un regard sur tous les grands problèmes qui intéressent l’homme, qu’ils soient sociaux ou intellectuels. Le journal doit trouver sa place dans le foyer, intéresser non pas seulement celui qui l’apporte et qui a peut-être un sentiment favorable aux principes qu’il défend, mais tous les autres membres de la communauté, quels que soient leurs idées particulières, leurs préoccupations du moment, leurs sentiments sur notre éthique. En dehors de son possesseur, le journal doit être accepté avec curiosité, voire avec intérêt et non repoussé comme un intrus que l’on supporte mais que l’on déteste, ce qui n’est pas rare même dans les foyers ouvriers.

M. Fajon a compris ! Nous aussi ! Avant lui d’ailleurs. Et c’est pourquoi notre Monde libertaire, dès sa parution, a tenu à se présenter à vous sous l’aspect nouveau que vous lui connaissez.

Le ML


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