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De la grève des électeurs à la grève générale expropriatrice et autogestionnaire

octobre 2006.

Tous les cinq ans désormais, le grand cirque électoral s’installe dans le pays. Et l’année 2007 nous gâte particulièrement, puisqu’après nous avoir servi deux fois le couvert en avril et en mai afin de changer de chef, en l’occurrence, de président, les citoyens et citoyennes devront répéter leur devoir démocratique en prenant deux fois du rab pour élire leurs représentants à l’hémicycle.

Nom de dieu ! Quatre bulletins dans l’urne en l’espace de quelques semaines, et il se trouve des médisants pour râler que l’on nous confisque notre avis, que l’on nous vole notre souveraineté et nos libertés. Une trentaine d’hommes et de femmes candidats, du plus raciste au moins sérieux, des fausses têtes de gentils et des vrais gueules de méchants, un suspense insoutenable, des luttes fratricides, des éliminations sans pitié comme à Koh Lanta, et il se trouve encore des mécontents pour affirmer que la démocratie est un spectacle aliénant pour citoyens dociles. Des promesses en pagaille, des programmes en veux-tu en voilà, des lendemains qui chantent et il se trouve toujours des irréductibles pour affirmer que si les élections pouvaient changer cette société fondée sur l’exploitation, l’oppression et l’ignorance, elles seraient interdites depuis longtemps.

La classe dominante peut dormir sur ses deux oreilles, c’est bien elle qui pendant des décennies a forgé et affiné le système électoral parlementaire. Celui-ci est construit sur la fiction de la représentativité censée illustrer la « volonté populaire » qui n’est rien d’autre que la volonté des puissants ! Ni partisans de la République, ni de la démocratie parlementaire, les anarchistes se battent au quotidien contre toute logique de délégation de pouvoir et d’abandon de souveraineté individuelle, contre toute forme de pouvoir et de gouvernement, pas pour son illusoire contrôle par les citoyens.

Pour les anarchistes, l’État n’est pas un outil neutre au service d’une politique plus ou moins sociale. Il est l’instrument de domination d’une minorité privilégiée sur l’immense majorité exploitée. Il est ainsi dangereusement illusoire de vouloir s’en emparer par la loi ou par la force pour espérer corriger les bases inégalitaires et hiérarchisées de la société. C’est là l’originalité et la différence fondamentale du courant libertaire avec les tendances autoritaires du socialisme : la social-démocratie et le marxisme-léninisme. La pratique réformiste liée à la participation gouvernementale aboutit systématiquement à une gestion libérale du capitalisme.

La dictature du prolétariat a été incapable d’abolir la société de classes et a accouché de monstrueux Etats totalitaires. La lutte pour l’abolition du salariat est indissociable de la destruction du pouvoir étatique, c’est pourquoi les anarchistes refusent la conquête du pouvoir et boycottent les institutions étatiques et le système électoral qui en découle.

Notre abstentionnisme n’est ni une attitude de circonstance, ni une forme d’opportunisme et encore moins de l’irresponsabilité, il découle des principes intangibles de l’anarchisme : le refus de toute délégation de pouvoir et la promotion de l’action directe.

Ils ont voté, et puis après …

Les présidentielles de 2002 qui ont vu le duel escroc contre facho au second tour tourner sans surprise à l’avantage du premier, ont constitué un piège magistral. L’Union sacrée des partis politiques et d’une majorité du mouvement social et syndical pour voter Chirac et « sauver la République » a permis de concentrer dans les mains des représentants de la bourgeoisie un pouvoir exceptionnel dont elle ne s’est pas privé d’user et d’abuser d’autant plus que les législatives qui ont immédiatement suivi ont consacré la dictature du patronat en donnant la majorité absolue à l’UMP. Dès lors, les attaques antisociales se sont multipliées. La violence et le rythme de celles-ci, conjugués à la passivité des organisations syndicales, n’ont pas permis de résister efficacement aux mauvais coups du capital et du gouvernement : retraites, intermittents, sécurité sociale, lois sécuritaires contre les libertés publiques et lois racistes contre les sans-papiers, CNE, CPE … Ce n’est pas non plus la fausse victoire du « non » au référendum sur le traité de Constitution européenne qui a permis au mouvement social et syndical de se refaire une santé et de mettre un coup d’arrêt aux attaques du gouvernement, bien au contraire. Les élections comme les référendums, quand ils ne tuent pas dans l’œuf tout développement d’un mouvement social autonome, sont contre-productifs et nocifs pour les luttes sociales.

Les abstentionnistes ont toujours été voués aux gémonies. Quand on ne leur reproche pas d’être de dangereux irresponsables, on les accuse de faire le jeu du patronat et de l’extrême-droite ! Les élections n’ont jamais barré la route au fascisme et très souvent, le vote a légitimé les pires canailles. Hitler et Mussolini sont parvenus au pouvoir par les urnes et c’est la Chambre des députés qui a investi Pétain des pleins pouvoirs. Les anarchistes dénoncent les barricades de bulletins de vote comme totalement illusoires.

Nous considérons comme seul rempart efficace au fascisme, l’action directe pour la conquête d’une réelle égalité économique et sociale ainsi que le combat quotidien contre toutes les formes d’autoritarisme et d’oppression raciste, sexiste, patriarcale…

Les libertaires se battront donc sur le terrain qui est le leur : dans la rue, dans les lycées, les facultés et sur leur lieux de travail, pas dans les urnes, ni sur les bancs du parlement ! Les anarchistes entendent, par le développement des pratiques et des idées libertaires dans le mouvement social et syndical, s’opposer à la logique de délégation de pouvoir et à l’électoralisme. Nous voulons établir une véritable démocratie directe, une démocratie à la base, issue des luttes et fondée sur des mandatements impératifs, le contrôle et la révocabilité des mandatés.

Seule la lutte paie !

Le mouvement dit « anti-CPE » du printemps dernier a, une fois de plus, démontré que seule la lutte payait. À la suite des émeutes de banlieues de l’automne 2005, ce mouvement a mis en lumière des modes d’organisation, basés sur des assemblées générales souveraines et décisionnelles, des occupations et des blocages de l’économie se sont développés. Ils préfigurent les luttes de demain et même une nouvelle façon d’appréhender l’organisation sociale. Par ces recours à des formes d’action directe, les jeunes et les moins jeunes renouent avec les principes et les pratiques de la lutte collective initiés, il y a 100 ans par la Charte d’Amiens, et mis en œuvre, notamment lors des grèves et occupations de 1936.

En ces temps, où l’on veut nous convaincre que la démocratie libérale constitue l’horizon indépassable de l’Humanité… Alors que la gauche, les communistes, l’extrême-gauche intègrent le jeu démocratique et les institutions républicaines qui pérennisent et renforcent la domination capitaliste… À l’heure où le mouvement social et syndical, peinant à (re)trouver le chemin de la résistance et de la contre-offensive, est à (re)construire… Il importe aux militants révolutionnaires et à leurs organisations de lutter contre toutes les logiques de médiations de classes ainsi que contre les mystifications électorales de toutes sortes qui pourraient détourner les travailleurs de la construction d’un véritable rapport de force et éloigner toute perspective de rupture.

Offrir un point d’appui aux individus conscients, tenir un cap anarchiste et révolutionnaire en cette période complexe et difficile, telle est la tâche que se fixe la campagne unitaire anti-électorale des libertaires dont vous tenez dans les mains le premier travail commun.

Parti, avant-garde, leader … Il n’est pas de sauveur suprême : sauvons nous nous-mêmes !

Les libertaires appellent donc à nouveau à l’action directe individuelle et collective que l’on pourrait résumer par : « agir au lieu d’élire », et qui se traduit pratiquement par l’abstention active et révolutionnaire.

L’esprit du congrès de St-Imier (1872), événement fondateur de l’anarchisme ouvrier et de l’internationalisme prolétarien reste plus que jamais d’actualité et nous rappelle que « … la destruction de tout pouvoir politique est le premier devoir du prolétariat » et que « … repoussant tout compromis pour arriver à l’accomplissement de la révolution sociale, les prolétaires de tous les pays doivent établir, en dehors de toute politique bourgeoise, la solidarité de l’action révolutionnaire ».

Pas plus en 2007 qu’auparavant les anarchistes ne se rendront aux urnes !

Julien — Rouen





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