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Pré-G7 de Lille, G7 de Lyon…

Mobilisation des travailleurs contre les suppôts du capital

Le jeudi 11 avril 1996.

Ça y est, la mascarade est passée ! Le pré-sommet du G7 de Lille est fini. Reste celui de Lyon, à la fin juin. Certes, ce sommet des ministres de l’Emploi, des Finances et de l’Économie du G7 fut un tantinet pâlichon, boudé même par les organisateurs du spectacle. Certes, la tentative présidentielle de nous faire rire avec sa fameuse « troisième voie en matière de politique de l’emploi, pourtant maintes fois expérimentée (souvenez-vous : la fracture sociale, le pacte républicain, la lutte contre l’exclusion…) s’est révélée un flop lamentable. Il n’y eut guère qu’un ministre halluciné (le très pieux Jacques Barrot) pour tenter. de la reprendre [1]. Certes, il n’y eut même pas de communiqué commun en fin de réunion, si ce n’est un vague accord sur des propositions de Chirac. Certes, aucune clause « sociale » en matière de commerce international n’a été adoptée, les États-Unis trouvant qu’interdire plus que l’esclavage et le travail des enfants était déraisonnable. Certes, la couverture médiatique ne fut pas des plus passionnées, la plupart des grands quotidiens reléguant en pages intérieures cet événement planétaire. Là aussi, il n’y eut guère qu’une presse régionale quelque peu enivrée pour en faire la « une » à plusieurs reprises, de numéro spécial en « Lille, capitale mondiale » [2]. Alors, un sommet pour rien ? Pas vraiment. Pour les bourgeoisies des 7, et particulièrement en France après le mouvement de novembre-décembre et au moment de la déréglementation des télécommunications et des ordonnances en matière de santé. il était essentiel de faire passer le message : « ce sera comme ça et pas autrement ! ». Ce sera la soumission à la concurrence sauvage mondiale sous le regard des grands organismes financiers internationaux. Ce sera la poursuite de la déréglementation en matière de droit du travail. Ce sera la fin de la sécurité de l’emploi et l’avènement de l’ère nouvelle et joyeuse de l’assurance de l’« employabilité « . Des contrats de travail à durée indéterminée ? Ne rêvons plus ! Ce sont les temps modernes des contrats-jetables, pour des missions données, permettant la souplesse de la gestion du personnel. Flexibilité ! Et Jacques Barrot de nous prédire que, chez nous qui sommes des êtres civilisés, tout ce beau programme se fera dans la concertation et le dialogue avec les partenaires sociaux. En bref, donc, le « Champ libre du libéralisme », ainsi que titrait Nord-Éclair du 3 avril [3]. Face à cela, un contre-sommet. Ou plutôt deux. La recomposition de la gauche sur Lille a pris du plomb dans l’aile. Au départ, un collectif - unitaire - pour l’organisation d’un contre-sommet [4]. Des associations et mouvements prêts à toutes les contorsions pour apparaître unies. Manque de pot, les divergences au sein de ce fatras sont trop importantes pour permettre l’élaboration d’une plate-forme commune contre le G7. Qu’à cela ne tienne, on se contentera d’un simple appel à manifester. Mais courant février, patatras ! L’Union régionale CFDT organise des réunions strictement syndicales pour la tenue d’un contre-sommet syndical international. Pourquoi à part ? Il y aurait sans doute à rechercher du côté de l’investissement de l’Union locale CFDT de Lille dans le collectif unitaire. Les premiers sont pro-Notat, les seconds oppositionnels… Bref, la CGT décidera de rejoindre ce collectif des syndicats jaunes (avec en outre la CFTC, I’UNSA et la FEN, et quelques centrales belges). Turpitudes des alliances d’appareils.

Côté mobilisation, ce fut plutôt contrasté. Le 1er avril, une manifestation syndicale d’à peine 1 500 personnes. L’avant-veille, le 30 mars, une manifestation honorable d’environ 5 000 personnes, pour la plupart des militants [5]. Le PC comptait récupérer le plus gros du bénéfice médiatique de l’affaire : plusieurs centaines de milliers de tracts imprimés, une réunion internationale les 29 et 30 mars de représentants des partis « progressistes » l’appareil mobilisé dans son ensemble (plus de soixante bus mis à disposition par les municipalités communistes de la région Nord/Pas-de-Calais). Résultat : moins d’une vingtaine de bus, dont certains aux trois-quarts vides. La marée rouge attendue n’est pas venue. Et les représentants du PC d’avouer, piteux, que ça n’intéressait pas leurs sympathisants, qu’ils avaient bien essayé, à défaut, de remobiliser contre la présence de Chirac… Par contre, la surprise est venue pour nous des rangs libertaires : ce fut l’un des cortèges les plus importants [6]. Qui plus est international. Il y avait la CNT, la FA, l’OCL de Boulogne-sur-Mer, ceux, nombreux, qui ne faisaient partie d’aucune organisation, des compagnons de Paris (si peu…), Bruxelles, Liège, Charleroi, Berlin, Londres… Et des gens qu’on avait jamais vus. C’est peu dire que cette manifestation joyeuse et contesta-taire fut pour nous un succès qui a dépassé nos espérances. On ne peut pas en dire autant de la parade du lendemain, annulée pour cause de… neige, ni de la réunion publique du 3 avril. Charles Loriant, du Mouvement pour l’Autogestion distributive, nous fit pourtant bien le plaisir de venir parler de mondialisation, de finance internationale, de monnaie capitalisable et de spéculation,.des systèmes d’échanges locaux, au Centre culturel libertaire. Mais les foules ne se sont pas déplacées : une quinzaine de personnes. Pourtant, il y avait beaucoup à dire au lendemain de ce G7. Répéter qu’il n’y a rien à attendre de gouvernements qui n’ont même plus la maîtrise de leur politique économique et financière. Répéter que la mondialisation du capitalisme n’est pas une fatalité et qu’il faut lui répondre par la mondialisation de la lutte des classes et des solidarités internationales des exploités et des opprimés [7]. Marteler qu’il n’y a pas de solution capitaliste au chômage et à la misère. Que tant que l’individu sera mesuré, réglé, imposé, contrôlé, enrôlé, flexibilisé, légiféré, discriminé, exploité, opprimé à l’aune de la rentabilité, de l’argent, de la marchandise et du travail salarié, il crèvera de faim, de froid, de peur, de guerre, d’ennui. La révolution, c’est pour quand ?

Bertrand Dekoninck (groupe Humeurs Noires : Lille)


[1Citons Jean-Claude Paye, secrétaire général de l’OCDE, qui prédisait, à titre personnel, dans Les Échos du mercredi 3 avril, que celle-ci tiendrait davantage du modèle américain.

[2La Voix du Nord, particulièrement servile à cette occasion. Supplément au numéro du dimanche 31 mars.

[3Nord-Éclair, au contraire, plutôt courageux pour ce G7. Il est vrai que ce journal du groupe Hersant serait en passe d’être une nouvelle fois « restructuré », voire de disparaître. Alors, l’emploi, le capitalisme, ça doit interpeller quelque part.

[4AC !, PCF, Verts, FSU, SNUI, Union locale CFDT, AREV, LCR, JCR, LDH, SUD, UFF, Confédération paysanne, CNT, Centre culturel libertaire… Le groupe Humeurs Noires (FA) s’en est retiré, même si notre signature apparaît malgré tout sur les tracts, sans notre accord !

[52 500 personnes selon La Voix du Nord, 4 500 selon Nord-Éclair… quelques centaines selon Le Monde !

[6Pas moins de 300 personnes selon Nord-Éclair, et c’est effectivement un minimum. À comparer au Mouvement des Citoyens, à peine suffisamment nombreux pour tenir sa banderole. Ce qui n’a pas empêché France-Info de rendre compte de cette manifestation en citant le PC, les Verts… et le MDC. Mystère des dépêches d’agences.

[7À ce sujet, Artisans du Monde organise une conférence dans le cadre de la campagne « Libère tes fringues » le 26 avril à 20 h, à la MNE, 23, rue Gosselet, à Lille, avec des syndicalistes du sud-est asiatique, dont la NGWF du Bangladesh.





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