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éditorial du n° 1182 et autres articles du ML1182

du 25 novembre au 1er décembre 1999
Le jeudi 25 novembre 1999.

https://web.archive.org/web/20021227230044/http://www.federation-anarchiste.org/ml/numeros/1182/index.html

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Éditorial

Après avoir concocté deux lois sur les 35 heures pour toute contribution à l’édification d’un monde plus juste, le gouvernement est passé à autre chose et poursuit sa frénésie réformatrice en mettant en chantier d’autres projets : chasse, justice etc. Mais chacun sait que la préoccupation essentielle de Jospin comme de Chirac et des autres chefs reste la conquête du pouvoir. Tous préparent avec sérieux les prochaines élections municipales préludes aux présidentielles, puisque c’est la clé de l’exercice effectif de l’autorité étatique.

Pour cela tous les coups sont permis : affaires en Corse, à Paris, à Marseille, démission d’un ministre, petites phrases assassines ici et là. De la basse politique quoi. Pendant ce temps-là dans un autre monde, des citoyens ordinaires s’affrontent à la volonté patronale de jouer des 35 heures comme d’un instrument à flexibiliser et à bloquer les salaires. D’où la multiplication de conflits dans les petites comme les grandes entreprises. Le plus spectaculaire d’entre eux a lieu dans les transports publics et il est impressionnant de constater qu’à Lyon les condamnés à la marche à pied font preuve d’une remarquable patience et compréhension vis-à-vis des employés des TCL après une semaine de conflit.

C’est comme si une solidarité implicite allait de soi parce que chacun est confronté aux mêmes chantages patronaux.

Reste qu’on ne voit guère les syndicats prendre l’initiative pour fédérer et dynamiser toutes ces luttes portées le plus souvent à bout de bras par des militants de base s’appuyant sur un profond mécontentement collectif.

On pourrait imaginer que les grévistes de France Inter ou de FR3 nous expliquent à l’antenne les raisons de leur mouvement et donnent la parole aux autres salariés en lutte : aux chômeurs qui revendiquent eux aussi un peu plus de fric pour les fêtes, aux sans papiers qui crèvent dans leur clandestinité, aux sans grades de tous poils et de toutes nationalités qui en ont gros sur la patate du RMI et de la précarité.

On pourrait imaginer qu’une fois au moins les transports publics, trains, métros et bus seraient gratuits et qu’on verrait alors le nombre d’agressions baisser pour cause d’abolition des commandos de contrôleurs. Assurément ces idées ont la côte lorsqu’on les suggère autour de soi. Il manque seulement la volonté politique s’assumer une telle conception de la lutte sociale. Mais à quoi peut-on rêver quand on ne rêve pas à changer le monde ? À l’actionnariat salarié nous assènent les sondages et les services de Nicole Notat, du patronat et du gouvernement confondus. Ne nous laissons pas couillonner par un machin qui est à coup sûr un attrape-nigaud et soyons des révoltes d’aujourd’hui.


OMC : le libéralisme veut dicter sa loi

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La prison a fait son temps, qu’elle crève !

En dépit des archaïsmes qu’elle incarne, la prison est une institution récente. Née sous sa forme moderne avec la société bourgeoise, elle demeure l’instrument privilégié des nantis pour étouffer et gérer au quotidien la révolte contre l’insupportable. Forcément férocement…

Historiquement les anarchistes ont souvent connu la prison. C’est logique. La prison est d’abord une machine de guerre de la bourgeoisie. Les peines requises le 19 octobre dernier à l’encontre de trois militants de l’association des demandeurs d’emploi et des précaires de l’ADEPA en sont un des exemples les plus récents. Il y en a beaucoup d’autres. Arme de classe, la prison a toujours servi à gérer l’exclusion. Tout le monde le sait. Y compris l’institution qui dans ses documents officiels déclarent qu’il a : « été démontré que la “sur-représentation” des pauvres en prison était le résultat d’un processus social »

Pour parler clairement, ce sont les pauvres qui constituent la grande majorité de la population carcérale et ils sont en prison parce qu’ils sont pauvres : 85 % de la population pénale se recrute dans les milieux les plus déshérités. Naturellement, le nombre des délits suit la même courbe que celle des crises économiques. C’est ainsi que depuis 1982, les statistiques attestent une progression importante de personnes sans emploi au moment de leur incarcération. En fait, beaucoup de détenus ont des ressources modestes en entrant en prison. Or, celles-ci se trouvent encore réduites du fait de leur emprisonnement. S’ils touchaient les ASSEDIC, le RMI ou l’AAH (allocation adulte handicapé), ils n’y ont rapidement plus droit ou pas dans les mêmes conditions. Quant à ceux qui ont un travail, ils le perdent au moment de leur incarcération. D’où ce cercle infernal dans lequel l’État maintient ses citoyens les plus fragiles : la pauvreté les conduit en prison et la prison les appauvrit un peu plus.

Punir et isoler pour soumettre

On comprend, dans ces conditions, qu’en France, les prisons n’aient jamais été aussi pleines et l’on prévoit la construction de 5 000 places supplémentaires pour l’an 2000. Pourtant, et cela aussi toutes les statistiques le confirment, le nombre de crimes de sang est resté stable depuis plusieurs décennies. Mais quiconque pénètre dans une prison constate que c’est une fraction de la jeunesse pauvre qu’on prive de liberté. La prison fait partie de l’arsenal répressif indispensable dont dispose une société de plus en plus inégalitaire pour imposer l’injustice aux couches sociales les plus démunies et terroriser ceux qu’elle jette dans la rue et marginalise. Car la prison ne se contente pas de punir ceux qui enfreignent des lois profondément inégalitaires. La privation de liberté est aussi synonyme d’isolement. En les mettant derrière des barreaux, elle retranche du corps social une partie de la population et si cela ne suffit pas, elle isole encore les plus rétifs (ou les plus politiques) à l’intérieur même de cet isolement grâce au mitard, cette prison de la prison. Punir et isoler sont deux des grandes fonctions de l’enfermement, mais sa finalité est de discipliner, de contraindre les individus à « rester à leur place ». Aussi invivable soit cette place. Symboliquement la société capitaliste nous demande de vivre notre vie comme si nous étions tous enfermés dans un ordre qui nous dépasse et nous contraint. D’accepter la mondialisation et la précarisation, l’injustice et ses inégalités, la misère ou les guerres. Avec comme horizon, si nous refusons ces perspectives, de trouver la prison réelle, celle dont le but ultime est de garantir cet ordre en rendant les individus dociles.

C’est pourquoi, en dépit de l’humanisme de façade et des vœux pieux sur l’amélioration du sort des détenus, toute prison ne peut être qu’une institution totalitaire au sens fort. C’est-à-dire un lieu où l’on doit discipliner les corps et les esprits, un lieu où l’on transforme les individus sans soucis de leurs besoins ou de leurs personnalités afin qu’ils entrent dans le moule uniforme voulu par la société. Qu’ils se taisent et se soumettent.

L’imposture de la réinsertion

Ceci explique pourquoi la fonction de réinsertion de la prison ne peut être qu’un échec lamentable. Le taux de récidive qui est déjà très fort s’accroît chaque fois qu’on repasse par la case prison. Chez les mineurs par exemple, ce chiffre peut atteindre jusqu’à 80, 90 % pour les multi-récidivistes. Comme l’écrivait Michel Foucault : « la prison ne peut pas manquer de fabriquer des délinquants. Elle en fabrique par le type d’existence qu’elle fait mener aux détenus, qu’on les isole dans des cellules, ou qu’on leur impose un travail inutile, pour lequel ils ne trouveront pas d’emploi ; c’est de toutes façons ne pas songer à l’homme en société ». Jacques Lesage de La Haye parle quant à lui de « machine à fabriquer des délinquants ». Le paradoxe de la prison, censée éradiquer les crimes, c’est qu’elle est l’endroit le plus criminogène de la société. D’autant qu’à leur sortie les ex-taulards se retrouvent sous la surveillance de la police tout en étant sans argent, parfois sans savoir où dormir le soir même et totalement déconnectés de la vie sociale. Ainsi l’ancien détenu n’a d’autres alternatives que de récidiver pour essayer de s’en sortir mais a peu de chances de passer inaperçu. Car, si les plus riches ont de nombreux lieux privés (domicile, résidence secondaire, entreprise, etc.) pour exercer, éventuellement, des activités illégales, les plus pauvres n’ont en général que la voie publique ou le domicile des autres. On sait fort bien que la « délinquance en col blanc », celle des patrons et des politiciens est infiniment plus préjudiciable à la collectivité que les larcins des pauvres bougres. Mais c’est toujours un événement quand on met un des premiers en prisons alors que pour les plus pauvres c’est une banalité qui se reproduit à des milliers d’exemplaires. Il sera toujours plus facile pour un flic d’arrêter l’ex-détenu du coin que d’aller mettre son nez sous certains lambris dorés.

La prison, lieu d’aliénation

Un détenu est avant tout une personne privée de liberté et donc d’autonomie : tout est décidé à sa place, heures des repas, des promenades. Il n’a pas d’autre choix que l’acceptation passive. L’institution en fait un être irresponsable et infantilisé au maximum. Si le corps est en principe respecté, la personnalité du détenu est profondément modifiée, les murs sont dans la tête et l’atteinte psychologique dévastatrice. Un communiqué des détenus de Moulin-Yzeure en août 1996 est à ce sujet très explicite : « nous rappelons que des études psychologiques portant sur la longueur des peines démontrent qu’après 5 ans de détention, un détenu entre dans un processus de rupture avec le système et devient dès lors “irrécupérable pour la société”, donc éliminé du système social. Toujours selon les mêmes études, après 10 ans de détention, un détenu est “psychologiquement mort”, donc éliminé par le système social et pour lui-même […] à la logique de mort qui nous est imposée, nous avons choisi la vie et la dignité. » Cette atteinte psychologique a des conséquences tragiques : on se suicide 10 fois plus en prison que dehors et les chiffres sont en perpétuelle augmentation. Depuis le début de cette année, 111 détenus au moins se sont ainsi « définitivement évadés ». Le fait que le détenu n’a pas le droit d’association et donc que toutes les solidarités sont cassées en prison n’est pas étranger à ce phénomène.

En avril 1985, des détenus ont pourtant essayé de créer l’ASPF : Association Syndicale des Prisonniers de France. Cette démarche avait pour but de permettre aux détenus de s’associer et d’assumer eux-mêmes leur représentativité, c’était un embryon d’auto-organisation des prisonniers. Bien que le droit d’association soit, paraît-il, constitutionnel et imprescriptible, l’expérience ne put durer au-delà de quelques mois et prit fin en décembre 1985.

Rêve d’exploiteur et cauchemar d’exploités

Preuve, s’il en était besoin, que la revendication du CAP (Comité d’Action des Prisonniers) dans les années soixante-et-dix de fonder un véritable syndicat de détenus reste, plus que jamais, une nécessité. Car, les conditions de détention sont toujours très dures et parfois atroces. Ce qui fait beaucoup pour un système inutile et socialement contre-productif. Il est vrai qu’il est le miroir, à peine caricatural, de notre société. On peut le vérifier dans les conditions de travail faites aux détenus. Le salaire brut moyen en maison d’arrêt est de 1 200 FF et de 2 200 FF en établissements pour peines ; quant au service général concernant tous les travaux d’entretien de la prison, les salaires sont encore plus faibles : 650 FF pour une journée de 6 ou 8 heures ! Rémunérations misérables sur lesquelles on enlève encore 10 % pour frais de justice et 10 % pour charges sociales. Tout ceci sans droit syndical, ni droit de grève, bien sûr. Une situation de rêve pour les patrons qui exploitent cette main-d’œuvre quasi-servile. En revanche, côté taulard, le rêve ressemble plutôt à un cauchemar. Absence ou médiocrité de soins, violences, viols, passages à tabacs, sévices, voire tortures, comme en 1996 à Fleury-Mérogis où trois détenus avaient été maintenus nus, en plein hiver et sans chauffage, dans ce qui est appelé le « frigidaire » : tout cela fait le quotidien des prisons. Quant au problème du SIDA (mais aussi celui de l’hépatite C) dans les prisons françaises, c’est un des problèmes majeurs. Le taux de prévalence du VIH est entre 20 et 30 fois supérieur à celui que connaît le reste de la population. Le système carcéral est un système complètement aberrant et c’est pour cette raison que nous devons lutter contre lui, mais c’est en luttant contre toute oppression et en bâtissant une société fondée sur une économie égalitaire que nous parviendrons à faire tomber ces bastilles… ou, pour reprendre le générique de l’émission « Ras-les-Murs » (Radio libertaire) : « la prison a fait son temps, qu’elle crève ».

La population pénale recensée au 1er janvier 1998 fait état de 54 000 détenus répartie en 22 920 prévenus et 33 482 détenus pour une capacité d’hébergement de 49 400. Ce chiffre ne cesse d’augmenter au fil des ans et ceci en raison d’un allongement des peines et d’une nette diminution de la remise de peine des grâces présidentielles : en 1992 elle était de 10 jours pour chaque mois de prison restant à accomplir. Maximum 6 mois. En 1993 la remise de peine n’est plus que de 5 jours et seulement pour un maximum de 4 mois. Il y a plus de 2200 femmes détenues et près de 700 mineurs dont 80 de moins de 16 ans.

Alex et Cathy. — groupe « Un autre Futur » (Montpellier)


Gesticulations du MEDEF

Une nouvelle jeunesse pour le paritarisme ?

Les relations paritaires sont aujourd’hui remis à l’ordre du jour par un tout nouveau MEDEF (ex CNPF) qui cherche sans aucun doute à se distinguer par autre chose qu’un changement de sigle. Incontestablement cette main tendue aux syndicats est une pierre dans le jardin d’un gouvernement acculé sur tous les dossiers sociaux à cause d’un budget extrêmement serré, lui-même conséquence d’un endettement record de l’État.

Pour autant cette proposition ne semble pas reposer sur grand-chose : le paritarisme qui consiste à instaurer des relations permanentes de négociation et une certaine cogestion d’organismes sociaux, est certes un système très répandu et bien installer en Europe, mais il a de partout du plomb dans l’aile. En effet, en particulier parce qu’il n’élimine évidemment jamais les conflits de classe et que, le patronat ayant un meilleur rapport de force que dans les décennies passées, ce rapport « paritaire » est un mensonge notoire : le plus fort des deux « pairs » avance ses billes en fonction de sa force. On se demande d’autant plus pourquoi les patrons voudraient « renforcer le paritarisme »…

La réaction des syndicats, qui pour l’instant a été plus que prudente, a aussi de quoi surprendre. Qu’espèrent-ils du patronat que celui ci ne pourra leur offrir ? À vrai dire, pour certains d’entre eux cette nouvelle est assez inespérée. La CFDT par exemple n’a jamais désespéré de pouvoir jouer un rôle comparable au DGB allemand avec délégué permanent assurant une vraie cogestion de l’économie et du social. La CGT de son coté n’est pas exempte de courants qui pensent qu’il y a une place à prendre et que la mentalité grévicultrice des militants péjorent gravement une promotion de la confédération.

Quoi qu’il en soit, que le paritarisme en sorte renforcé ou pas ne nous intéresse pas. Par contre, il est vraisemblable que nous aurons tous à supporter les conséquences de sa redéfinition. Comment imaginer, par exemple, que le MEDEF ne voudra pas augmenter la part de la protection sociale (maladie et retraite) par capitalisation aux dépens du système actuel par répartition ? Comment croire également qu’il ne vendra pas un strapontin confortable aux syndicats contre un plus grande flexibilité du travail ?

En tout état de cause, il nous faudra rester particulièrement vigilant et défendre nos propres intérêts.

Laurent Martin. — groupe La Sociale (Montpellier)


Multiplication des conflits sur les 35 heures

Les masques tombent

La situation actuelle est intéressante car elle constitue un condensé de la problématique de la lutte sociale de l’année qui vient de s’écouler et de celle qui s’annonce. Les conflits qui se multiplient aujourd’hui, petits ou grands, médiatiques ou pas, ont en effet un point commun : les lois Aubry. Petit à petit, la réalité crue de ces lois (version 1 et bientôt version 2) apparaît à un grand nombre de salariés et l’analyse que nous pouvions en faire dans Le Monde libertaire du 30 septembre dernier se concrétise point par point.

La question devient d’ailleurs incontournable pour un grand nombre de travailleurs, car beaucoup de patrons notamment dans les petites entreprises, essaient d’imposer à la hussarde des accords loi Aubry n° 1 avant le 31 décembre, pour bénéficier d’aides réputées plus intéressantes que celles de la version 2. Nous avions qualifié la loi Aubry d’arnaque et d’arme contre les salariés. Malgré les rideaux de fumée syndicalo-politiques, les arnaqués commencent à se rebiffer. Au cours d’un mouvement particulièrement dur pour ce secteur, la plate-forme revendicative de l’audiovisuel résume bien la situation : des créations d’emploi à hauteur de 10 %, le respect de la convention collective nationale dans son intégralité, le refus catégorique de l’annualisation, le refus de la modération salariale.

Ainsi, la loi Aubry apparaît pour ce qu’elle est : une loi qui vise essentiellement à baisser le coût du travail pour maintenir les taux de profit du patronat, une loi qui démantèle les droits, statuts ou garanties nationales en favorisant la multiplication d’accords locaux, une loi qui ne réduit pas le temps de travail, mais qui le soumet aux impératifs des entreprises, une loi enfin qui ne crée pas véritablement d’emplois malgré la propagande ministérielle. On pourrait ajouter une loi qui fait des cadeaux ahurissants aux patrons, cadeaux payés par les impôts… des salariés.

Alors une fois de plus Aubry et le gouvernement de la gauche poubelle vont devoir compter sur leurs relais syndicalo-politiques pour faire diversion. Le 16 octobre dernier, le PC, ses satellites et les gogos trotskistes de la LCR et de LO ont occupé le terrain du mécontentement social tout en ayant avalé quelques heures plutôt le vote, en première lecture, de la loi Aubry, « amendée » pour la forme avec Maxime Gremetz dans le rôle du gentil député qui défend les travailleurs. Pitoyable !

Et ces braves gens de remettre le couvert le 30 novembre prochain, inquiets qu’ils sont de la propagation actuelle des grèves. Ainsi, la CGT, la FSU, SUD, prévoient des actions avant le vote en deuxième lecture de la loi Aubry n° 2, avec une « idée » plus ou moins avouée : il faut une « bonne loi Aubry ». Et pourquoi pas des bons patrons et la Bourse au service des travailleurs !

Notre analyse est toute autre : d’un côté des travailleurs de plus en plus précarisés, flexibilisés, exploités et de l’autre un patronat qui a aujourd’hui les moyens techniques, politiques et économiques d’être de plus en plus vorace. Ce la s’appelle la lutte des classes tout simplement. Les anarchistes ont choisi leur camp depuis longtemps. Leur rôle dans les luttes actuelles n’en est que plus important.

Fabrice. — groupe La Commune (Rennes)


Transports en Communs Lyonnais

Une grève dure et populaire

Depuis plus d’un an l’intersyndicale des Transports en Commun Lyonnais (TCL) regroupant CGT, FO, UNSA, CFDT, CDTC fait face à la direction retorse de la SLTC, société gérante du réseau. Elle tente de préserver le pouvoir d’achat des employés en exigeant de la direction le maintien des augmentations de salaires alors que celle-ci propose 1,2 % sur trois ans prétextant l’embauche de 200 personnes supplémentaires pour passer à 35 heures. Elle fait fi très volontairement des 15 millions de francs alloués au financement du plan RTT par le SYTRAL autorité administrative chapeautant les TCL et constitué d’élus de la Communauté Urbaine de Lyon (COURLY) et du Conseil Général du Rhône, en plus du budget de fonctionnement annuel habituel de 1,3 milliards de francs, auquel il faut ajouter les recettes amenées par les usagers et les aides étatiques.

La SLTC est une société privée, filiale du groupe VIA GTI et a des comptes à rendre à ses actionnaires. Et il faut que ça rapporte, sinon… Néanmoins le contrat de marché signé avec les élus prévoit une garantie de bénéfices quels que soient les résultats d’exploitation. C’est beau le libéralisme ! Le seul point d’accord entre syndicats de salariés et patronat concerne le nombre de jours de congés supplémentaires qui est augmenté de 21 jours pour les conducteurs et de 15 jours pour les autres personnels. Ce sont donc bien les contreparties économiques qui posent problème.

En fait, la Direction veut augmenter le temps de travail journalier de 10 min car elle prétend qu’une minute de travail représente pour « l’entreprise » un million de francs. Apparemment les salariés ne font pas les mêmes calculs et sont très déterminés à obtenir satisfaction. Il y a du monde sur les piquets de grève. Cette grève est pratiquement totale sur tout le réseau de métro, y compris la ligne automatisée. Cependant à certains moments les grévistes relâchent la pression sur cette ligne et les trois funiculaires accédant aux collines. Cela permet de soulager les usagers qui marchent à pied sur des trajets difficiles en côte et sur la ligne la plus populaire (Vénissieux-Minguettes). Quant aux bus, une vingtaine seulement circulent sur la 771.

Ce dimanche 21 novembre la situation est toujours bloquée de part et d’autres. Lundi matin va sans doute être un tournant. En effet, jusqu’à ce jour ce conflit est largement populaire en dépit des contraintes imposées aux populations. Les syndicats des TCL envisagent par ailleurs d’appeler à une manifestation si les négociations n’avancent pas. Dans ce cas, il va falloir participer au soutien car le risque est que la SLTC joue sur la lassitude et le pourrissement du conflit.

Cependant la municipalité avec Barre à sa tête est dans une situation délicate car Lyon est truffée de travaux liés à la construction de deux lignes de tramways et la population est depuis un an assez perturbée par les embouteillages quotidiens que cela génère. Et tout est mis sur le dos des élus municipaux qui ont concentré les travaux sur une période courte car ils veulent que cela fonctionne avant les élections de 2001.

Pour notre part, nous pensons que ce conflit est positif et va appuyer tous les autres salariés qui en ce moment sont en butte à un patronat arrogant sur les 35 heures. Cela nous change des grèves TCL à propos de la sécurité. Après le refus des chauffeurs de faire monter les usagers par la porte avant pour obliger ceux-ci à payer, voilà un autre camouflet lancé à la face de la très catholique direction des TCL.

Daniel.— groupe Déjacque (Lyon)


Fait d’hiver

Subséquemment !

On les dit balauds, balourds, niais, benêts, hébétés. Pas futés pour deux sous. Pas franchement formule 1 côté intellect. Plutôt empruntés côté vocabulaire. Arc-boutés sur des tirades à l’emporte pièce ânonnées besogneusement. On les sait sans imagination, imperméables à tout humour, hermétiques à toute poésie, fermés à tout raisonnement, bêtement, scrupuleusement et servilement aux ordres.

On s’en amuse souvent. On s’en gausse complaisamment. On s’en joue parfois. Mais on s’en méfie aussi car… Car sous leurs faux airs de… Sans avoir l’air de… Mais tout en… Il est des gros nez rouges, de bonnes faces écarlates, des tempes bien dégagées derrière les oreilles, des regards sans l’ombre d’un doute, des képis irréprochables de psychorigidité qui, parce qu’ils tutoient le quotidien de tout un chacun et de toute une chacune, et souvent en terme de nécessité, savent beaucoup de choses et sont souvent en possibilité de…

Mais de là, comme à Tournay-Charente (Charente-Maritime) à les prendre pour des sangliers et à plomber leur belle camionnette bleue qui circulait pépère sur la départementale 214, au motif que, gendarmes ou non, il ne fait jamais bon croiser des chasseurs en battue, il y a un pas que même les anarchistes n’ont jamais franchi.

Camarades gendarmes, tous ânes que vous êtes, vous qui, en ce moment, avez du mal à vous reproduire (à 4 800 F net par mois, ça ne se bouscule pas pour être gendarme adjoint), ne méritez pas cela. Chef, chef, y a des chasseurs qui nous tirent comme des lapins et les anars qui ne nous prennent pas pour des blaireaux. Ça sent l’embrouille !
Subséquemment !

Jean-Marc Raynaud


Le révisionnisme de la « gauche rouge »

Ces derniers temps, nous assistons dans les médias et l’extrême gauche dite « gauche rouge » à une dérive sémantique concernant les mots léniniste, bolchevique et libertaire et à une interprétation de l’histoire qui concerne la période de la prise du pouvoir par les bolcheviques en Russie.

Curieusement, nous observons dans certaines œuvres documentaires cinématographiques et publications, la limitation de la dérive néfaste de la politique de « dictature du prolétariat » à la période de la domination de Staline sur ce pays. Cela permet à certains comme Daniel Bensaïd, philosophe et militant trotskiste de la LCR, de se qualifier de léninistes mais libertaire et de se parer d’un antistalinisme pouvant laisser croire que Lénine et Trotski furent innocents des crimes commis par le parti bolchevique qu’ils dirigeaient.

D’autre part, dans son dernier livre, Protéger ou disparaître, les élites face à la montée des insécurités, Philippe Cohen trace le tableau du nouveau paysage politique, et à côté des « libéraux-libertaires » (partisans à tout crin d’une société marchande dérégulée), des « étatistes-autoritaires » (prônant le retour d’un État fort), des libéraux autoritaires (tenants d’un ordre marchand musclé), il rajoute une curieuse famille qu’il appelle lui aussi des « bolcheviques-libertaires » ou « bolis ». Dans un commentaire de cet ouvrage pour le journal Marianne du 25 au 31 octobre 1999, Bensaïd conclu : Eh bien, j’en suis ! De cette famille qui prétend unir la gauche morale et la gauche sociale dans une gauche politique et défendre les sans-papiers et la fonction publique. Mais, nous savons que ce type de néologisme a pour logique de marier la carpe et le lapin, dans un beau discours médiatique. C’est une stratégie où se mêlent ruses, mensonges, tromperies, dissimulations, et qui n’est pas étonnante en soi. Elle a toujours été l’arme favorite de Lénine, des bolcheviques, des trotskistes, et de leurs successeurs. Il ne peut rien y avoir de commun entre l’héritage des bolcheviques et celui des libertaires.

Un devoir de mémoire

Il nous paraît opportun d’effectuer un bref rappel des faits historiques, surtout quand quelques aventuriers de la politique ou apprentis dictateurs veulent se parer du beau titre de « libertaire ». Le parti bolchevik (de Lénine et Trotski) crée dès décembre 1917 les premières Tchekas. C’est Djerzinsky, un bolchevik, qui se charge d’organiser cette police politique ancêtre du KGB. Dans ces rangs, on trouve déjà Iagoda, le bourreau qui officiera sous Staline. La première action de ces Tchekas a été de briser la grève des fonctionnaires de Petrograd.

En avril 1918, pour préparer ce qui va suivre, les tchekistes attaquent les locaux anarchistes de Moscou. Il y a 25 exécutions sommaires. En mai et juin 1918, durcissement de la dictature de Lénine, répression des grèves, 205 journaux socialistes sont interdits, dissolution des soviets (conseils ouvriers) non bolcheviks par la force armée.

Le 14 juin 1918, la Tcheka tire sur une marche de la faim à Kolpino, assassinant dix ouvriers et à Ekaterinburg, 15 ouvriers sont tués par les « gardes rouges » lors d’un meeting contre la répression. Nous arrêtons ici, mais cette liste sinistre se poursuit ensuite durant le stalinisme et au-delà… Elle démontre, que le point de départ de la dictature pour asseoir la domination politique des bolcheviks a été surtout la lutte contre les éléments populaires et révolutionnaires de la Russie en désaccord avec leur parti. Cette répression a lieu contre les luttes sociales, ceux qui les mènent et les intérêts de l’ensemble de la population.

Les bolcheviks, bien avant que la réaction « blanche » se soit organisée, mirent en place sous l’impulsion de Lénine et Trotski, la lutte contre-révolutionnaire. On retrouve Léon Trotski prescrivant l’ouverture des camps pour des « éléments douteux », lesquels sont des grévistes, des paysans, des opposants de gauche. Trotski est avec Lénine et Staline, un partisan inconditionnel de la terreur rouge. En récompense, il devint maréchal de l’armée rouge. En tant que tel, il va diriger les massacres à grande échelle lors de révoltes de marins, de paysans et d’ouvriers qui luttaient contre les privilèges que s’étaient octroyés les bolcheviks. Nous ne devons pas oublier le rôle qu’il a joué dans la répression contre le soviet de Kronstadt et le mouvement révolutionnaire autonome de la makhnovstchina.

Lénine et Trotski contre la révolution

Il est important de rappeler que les libertaires qui apportaient leur contribution à la contre-révolution furent écrasés par ceux qui osent à présent s’emparer de leur nom. Le piolet qui a tué Trotski a été pour Staline, l’acte nécessaire pour se débarrasser d’un ancien complice devenu un rival et non pas d’un antibolchevique ou antistalinien. C’est donc bien la lutte pour le pouvoir qui allait les opposer dès le début pour organiser la dictature d’un parti qui était sous leur contrôle et cela à titre fallacieux du « prolétariat ». Le mythe qui consiste à faire croire que le trotskisme fut une réaction au stalinisme comme s’il s’agissait d’une opposition de fond et non la lutte entre deux ambitions politiques pour s’emparer du pouvoir est un mensonge grossier. Chacun peut vérifier avec nos dates, que de 1918 à 1924, il y a une période de répression terrible pour le peuple russe.

Il y a un fait fondamental à ne pas oublier, c’est qu’un anarchiste, un libertaire, se reconnaît à ce qu’il ne soutient aucun pouvoir ou dictature. À l’inverse du fascisme, du capitalisme et du communisme d’État, l’anarchisme n’a pas sur ses mains le sang des travailleurs.

Michel Sahuc. — groupe « La Sociale » (Montpellier)


La République des flics

Jacques Chirac et Lionel Jospin aiment l’ordre. Pour le rappeler à ceux qui l’ignoreraient, le premier s’est rendu dans les quartiers nord de Marseille, les 12 et 13 novembre. Le second, empruntant pour l’occasion RER et bus, s’est fendu d’une visite à Sainte-Geneviève-des-Bois et aux Ulis, communes du département de l’Essonne deux jours après. L’ordre sous couvert de l’argument sécuritaire : telle est la priorité gouvernementale et présidentielle ! La méthode Jospin rejoint là celle de Chirac. Pour que l’ordre règne, deux principes : un, créer un maximum de petits boulots ; deux, embaucher toujours plus de flics. Exemples.

Lors de la visite chiraquienne à Marseille, un contremaître s’est félicité d’offrir un emploi à des jeunes du quartier de La Bricarde, «  leur première feuille de paie, leurs premiers 4 000 francs ». (Quand on apprend les tarifs de l’avocat Strauss-Kahn, 2 500 francs l’heure travaillée, on est encore loin du vrai boulot franchement bien rémunéré !).

De même, Jospin a pu rencontrer les « agents d’accueil » qui accompagnent les usagers d’une ligne de bus de L’Essonne. (On les imagine mal être rémunérés comme la femme de Tibéri.). Petits boulots gardes chiourmes ou emplois précaires, rôles de chiens de garde, même objectif : acheter la paix sociale dans les quartiers à moindre frais.

Deuxième principe : la répression directe. Outre une loi prochaine pour « clarifier » le rôle des « activités privées de sécurité », (c’est-à-dire employeurs de vigiles, gardiens et autres agents de l’ordre…), Jospin peut à loisir se féliciter des troupes déjà bien implantées : policiers en uniforme, agents des Renseignements Généraux, agents de police municipale, gendarmes et autres militaires que l’on croise régulièrement dans certaines grandes stations RER de la Capitale… L’ordre a ses soldats et ils sont nombreux ! De plus en plus. L’État vient de recruter 1 600 flics supplémentaires, sans oublier les emplois-jeunes mobilisés dans les « dispositifs de police de proximité » qui viennent s’ajouter à ces récentes embauches. Pour maintenir l’ordre, il y aura toujours de l’argent. C’est d’ailleurs, de ce cet ordre là dont il est question, celui des privilégiés ; l’ordre des bien-pensants, des responsables, des garants du système économique et de l’ordre moral.

Quand Jospin se préoccupe de sécurité, c’est avant tout dans une optique électoraliste, concurrencer la droite et l’extrême droite sur leur terrain de prédilection, et pour gérer au mieux les inégalités économiques, culturelles et sociales. Son vœu le plus cher, il l’a formulé dans une caserne de CRS, lors de son déplacement dans l’Essonne, devant un parterre ébloui de notables et de gendarmes en rangs serrés et droits dans leurs bottes : il faut que les policiers « soient davantage à l’image de la population. Il convient de faire en sorte que les jeunes de tous les quartiers et de toutes les origines sociales soient encouragés à entrer dans la police nationale. » Big Brother ou la police de la pensée. Encore un effort Françaises, français, soyons tous flics ; les banlieues seront ainsi plus sûres, et les banques seront bien gardées.

Alain Dervin. — groupe Pierre-Besnard


Précarisation des professionnels du spectacle

Culture en solde !

La signature du protocole d’accord relatif aux intermittents du spectacle, de janvier 1999, effectuée par les syndicats dits représentatifs (hormis la CGT), le MEDEF, la CGPME et l’UPA (1) commence à montrer ses effets pervers. En effet, cet accord touche au mode de calcul des indemnités chômage des techniciens de l’audiovisuel et du spectacle vivant, qui voient leurs indemnités ASSEDIC diminuer de 30 à 40 %. Ceux-ci doivent donc, logiquement, trouver les moyens d’augmenter leurs revenus, si ils veulent bénéficier d’une indemnisation décente pendant les périodes de non-travail salarié. Ces périodes, rappelons-le, sont des moments de recherche de nouveaux contrats, d’écriture de projets, etc. et non pas des « vacances » !

Ce n’est certes pas auprès des associations culturelles que ces intermittents vont pouvoir trouver du travail, vu que celles-ci ont de moins en moins de subventions et qu’en plus, le protocole d’accord prévoit que certaines associations ne pourront même plus embaucher des intermittents du spectacle !

Je m’explique : une association de quartier, par exemple, veut réaliser un film ou monter un spectacle. Elle s’adresse à un réalisateur ou metteur en scène intermittent qu’elle salarie. Tout va bien. Tout va bien, me direz-vous… Eh bien pas du tout ! Car le code NAF (ex code APE) de ladite association intedit (depuis la signature du protocole) au réalisateur ou metteur en scène intermittent de faire reconnaître ce travail-là pour l’ouverture de ses droits au ASSEDIC, car ces associations ne sont ni des entreprises de spectacle, ni des sociétés de production audiovisuelle ! Il ne reste donc comme employeurs « possibles » pour les intermittents que les grosses structures « culturelles » qui, elles, ont droit au « bon » code NAF… Alors voyons de près quelles sont ces structures.

Côté audiovisuel, ce sont les sociétés de production qui ­ en grande majorité ­ œuvrent pour l’industrie cinématographique, les chaînes de télévision et la publicité… Côté spectacle vivant, ce sont les compagnies théâtrales, les théâtres privés ou publics, les salles de spectacles (comme le « Zenith », le « Palais des sports »…). Les dirigeants de ces structures dites « culturelles » sont réunis en plusieurs syndicats qui ­ à l’heure actuelle et de façon souterraine ­ préparent, en partenariat avec le MEDEF, un nouveau protocole d’accord pour l’an 2000, applicable aux intermittents du spectacle et qui devrait être signé fin décembre.

Vers une culture rentable ?

Il est évident que leurs buts sont de rendre la culture rentable car, derrière ces « entreprises culturelles » ­ seules habilitées donc à embaucher des intermittents ­ il y a des groupes financiers très puissants et très riches :
— Le groupe Pinault, qui possède des parts dans la FNAC, TF1, Le Monde, LCI, RTL
— Le groupe Bouygues qui a des actions chez TF1 mais aussi Pathé-cinéma, Libération
— Le groupe Vivendi qui, lui, a acheté des parts de Canal +, Parc Astérix, UGC, L’Express
— Le groupe Lagardère qui a des parts d’Hachette-Fillipachi, Europe 1, Skyrock, Elle, Le Parisien
— le groupe Sony qui lui détient des parts dans de nombreux « labels indépendants »…
On voit donc bien comment tout cela s’articule : en précarisant à outrance le secteur culturel, les trusts financiers, avec la bénédiction de l’État, obligent les artistes et créateurs à travailler pour eux, directement comme employeurs (chaîne de télé, radios, studios de musique, cinéma…) ou indirectement par le biais des sponsors, du soutien ou non de la presse à un spectacle, un film ou un disque, de leur diffusion…

Pour rentabiliser encore plus leurs entreprises et pour affaiblir nos professions, la dernière trouvaille du MEDEF et des « partenaires sociaux » est la… dégressivité des salaires : un intermittent embauché plusieurs jours d’affilée se verra imposer un salaire diminué de quelques pourcents chaque jour… Et donc par la suite une indemnité chômage encore plus faible : on croit rêver ! Le silence assourdissant du ministère de la Culture en dit long sur la nature du tapis rouge cousu de fils d’or déroulé par l’État devant les entreprises privées !

Les artistes et les créateurs intermittents du spectacle se trouvent donc face à un dilemme :
- accepter de travailler pour des salaires de plus en plus bas, et dans des conditions de plus en plus scandaleuses pour des entreprises dont le but réel est de réaliser plus de profits ;
- abandonner le « métier » (pour faire quoi ?) tout en sachant que cela signifie leur laisser le pouvoir d’instaurer une médiocrité culturelle destinée à aliéner un peu plus le public…
La seule alternative à ce dilemme ne peut être que la mobilisation massive de tous et de toutes pour défendre la culture que nous voulons voir exister : une culture pour tous et par tous !

Sylvie Maugis, réalisatrice intermittente, groupe P. Besnard

(1) CGPME : Confédération générale des petites et moyennes entreprises. UPA : Union professionnelle artisanale. Nota : on se pose la question de comprendre pourquoi ces gens-là signent un accord concernant les professions du spectacle…


Chronique anarcha-féministe

Naïf !

Jospin souhaite que la loi sur la parité dans les partis politiques soit effective avant les prochaines élections… ça a le mérite de ramener le débat à sa juste valeur : nous voilà déjà objet de campagne !

Les femmes « vont donc rentrer en politique », nous dit-on…
Les femmes n’ont pas attendu les lois pour « rentrer en politique », elles ont su mener des luttes émancipatrices et solidaires depuis toujours, sans attendre l’invitation de ces messieurs. C’est peut-être là d’ailleurs les raisons profondes de cette soudaine « évolution des mœurs » : Quel peut être l’intérêt d’offrir une place aux femmes sur le terrain politique, si ce n’est celui d’éviter les confrontations sur le terrain social et privé ?

Sont-ils donc toujours aussi naïfs pour nous proposer la bonne vieille méthode du donner un peu pour calmer le jeu ? Nous, anarcha-féministes savons que nous n’avons rien à attendre d’une société étatiste et patriarcale, mais tout de l’action solidaire pour une égalité sexuelle, sociale et économique.

Pippi Langstrumpf


Metz

Journée de solidarité avec les sans-papiers

Le samedi 6 novembre, le collectif libertaire de Metz (CNT, FA, Scalp) a organisé une manifestation de soutien aux sans-papiers. Ce fut une centaine de personnes qui défilèrent à Metz. Un groupe ragga nous a apporté son soutien pour animer cette manifestation. Lorsque nous sommes arrivés dans les rues piétonnes de la ville, les gens furent surpris de voir des drapeaux noirs et d’entendre le cortège reprendre « Ni Dieu ni maître ni nationalité, solidarité avec les sans-papiers ». Nous avons diffusé plusieurs centaines de tracts pour informer les gens sur ce sujet.

Quant au bilan de cette action, celui-ci est mitigé. La manifestation, sans être ridicule, était loin de nos espérances. Il est vrai que mobiliser un grand nombre de personnes sur la question des sans-papiers, et cela à l’appel d’organisations libertaires, n’était pas évident ; pourtant nous avions diffusé 5 000 tracts, fait un collage d’affiches assez important, et nous avions informé de nombreuses organisations sur Metz, mais cela n’a pas permis de mobiliser un plus grand nombre de personnes, alors que la situation des sans-papiers en Lorraine est catastrophique. En effet, les collectifs de soutien aux sans-papiers, malgré un travail juridique important pour le soutien de certains cas, semble être dans un état de léthargie. Il n’y a aucun travail de coordination et il semble qu’ils ne veulent pas organiser d’autres actions que le seul soutien juridique.

Sur Metz, après que le collectif libertaire ait quitté le collectif de soutien aux sans-papiers (trop de désaccords), ce dernier s’est auto-dissout et nous sommes les seuls à avoir organisé des actions sur ce sujet (vidéo-conférence avec le documentaire « Parti les mains vides », occupation de l’agence d’Air France…). Nous espérons que cette manifestation sera le début d’une nouvelle dynamique de soutien aux sans-papiers sur Metz. Nous remercions les groupes de la FA, du Scalp et les syndicats CNT de Dijon, Strasbourg, Sarrebourg et Nancy qui ont fait que cette journée fut somme toute réussie.

Maxime. — groupe de Metz


Gauche plurielle : la chasse aux sans-papiers continue

Mardi 16 novembre, un sans-papier clermontois est arrêter à Roanne. Vice de forme dans l’interpellation, occultation d’éléments majeurs de son dossier par la préfecture de la Loire lors de son passage devant le tribunal de grande instance puis le tribunal administratif de Lyon… Il va être expulsé et depuis son arrestation est maintenu en détention. Qu’importe qu’il soit marié, que sa femme soit sous le coup d’un arrêté d’expulsion et ses deux jeunes enfants, nés en France, gravement malades…

Les « sans-avis » sur la question de l’immigration, les oublieux de leurs engagements aux côtés des sans-papiers au temps de la droite doivent penser que lors des expulsions, les situations sont toujours dramatiques. Si les sans-papiers ont émigrés, c’est en effet que guerre, dictature, misère rendaient leurs situations intolérables dans leurs pays. En France, ils ont naturellement tissé des liens ; le pays d’immigration est d’ailleurs souvent choisi en fonction de liens affectifs déjà existants. Ces liens peuvent être familiaux mais aussi amoureux (relation hétérosexuelle ou homosexuelle) ou amicaux… tout ce qui fait une vie mais qui ne saurait être pris en compte par une législation raciste, une politique d’immigration basée implicitement sur des quotas ! Par ailleurs, la précarité de la clandestinité engrange d’autres misères tels les problèmes de santé et le difficile accès aux soins.

Refusons qu’à nos misères, notre précarité, la dégradation de nos conditions de vie et pour faire taire nos colères, le gouvernement répondent en fichant, en traquant et en expulsant les sans-papiers.

Maryla. — groupe Spartacus (Clermont-Ferrand)


Orly : l’expulsion n’a pas eu lieu

Depuis le samedi 13 novembre, une quinzaine de sans-papiers du collectif du Val de Marne occupent les locaux paroissiaux de Choisy-le-Roi. Ce site est situé en face du commissariat qui sert de centre de rétention. Tous les mardis de 18 h à 21 heures, un rassemblement est organisé place Rouget-de-Lisle.

De nombreux soutiens les ont rejoint. Mardi dernier, quatre manifestants ont été interpellés et les banderoles saisies. Mercredi, une femme et ses trois enfants est venue informer le collectif que son mari serait expulsé le jeudi. Le CAE (Comité anti-expulsion) s’est retrouvé à Orly. Nous avons mobilisé les passagers et, après avoir parlé avec la chef d’escale, celle-ci nous a affirmé qu’elle agirait.

La mobilisation a été totale, l’expulsé débarqué. Jugé aussitôt au tribunal de Créteil, il a été remis en liberté. La lutte doit continuer.

Marie-Athée. — groupe Claaaaash


Dijon

Du poil à gratter anarchiste dans la grand-messe socialiste

Ce samedi 13 novembre, toute la bonne conscience de gauche dijonnaise était prête à accueillir son chef François Hollande, petits fours et cocktails à la main. Une incursion d’une vingtaine de libertaires dijonnais en faveur de la régularisation de tous les sans-papiers n’était pas à l’ordre du jour. La sérénité d’un certain nombre de cadres locaux du PS fut rapidement mise à mal. Ils n’ont guère apprécié que nous donnions des tracts à leurs militants et sympathisants concernant l’odieuse circulaire envoyée récemment par Chevènement à ses préfets.

Après quelques énervements de part et d’autre, nous fûmes expulsés manu militari de la salle. Ce fut une nouvelle occasion de scander le slogan : « Le Pen aboie, la gauche expulse ».

Groupe de Dijon de la FA


Côte d’Ivoire : Radicalisation de la crise politico-sociale

Les événements survenus il y a quelques semaines en Côte d’Ivoire ont contribué à la nette radicalisation de la crise politico-sociale que connaît ce pays depuis un an. En effet, à la suite d’une marche de protestation organisée à Abidjan contre le pouvoir, qui a dégénéré en affrontements avec les forces de l’ordre, et donnant lieu à des saccages (1), des responsables du parti organisateur, le Rassemblement des républicains (RDR) furent arrêtés selon la loi anti-casseurs en vigueur (loi copiée sur celle de la France). Le tribunal correctionnel d’Abidjan condamne 11 de ces dirigeants (dont 4 députés et la numéro 2 du parti) à une peine de prison ferme et 300 000 F CFA (3 000 FF) d’amende. Cinq militants de base écopèrent d’un an ferme et 100 000 F CFA d’amende. Cette manifestation faisait front à diverses mesures gouvernementales visant à contrer la candidature de Alassane Dramane Ouartara, leader du RDR, aux élections présidentielles fixées en octobre 2000.

Magouilles et répression pré-électorale

Cet ancien directeur général adjoint du FMI est au cœur de l’extrême tension qui secoue la société civile ivoirienne, et les questions relatives à sa nationalité alimentent les sujets de discorde. Le pouvoir en place affirme qu’un citoyen burkinabé ne peut prétendre à la présidence de la république, conformément aux dispositions de la constitution ivoirienne.

Face aux preuves apportées par Ouartare, la décision appartient au Conseil constitutionnel, présidé par un proche de l’actuel chef de l’Etat Henri Konan Bédié, Alassane Dramane Ouatara, ADO comme on le surnomme, représente en fait un dangereux rival pour Konan Bédié, successeur de Houphouët Boigny. C’est d’ailleurs le vieux, maître absolu de la Côte d’Ivoire pendant 33 ans qui introduisit le spécialiste économique Ouattara en politique, en le nommant premier ministre en 1990, répondant alors au désir de démocratisation des Ivoiriens. À la mort d’Houphouët Boigny en décembre 1990, Bédié prit la tête du pays en tant que président de l’Assemblée nationale, évinçant ADO de la magistrature suprême. Élu en 1995, Bédié compte bien renouveler son mandat en 2000 et use de tous ses pouvoirs pour y parvenir. Ainsi, il modifia la constitution à son gré (2), par le biais du Parlement aux mains de son Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI), ancien parti unique qui regrette certainement ce temps-là. De même, un décret fut adopté autorisant l’emprisonnement de journalistes en cas de délit d’offense ou d’outrage au chef de l’État. Est-ce à cette volonté de museler la presse qu’il convient d’associer le meurtre du gardien et le cambriolage du quotidien Libération et l’assassinat du propriétaire du Libéral, deux journaux proches du RDR (3).

Mais l’arme la plus sérieuse qu’utilise le pouvoir est le concept d’« ivoirité ». Bédié combat ses adversaires non sur le plan idéologique ou politique, mais au niveau administratif. Cette disposition introduite dans le code électoral avant les élections de 1995 (4) précise que tout candidat doit être né en Côte d’Ivoire de parents ivoiriens de naissance. Les partisans de Bédié prétendent que la notion d’ivoirité définit la qualité de l’appartenance à la nation ivoirienne et représente le ferment de l’unité nationale. On peut surtout y déceler un fort relent de xénophobie, au parfum de préférence nationale locale, et une tendance à l’exclusion plus propice à déclencher une guerre civile qu’à rassembler une population multi-ethnique.

Dans ce pays réputé pour son hospitalité, qui accueille plus de quatre millions de travailleurs étrangers sur son sol (pour à peine seize millions d’habitants) l’« ivoirité » risque de provoquer des troubles qui dépasseraient certainement le gouvernement. Déjà, des expulsions musclées d’immigrés ont eu lieu, selon le principe qu’il est toujours plus simple pour des dirigeants de mobiliser des pauvres contre des pauvres.

Expulsions musclées

Face à cette dérive xénophobe et totalitaire du régime, l’opposition multiplie les protestations. Regroupés en un front républicain, le RDR et le Front populaire ivoirien (FPI) de Laurent Gbagbo, troisième candidat déclaré à la présidence, luttent de concert afin d’obtenir entre autres la transparence du scrutin de 2000. Le pouvoir a tenté à plusieurs reprises de diviser les forces de l’opposition en nommant certains de ses responsables à des postes de ministres. Un moment courtisé lui-même, Gbagbo, soutenu par le PS français, critique à présent ouvertement la gestion du pays par Bédié. Il faut dire que si la Côte d’Ivoire connaît une croissance estimée à 6 %, elle souffre de nombreux maux dont les premières victimes sont les classes pauvres. Misère grandissante, chômage en hausse, défaillance du système de santé (on imagine mal les ravages du sida), analphabétisme sont des signes marquants.

Les grèves étudiantes de mai dernier sévèrement réprimées par l’État (5) témoignent du malaise éducatif. On constate également que la généralisation de la corruption retarde ou empêche toute initiative issue de la base. Le secteur informel, conséquence de l’exode rural est en pleine expansion entraînant insécurité et précarité. Dans les campagnes, les petits planteurs déjà touchés par la chute des cours des matières premières (cacao, coton) appréhendent la tenue du sommet de l’OMC et les décisions qui en découleront, déterminant leur avenir.

Une aggravation de la crise ivoirienne constituerait un risque majeur de déstabilisation de toute la région, déjà fragilisée par l’instabilité politique qui y règne et la remise en question de certains régimes en place. La radicalisation du gouvernement Bédié privilégiant la répression plutôt que la concertation laisse entrevoir dix mois difficiles jusqu’aux élections. Cela risque de faire de nombreuses victimes parmi la population de base, seule véritable otage de cette lutte sans merci pour le pouvoir.

Comme on le constate, dans les conflits modernes, et l’Afrique n’est pas la dernière en ce domaine, les civils sont les principaux touchés, bien loin des considérations des politiques et dirigeants. À quand la révolte des populations africaines toutes unies contre les oppresseurs ?

Yves-Noël Billy

(1) Les manifestants s’en sont pris à des buts de la SOTRA et aux locaux d’un journal gouvernemental.
(2) Instituant notamment la possibilité pour le président de prolonger son mandat en cas de force majeure rendant impossible la tenue ou la proclamation des résultats de l’élection présidentielle. « Le cas de force majeure » n’est pas défini précisément.
(3) Un mois auparavant, le gérant de Libération échappait de justesse à un attentat.
(4) Il obligea Djéni Kobina, président du RDR à l’époque, à retirer sa candidature parce qu’il était Ghanéen.
(5) Résultat : homicides, arrestations de centaines de lycéens et étudiants, condamnation à des peines de prison ferme, évacuation et fermeture du campus.


Mouvement étudiant au Québec

La répression se déchaîne !

Après un mois de septembre qui avait vu se dérouler de nombreuses manifestations, le mouvement étudiant semble aujourd’hui marquer le coup. La grève générale que voulait organiser le MDE (mouvement pour le droit à l’éducation) qui représente lu gauche étudiante, a échoué faute d’appui dans les assemblées générales.

Pourtant les problèmes restent (voir ML n° 1175), la pauvreté chez les étudiants comme dans le reste de la société se banalise.

Forts de ce constat, 800 étudiants ont manifeste le 3 novembre dernier pour l’amélioration de leurs conditions de travail. À l’issue de cette manifestation, des policiers anti-émeutes tentant d’intervenir se sont faits corriger par les manifestants, aucune arrestation n’a pu être effectuée, une fois n’est pas coutume…

Les flics rancuniers

Malheureusement la répression n’a fait que redoubler les jours suivants. Dès le 4 novembre, lors d’un piquet de grève devant l’université de Concordia, quatre personnes sont blessées, l’une d’entre elles a le genou brisé. Les flics n’y ont pas été de main morte L’administration de l’université n’a pu que protester face à l’intrusion de la police, alors que rien ne les autorise à séjourner sur un campus. Ils auront sans doute voulu faire un exemple, vu que Concordia était la seule à avoir voté la grève, à 91 %, dans un enthousiasme général qui plus est. C’est le jour même du vote qu’ils sont venus matraquer, puis arrêter deux étudiants, ce n’est sans doute pas un hasard !

Par ailleurs des militants de Concordia ont dénoncé les tactiques de harcèlement auxquelles se livrent la police.

une autopatrouille est postée pendant de longues périodes devant l’entrée principale de l’université. Certaines militantes ont fait l’objet de mesures de surveillance, qui s’apparentent plus à une forme de harcèlement. Une militante a même reçu une amende pour jay walking (« manque de conduite piétonnière »).

Enfin des locaux associatifs et syndicaux ont été perquisitionnés ou visés par de fausses alertes a la bombe…

La droite étudiante est également partie en croisade contre les activistes du mouvement étudiant titrant ainsi l’édito de leur journal : « Dehors les révoltés ». Gageons qu’ils seront difficiles à déloger.

d’après des informations de Bobov


Russie

À bas la guerre !

Voici la traduction d’un tract distribué par le groupe de Moscou de la KRAS (Confédération des Révolutionnaires Anarcho-syndicalistes, section de l’AIT des pays de l’ex-URSS)

On nous a pris trop longtemps pour des imbéciles ! Eltsine, Mashadov, Poutine et autres Basayev : Ils font tous partie d’une seule et même bande ! Ce sont eux qui ont organise la terreur à Moscou, à Volgodonsk, dans le Dagestan et en Tchétchénie. C’est leur conflit. C’est leur guerre. Ils en ont besoin pour consolider leurs pouvoirs. Il s’agit d’une bagarre pour le pétrole. Pour quelle raison nos enfants devraient ils mourir pour leurs intérêts ? Laissons l’oligarchie s’entretuer les uns les autres !

Ne croyez pas le délire nationaliste : il ne faut pas accuser tout un peuple de crimes, dont on ne connait pas encore les instigateurs, mais dont on voit déjà qu’ils profitent aux maitres et aux dirigeants de toutes les nations.

Ne partez pas pour cette guerre et ne laissez pas vos enfants partir la bas ! Ne soutenez pas la guerre ! Opposez vous y, par tous les moyens ! Mettez vous en gréve contre la guerre et les fauteurs de guerre !

information transmise par le secrétaire international de la CNT AIT (France)


Cinéma

Le Vent nous emportera

Abbas Kiarostami

Désormais le dispositif Kiarostami est en place : une voiture, un paysage désolé, un homme au volant et un petit garçon comme premier interlocuteur. Le lieu de destination est d’abord caché à nos yeux. Pour qu’on puisse accéder au village, au lieu dit, il faudra une formule magique. Regarder au loin, malgré la poussière qui entoure la terre rouge d’un halo. « Il faut tourner après un arbre… » Et, en effet, le village arrive comme par enchantement, émerge et surgit puissant, tout en hauteur. De plus en plus zen, Kiarostami fait des films à partir d’un rien, d’un prétexte, d’une question intrigante, mais les raisons du pourquoi et de la finalité ne se dévoilent que partiellement. Fidèle à sa conception du cinéma, où le spectateur est libre de se trouver une raison, une fin, ou joue les prolongations, ce fameux film « inachevé… que le spectateur finira lui-même dans sa tête ou dans son cœur »… répond certes aux questions qu’on lui pose, mais les réponses que les images nous donnent n’apaisent que partiellement les multiples interrogations que ces films produisent à l’infini.

Heike Hurst

ML : Comment est née l’idée du film ?
Abbas Kiarostami : L’idée vient de quelqu’un d’autre. Un groupe veut faire un reportage sur une cérémonie funèbre. Le reste ne m’intéressait pas. Quand je suis allé sur place, c’était complètement différent de l’idée écrite par l’autre. J’ai donc réalisé à ma manière ce que j’ai vu et trouvé sur place.

ML : Expliquez l’importance de la répétition dans ce film ?
AK : La répétition, c’est ce qui caractérise le quotidien. Cela fait partie d’un quotidien qui n’est pas très attirant. Ainsi on prend conscience du passage du temps. Et là-bas, c’est une autre histoire. La répétition dans Le vent nous emportera n’est pas la même que dans mes autres films. La première fois qu’il monte en haut de la colline, on le suit attentivement. La dernière fois qu’il monte, cela devient ennuyeux. Même pour lui ce n’est plus du tout intéressant d’y aller. Pour répéter la répétition, il ne faut pas changer d’endroit. Je voulais que ce soit répétitif et ennuyeux. Car il suffirait de changer l’objectif de la caméra pour ne pas répéter exactement la même chose.

ML : Vous avez réalisé seulement deux films qui se passent en ville (Close-up et Gozaresh (Un rapport) pensez-vous que le cinéma tourné en ville exclue cette poésie directe qui caractérise vos films ?
AK : Moi-même, je me pose cette question. Mon prochain film je vais le tourner en ville, pour la bonne raison que je ne veux plus jamais avoir la responsabilité d’un groupe dans un village. Et encore moins la responsabilité d’un groupe que j’ai amené. Ils préfèrent dormir le jour et travailler la nuit. C’est l’habitude que le cinéma a donné à ce genre d’équipe. Donc j’ai travaillé tout seul. Quand j’ai un groupe que je dois amener avec moi. Ça pèse lourd sur eux. Et ils me mettaient tout sur le dos. C’est pourquoi je vais tourner mon prochain film en ville. Car comme ça, ils peuvent tous rentrer chez eux le soir ou faire autre chose. Là, puisqu’ils ne faisaient pas le travail habituel d’éclairage, c’était comme s’ils ne travaillaient pas. D’ailleurs, c’est l’impression qu’ils avaient. Donc c’est comme c’est dit dans le film, ils sont partis car ils ne savaient pas quoi faire.

ML : Cette femme dans le village qui tient ce petit café, ce qu’elle dit, vous l’avez écrit ou elle l’a dit comme ça ?
AK : J’avais écrit cette scène à l’avance. J’avais assisté en vrai à une scène identique. Je n’ai jamais rencontré nulle part des femmes comme celles que j’ai rencontré pendant ce voyage : énergiques, fortes, bien plus que les hommes. Quand je me levais elles étaient déjà debout. Elles sont les bons ouvriers de là bas. J’ai vu une femme accoucher, se lever et continuer à travailler. Dans le film, je dis que c’était 24 heures après, car personne ne m’aurait cru.

ML : On voit une femme enceinte dans un champ au début du film ! ?
AK : J’ai vu dans le champ une femme accoucher sur place. Puis elle a continué avec son bébé dans les bras. Son mari lui a demandé de se reposer. Il l’a finalement renvoyée à la maison. Puis il l’a rappelée pour la charger de tout ce qu’ils avaient récolté. Si j’avais mis cette scène dans le film, on ne m’aurait pas cru.

ML : Le Kurdistan comme lieu de tournage, était-ce un choix politique ?
AK : Cette population vit dans mon pays. C’est une région que je ne connaissais pas. C’est une population qui résiste à tout, aux calamités naturelles tout comme aux autres problèmes. On ne peut pas dire que ce n’est pas politique. Quand on parle de leur vie, c’est évidemment une information importante qu’on donne.

ML : N’est-ce pas le présent qui est le plus important dans vos films ?
AK : Le film doit transmettre quelque chose à propos du déroulement du temps, à propos du temps, c’est la même conception du temps qui caractérise la poésie persane, c’est comme dans une poésie de Khayyam… ou de Farough Farrokhzad.

ML : Expliquez la persistance de la présence des enfants dans votre cinéma ?
AK : En Orient, il y a des enfants partout. En Iran, 60 % de la population a moins de 15 ans. La femme dans le film a 10 enfants. Lorsqu’on vit dans un pays, où il y a tant d’enfants ! Et puis il y a une autre raison. L’enfant qui reste en nous, même quand nous sommes adultes. L’enfant ne connaît ni comprend les grandes personnes. Mais un adulte comprendra toujours l’enfant qu’il a été.

ML : Expliquez l’humour dans votre film…
AK : Nous n’utilisons pas beaucoup l’humour dans la vie quotidienne. Mais une vie sans humour, un art sans humour est un art mort.

ML : Expliquez l’attachement aux objets, aux choses (la tortue, la pomme)…
AK : on ne peut pas vivre dans un monde sans objets, dans une situation particulière, chaque objet montre une sorte d’humour. Même le téléphone portable. Les gens font des choses avec les objets qui sont drôles (humoristiques), à mon avis, les objets ne sont pas toujours muets. Par moments, ils disent qu’ils sont vivants. Dans le film, lorsque la pomme tombe, elle a acquis une autonomie, du caractère, de la personnalité, elle a décidé d’aller vers cette personne…

Propos recueillis par Heike Hurst au Festival de Venise, septembre 1999


Lecture

L’Abbé Jules, Octave Mirbeau

En ces temps de Jubilé, d’incantations et d’obscurantisme galopant, il serait bon de se plonger dans la lecture de L’Abbé Jules, d’Octave Mirbeau. Pour les habitués de ces colonnes, l’auteur n’est pas un inconnu. Je l’ai découvert en dévorant Sébastien Roch, héros souillé dans son corps et dans son esprit au collège des jésuites de Vannes et qui mourra durant la guerre de 1870, le crâne fracassé par un obus prussien. Une éducation malsaine, une expérience traumatisante et une passion morbide formeront la trame de cette trilogie de l’histoire d’un prêtre à la fin du siècle dernier.

Quel est cet abbé ? Mirbeau nous le dit en proie au démon de la chair, à la fois tourmenté, inquiet et cruel, enthousiaste et excessif, taciturne et ambitieux, curieux, mystique, rebelle et illuminé. On suit le parcours de ce vieil ours renfrogné et sous l’esquisse mordante de la bourgeoisie provinciale de la fin du XIXe siècle apparaît en filigrane la description implacable d’une époque (mais est-elle si lointaine et si absente de nos jours ?), d’un milieu obsédé par les convenances, rivé à des croyances terribles, viscéralement attaché aux pratiques sociales du respect de l’ordre établi.

Le livre de Mirbeau dépasse le cadre strictement romanesque. On lit un roman, certes. Les décors sont plantés comme dans une pièce de théâtre, les flashes back et les descriptions sensibles des personnages, des situations et des lieux relèvent de l’œil averti du réalisateur de cinéma, le tout ficelé par la plume d’un pamphlétaire sans pitié et talentueux. Et L’Abbé Jules finit par être davantage qu’une simple histoire de curé de campagne. Mirbeau y attaque le dogme, la bêtise, la cupidité, l’étroitesse d’esprit. À cette époque, la question sociale est constamment présente à ses yeux. Ses chroniques sont reprises régulièrement, avec son autorisation, dans le supplément littéraire de La Révolte, le journal dirigé par Jean Grave. Il sait qu’on ne sème pas impunément le chômage et l’injustice. L’État, « voleur et assassin » doit être abattu et il faut ériger à la place « une société où l’individu pourrait librement s’épanouir sans être mutilé par l’école, altéré par l’Église, exploité par les patrons et envoyé à l’abattoir par l’armée »(1).

L’abbé Jules le pense aussi. Mais il est prêtre, donc entravé. Aussi cherchera-t-il, à sa manière et selon ses aspirations et moyens, à s’en libérer. À sa mort, son testament fera l’effet d’une bombe.

La lecture de l’Abbé Jules remue. Un peu plus d’un siècle nous sépare de lui, et pourtant les choses ont-elles beaucoup changé ? Non, elles se parent odieusement du voile du progrès social, incontestable sans doute, mais reproduisent toujours et encore le carcan des vieilles bêtises et des asservissements multiples.

Martine. — Liaison Bas-Rhin de la FA
(1) in Octave Mirbeau, Combats politiques, Librairie Séguier, 1990.
L’abbé Jules. éditions Albin Michel. 49 FF.


Création de deux Unions locales de la Fédération anarchiste dans le Gard

En l’espace d’une paire d’années, le groupe du Gard de la Fédération anarchiste a beaucoup évolué. D’un point de vue numérique bien sûr, mais aussi sur le plan politique et organisationnel. Nous qui avons pour finalité de changer la société en proposant une nouvelle forme d’organisation (le fédéralisme autogestionnaire et libertaire) basée sur une nouvelle éthique (entraide, égalité…) avons mené de nombreuses et parfois interminables discussions sur le sens de nos engagements respectifs. Nous restons persuadés que l’une des démonstrations par le fait que l’anarchisme social et organisé n’est pas une pure utopie reste le groupe et l’organisation fédérale dans lesquelles nous militons. En clair, si nous voulons être crédible à l’extérieur de nos rangs, organisons nous au sein d’un groupe fédéré sur les bases éthiques, politiques et structurelles anarchistes.

Ceux qui ont pu nous approcher le savent : l’autogestion, c’est pas de la tarte ! Militer chez les anarchistes où rien ne se décide sans débats entre égaux, n’est pas toujours reposant ! Et cette mise en actes de nos principes prend du temps à s’acquérir individuellement, elle est longue aussi à s’adapter au nombre que nous sommes. En quelque sorte, un groupe anarchiste qui installe un fonctionnement collectif cohérent refait le monde à son échelle. Mais il se doit de créer une micro-société anarchiste. La rotation des tâches, le refus de rapports hiérarchiques entre nous, la mise en commun des compétences et des moyens, la prise des décisions qui s’appuie sur un accès égal pour tous à l’information, le mandatement dans divers contextes, se distinguer d’autres groupes ou courants politiques… font donc partie de ces acquis que nous avons appris ensemble.

D’un point de vue politique, nous avons pu nous affirmer à diverses occasions (luttes contre l’incinération, le nucléaire, la vidéo-surveillance, l’affaire José Bové, le 1er Mai 1999…). Et même si notre reconnaissance par d’autres acteurs sociaux ou politiques reste à venir, ces mobilisations ne sont pas passées inaperçues : les anarchistes osent se montrer et affirmer leur présence et leurs analyses !

Pour autant, nous sommes conscients aussi de nos faiblesses et de nos manques. Parmi ces difficultés, il y a la distance qui nous sépare les un(e)s les autres et la limite à s’affirmer et s’implanter politiquement dans nos lieux de vie respectifs. C’est pourquoi notre groupe va devoir évoluer vers la création de deux UL (unions locales) qui resteront fédérées au sein du groupe du Gard. Ces deux UL dénommées « Nîmes Cévennes » et « Vallée du Rhône » doivent permettre de mieux s’affirmer dans leurs réunions respectives sans jamais cesser leurs liens solidaires lors d’enjeux départementaux (réunions publiques, manifs, mouvements sociaux…) ou régionaux.

Deux personnes, élues et dûment mandatées (plutôt deux fois qu’une !) se chargeront de la circulation d’informations et de la coordination entre les deux UL, qui se réuniront chacune dans leur zone respective une fois par mois. Une autre réunion mensuelle sera départementale. Les perspectives d’ancrage et de développement existent sur la vallée du Rhône, redéployer notre présence sur Nîmes et Alès est nécessaire. Ce sera notre principal axe de travail pour l’année à venir, dans le but de développer notre présence, d’affirmer nos points de vue et nos pratiques à partir des réalités sociales et politiques de notre temps. Il va sans dire que si les personnes qui nous sont proches se joignent à nous, une partie de notre démarche serait déjà accomplie.

Ça vous tente ?

Groupe du Gard FA


Rennes

Une occupation pour exiger la libération de Mumia

Mumia Abu-Jamal est un ancien militant des Black Panthers, condamné à mort en 1981 pour le meurtre (qu’il a toujours nié) d’un policier. Après un procès scandaleux, son exécution ­ sauf coup de théâtre judiciaire ­ est désormais une affaire de mois.

Ces dernières semaines, de la Finlande aux États-Unis, de l’Australie au Canada, les initiatives visant à alerter l’opinion internationale pour sauver la vie de Mumia et lui rendre la liberté se sont multipliées. En France, comme partout dans le monde, le mouvement anarchiste est en pointe dans ce combat. À Rennes, la Fédération anarchiste, la CNT et le Scalp ont décidé de mener ensemble une série d’actions…

Une soixantaine de militant-e-s ont donc investi l’Institut Franco-américain (qui hébergera prochainement un consulat des États-Unis) dans l’après-midi du 20 novembre. Action fortement symbolique, dont le but était, d’une part la diffusion d’un tract demandant la libération de Mumia et de tous les autres prisonniers politiques ou syndicaux, ainsi que l’abolition de la peine de mort ; et d’autre part et surtout, la diffusion d’un fax à la presse, pour avertir de l’occupation et de nos exigences. Pendant toute l’action, une grande banderole déployée sur le balcon de l’Institut alertait les passants sur la situation. Nous n’avons pas l’intention d’en rester là : tant que la vie de Mumia sera en danger, nous resterons mobilisés et actifs.

MB et FC. — groupe La Commune (Rennes)


Paris

Violente agression de néo-nazis dans le XIe arrondissement

Le Comité de vigilance contre l’extrême-droite du XIe à Paris, soutenu, entre autre, par le groupe Claaaaaash de la FA du quartier, organisait ce matin, samedi 20 novembre, à 11 heures, un rassemblement symbolique devant le gymnase Japy (qui servit d’antichambre des camps de la mort), afin de protester contre la librairie fasciste La Licorne Bleue, qui diffuse en toute impunité de la propagande xénophobe, antisémite, et néo-nazie.

À 11 h 30, une vingtaine de néo-nazis et skins-heads assimilés, après un chant et le salut nazi, se sont jetés avec une violence inouie sur la cinquantaine de participants, massés sur le boulevard Voltaire. Devant les yeux des passants et des commerçants ahuris à la vue d’une telle violence. Malheureusement, la plupart des militants qui devaient participer à l’événement s’étaient répartis sur les marchés du XXe pour contrer les militants du FN et du MNR qui hantent le quartier depuis le début de la campagne pour la législative partielle de la circonscription.

À quatre heures de l’après-midi, on dénombrait 7 blessés, dont un ancien résistant déporté, de plus de 75 ans des militants de la LDH, Ras-le-Front, les Alternatifs, la LCR un compagnon du Claaaaaash-FA et d’autres personnes. Les victimes ont été transportées aux urgences de plusieurs hôpitaux du quartier.

Claaaaaash FA Paris Bastille


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