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André Prévôtel n’est plus…

mars 1958.

Telle est la brutale et douloureuse nouvelle qui, en ce début de février, nous est parvenue de Langon, près de Bordeaux, où il habitait. Je tiens à esquisser ici, quelques traits de l’homme, du militant, de l’ami disparu.

Depuis de longues années j’étais intimement lié par une amitié étroite à André Prévôtel ; aussi puis-je témoigner de sa rectitude non seulement dans son activité militante, mais aussi dans le cadre de son foyer familial entouré de l’affection de sa fidèle et dévouée compagne et de leur fils Marc.

Il était simple, généreux, le regard direct, la poignée de main franche. Il aimait intensément la vie, tout en lui respirait la joie de vivre. Aux heures de détente, il était heureux de sentir autour de lui ses copains, ses amis. De son accent chantant, de son rire communicatif, il émaillait sa conversation de spirituelles réparties et, ainsi, le temps s’écoulait dans une joyeuse ambiance.

Mais en dehors de ses délassements, on retrouvait en André Prévôtel, l’anarchiste qu’il avait toujours été, son attitude courageuse lors du procès de l’affaire des stérilisations, à Bordeaux, en témoigne, le syndicaliste fervent, luttant pour plus de justice, plus de liberté, pour l’affranchissement total de l’homme des forces oppressives.

Il se dégageait de lui un tel rayonnement, un tel besoin de se dépenser pour autrui, qu’on venait de partout lui demander des conseils, lui soumettre des cas difficiles à régler soit contre la rapacité du patron ou pour déjouer les combines douteuses de politiciens véreux. Il examinait toujours scrupuleusement l’affaire en litige et, lorsqu’il avait acquis la certitude du bon droit du camarade lésé, sans affectation, sans esbroufe, il engageait la lutte avec, pour toute récompense s’il obtenait gain de cause, la satisfaction du service rendu.

André Prévôtel — sans vouloir l’avouer — ressentait une joie profonde de voir que son fils Marc, au fur à mesure qu’il grandissait, s’inspirait de son exemple et s’orientait de lui-même vers la pensée libertaire. Ainsi aura-t-il, avant le grand départ, la satisfaction d’avoir su contribuer à assurer la relève pour l’avenir.

Cependant le combat ardu qu’il menait quotidiennement avait de lourdes répercussions sur son organisme et, malgré sa robustesse apparente, André Prévôtel, depuis des mois, ressentait douloureusement dans sa chair les atteintes du mal qui devait contribuer à l’emporter. Dur pour lui-même, il ne voulait pourtant pas s’avouer vaincu et je l’entends encore me faire part, peu avant sa fin, de projets pour le mouvement, sur les moyens d’amplifier la propagande.

Au début de février, repris par son travail, il repartait pour une tournée de plusieurs jours, mais la camarde lui avait donné rendez-vous et le lutteur qu’il avait toujours été tombait soudainement, foudroyé pour ne plus se relever. Il avait quarante-sept ans.

En cet instant suprême je sais que Marc, notre jeune copain, est prêt à prendre le relais de l’auteur de ses jours et, dans sa muette douleur nous pouvons l’assurer, ainsi que de sa chère maman, la courageuse compagne des mauvais et des bons jours de l’ami à jamais disparu, de la chaude et fraternelle amitié de tous ceux de la grande famille anarchiste.

Pour eux, la vie continue, mais dans notre combat libertaire de chaque jour, gardons le souvenir de celui qui fut et restera une des figures marquantes de l’Anarchie et nous nous honorerons, comme l’Idéal qui nous anime, en nous inspirant de la vie exemplaire d’André Prévôtel, un Homme, de « Dédé », mon frère

James Faugerat





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