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Oaxaca, du spectre de Louise Michel à celui d’Adolphe Thiers

Le jeudi 2 novembre 2006.

Retour sur les évènements qui ont frappé la province mexicaine et sur la situation actuelle.



14 juin 2006. Naissance de la commune insurgée

La révolte de Oaxaca est née de la répression sanglante qui s’est abattue le 14 juin dernier suite à la manifestation des enseignants de la ville pour réclamer de meilleures conditions de travail ainsi qu’une hausse de salaire. La police a tiré sur les manifestants, de nombreux blessés et de nombreuses arrestations ont été dénombrés, ainsi que des perquisitions violentes et la destruction de la radio communautaire Radio Plantón. Les enseignants ont alors exigé la destitution du gouverneur de l’État de Oaxaca Úlises Ruiz.

Cette revendication a rallié une très large partie de la société
oaxaqueña : « Offensés tant par la fraude électorale par laquelle Úlises Ruiz est devenu gouverneur que par la violence gouvernementale contre une multitude d’organisations communautaires et régionales, des centaines de milliers de Oaxaqueños ont investi la rue et plus de trente mairies. Près de 350 organisations, communautés indigènes, syndicats et associations civiles ont formé l’Assemblée populaire du peuple de Oaxaca (APPO). [1] »

Les élections du 2 juillet 2006

Ayant laissé entendre dans un premier temps qu’ils boycotteraient les
élections, les insurgés ont décidé de soutenir la coalition « Pour le bien de tous » contre le gouvernement d’Úlises Ruiz. Cette coalition obtient 9 des 11 députés et deux sièges de sénateur.

Depuis, la « commission négociatrice élargie » (organisme du syndicat des enseignants) ne négocie plus ses revendications avec lui, elle n’accepte ni son argent, ni ses programmes : elle dirige seule. Dans le même temps, l’APPO a lancé une campagne de désobéissance civile pour montrer l’absence d’autorité dans l’État. Désormais, le mouvement assume seul le contrôle politique de la ville de Oaxaca. Úlises Ruiz a essayé en vain de changer les membres de son cabinet pour conserver le pouvoir : il ne s’agit plus de problème avec la classe politique de cet État mais avec la société dans son ensemble.

L’APPO déclare l’alerte maximale

Le 18 octobre, en sortant d’une réunion, un enseignant a été abattu de trois balles tirées depuis une voiture sans plaque. D’autres ont reçu des menaces de mort par téléphone. L’APPO a déclaré l’alerte maximale pour renforcer les occupations et les barricades.

La section XXII du Syndicat national des travailleurs de l’éducation a décidé de consulter les 70 000 enseignants de l’État pour savoir s’ils veulent continuer ou cesser la grève. Avant même le résultat, des militants et des parents d’élèves ont manifesté pour la poursuite de la grève aux cris de « un enseignant conscient ne se rend ni ne se vend » et « enseignant, tu as commencé, tu dois terminer ! Úlises n’est pas parti, tu dois le chasser ! ».

La répression

Au 26 octobre, les paramilitaires (soldats ou flics en civil) ont fait huit morts depuis le début du conflit. « La présidente du Syndicat national des travailleurs de l’éducation (SNTE), Esther Elba Gordillo, a annoncé qu’elle allait exclure du syndicat la section XXII, à l’origine de la révolte de Oaxaca. La réponse des professeurs n’a pas tardé : plusieurs associations de professeurs de tous les États mexicains ont décidé de former un nouveau syndicat et ne plus payer leur cotisation au SNTE, qui est une "mafia corrompue" aux ordres du gouvernement.

Ils préparent pour le 19 novembre une convention nationale éducative et appellent tous les professeurs du SNTE à quitter celui ci pour les rejoindre. » À ce stade de la révolte, on peut se demander pourquoi l’APPO maintient comme revendication principale le simple remplacement du gouverneur de l’État. Cela s’explique par l’attitude du PRI, seul parti qui se soit illustré aux yeux des Mexicains comme ne se souciant absolument pas des problèmes publics, détournant constamment les fonds publics, impunité totale des proches du pouvoir, arrestation des opposants politiques, quand ils ne sont pas tués par des inconnus. Dans l’esprit des révoltés, sa démission n’est qu’une étape et les associations veilleront à ce que plus jamais un parti politique comme le PRI exerce un pouvoir exclusif.

Le 27 octobre a été marqué par l’arrêt de toute activité et fut une
journée des plus meurtrières : quatre morts et plus d’une vingtaine de
blessés par balle ou arme blanche, dont un journaliste
d’Indymedia-New-York. Ceux que l’on appelle les « tueurs de l’assassin Úlises Ruiz » ont tiré sur les barricades de l’APPO dans l’avenue de Ferrocarriles, de Santa Lucía del Camino et dans l’agence municipale de Coyotepec, dans la banlieue de Oaxaca. L’APPO n’a pas jusqu’à présent répondu à la provocation en s’armant et c’est les mains nues qu’elle garde les barricades.

L’APPO organise le système de soin car l’hôpital n’est plus un lieu sûr. La radio universitaire fonctionne, ce qui permet de coordonner les mouvements, de renforcer les barricades qui montrent des signes de faiblesse et de prévenir de la venue des troupes de choc [2].

Le 28 octobre, Abascal, le ministre de l’Intérieur, vient de donner
l’ordre à la troupe d’intervenir. Les événements qui ont eu lieu ces
dernières jours ont bien servi de prétexte à l’intervention militaire. Le gouverneur et l’État mexicain avaient bien orquestré ces attaques pour lancer l’armée contre les insurgés.

D’jo

groupe-claaaaaash federation-anarchiste org


[1Toutes les citations proviennent de différents textes publiés sur le site du Comité de soutien des peuples du Chiapas en lutte : http://cspcl.ouvaton.org.

[2Pour écouter Radio Universitad tenue par l’APPO :
http://radio.indymedia.org:8000/appo.mp3.m3u.





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