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Du général Duconot au poète Nazin Hikmet

avril 1966.

Un certain jour, il y a quelques années, un jeune étudiant en lettres, quittant sa ville aux paysages lumineux, « montait » à Paris, sa guitare sous le bras et des espoirs plein le cœur. Nous l’accueillions avec joie et un petit cénacle d’amis étions heureux de l’encourager et de l’écouter interpréter ses œuvres déjà de qualité.

Une d’entre elles donnait le ton, le Général Duconot. Sous le masque veule d’un général de pacotille, on pouvait retrouver les gesticulations imbéciles de toutes les armées du monde.

Toutes les chansons qu’il nous offrait avec tant de sincérité faisaient « mouche », et la voix ensoleillée d’Henri Gougaud nous enchantait.

Depuis, le jeune Méridional timide et modeste a fait son chemin, sans bruit, sans compromission, en marge des circuits commerciaux, ayant pour tout bagage la protection de Calliope et d’Euterpe et, dans son cartable, son talent, son courage, cette petite chose qu’on appelle La Présence et les conseils de Léo Noël.

Le voilà actuellement la vedette de l’Écluse, dans un programme qui est une cure de bon esprit, d’intelligence, de goût et de mesure, affrontant un public intéressant mais difficile et qui vient juste avant son passage, d’applaudir une première partie sans faille présentée par Brigitte Sabouraud.

Mais ce public aime la chanson, la bonne, la vraie chanson, celle qui s’installe sans emphase, sans hurlement, sans onomatopée, sans grands gestes fallacieux, la chanson où la musique, parfois, s’efface doucement devant le texte afin de lui conserver son prestige, son charme et son émotivité.

Pendant son tour, on retient son souffle, on écoute, on est envoûté… Chez lui, rien de gonflé, tout a grande allure ; le texte de ses œuvres est là qui frappe à la porte de notre tympan, s’engouffre dans notre cœur, se grave avec délice dans notre esprit et notre mémoire. La valeur de ses textes n’est pas ensevelie sous un fatras de vers pompeux où la pensée se dilue. Le sens de la ligne mélodique s’allie à la poésie qui pourrait se suffire à elle-même tant elle est pure, tant elle est vraie.

Il interprète ses chansons avec une couleur qui est la sienne, une fraîcheur d’aube naissante du pays vigneron d’où il vient, sans effets ou tricherie. On y sent toute la tendresse, la pudeur d’un artiste sensible et intelligent, mais on y sent aussi la révolte des doux contre laquelle toutes les colères viennent s’écraser. Henri Gougaud, un authentique poète, un grand « bonhomme » de la chanson.

Suzy Chevet


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