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Interview de René Bianco

Regard sur le Centre international de recherches sur l’anarchisme de Marseille

Le lundi 5 octobre 1992.

En 1964, naissait le CIRA de Marseille. Depuis cette date, ce centre de documentation libertaire a su s’imposer aux yeux des militants et autres chercheurs. Notre camarade Sylvain Eischenfeld pour l’émission « Histoire sociale » de Radio Libertaire a interviewé René Bianco, l’un de ses animateurs les plus fervents.



« Histoire sociale » : Comment et quand a été fondé le Centre international de recherches sur l’anarchisme (CIRA) ?

René Bianco : Le CIRA de Marseille est une annexe du CIRA de Lausanne, fondé en 1957/58, qui est la maison mère. Notre centre s’est formé à la fin de l’année 1964. Nous avons réuni un petit nombre de camarades, la plupart adhérents à la Fédération anarchiste, et c’est avec eux que nous avons fondé l’annexe de Marseille.

H. S. : Sur la région de Marseille, ou aviez-vous des ambitions nationales ?

R. B. : A l’époque nous avions des ambitions locales et régionales. Nous habitions tous sur Marseille. Nous étions une quinzaine dans ces années-là, et le mouvement anarchiste représentait quelques dizaines d’individus. Il était très difficile de trouver un texte de Kropotkine, de Malatesta, de Bakounine et des autres pères fondateurs. Le but du centre était de constituer une bibliothèque, et aussi de récupérer du matériel : journaux, périodiques, manuscrits, lettres… auprès des vieux copains que l’on pouvait retrouver ici et là ; beaucoup avaient abandonné la lutte après la Deuxième Guerre mondiale.

H. S. : Quelle a été l’évolution du CIRA ?

R. B. : Au début nous n’avions pas grand chose, nous avons mis en commun ce que nous avions. Puis nous avons récupéré des lots de périodiques qui trainaient ici et là. Notamment à la Bourse du Travail, où un camarade avait constitué des collections. Ce qui nous a servi de base. […]

H. S. : Au cours de son existence le CIRA a-t-il rencontré des problèmes majeurs qui l’ont mis en danger ?

R. B. : On peut dire qu’il n’a jamais connu de période de repos. Le premier problème est celui du fonctionnement, nous vivons grâce aux cotisations que nous recevons, ce qui limite nos activités. Le second écueil est celui du volume des documents réunis. Pendant longtemps le centre était hébergé dans un local en sous-sol, donc relativement humide. Il a été impératif de le quitter sinon les documents accumulés auraient été perdus […] Nous avons trouvé grâce à É. Témine un très grand local dans le centre-ville où nous pouvions organiser réunions, séminaires et un colloque. […]

H. S. : Y a-t-il eu des conflits de personnes, ou d’autres types de problèmes ? Peut-on librement adhérer au CIRA ?

R. B. : Oui, il y a eu des conflits. Oui, il est souhaitable qu’un maximun d’anarchistes ou de sympathisants en soient membres. Nous ne sommes pas fermés à d’autres chercheurs. Nous sommes un centre de recherches, de manière générale les documents que nous avons ne sont pas secrets, il est possible de les trouver ailleurs. Seuls les documents privés peuvent poser problèmes et nous appliquons la règle de n’importe quel centre conservant des archives, qui ne sont communiquées qu’avec l’autorisation de ou des personnes et organisations intéressées […].

Certaines personnes ont pu adhérer au CIRA avec l’intention de transformer le but du CIRA, mais avec un peu de bonne volonté, nous arrivons à ne pas dépasser le cadre qui nous est imparti, à savoir la recherche de documentation, le classement, l’archivage et la mise à disposition.

H. S. : Aujourd’hui pour un passionné de l’histoire de l’anarchisme, quel est le mode d’emploi du CIRA ?

R. B. : N’importe qui peut utiliser les ressources du CIRA, sans même être adhérent. Pour un renseignement précis nous répondons. Si la recherche excède plusieurs heures de travail, nous demandons à l’intéressé de venir lui-même faire la recherche. Mais l’adhérent attend quelque chose d’autre, qui est une bibliothèque de prêt : nous expédions le document et l’intéressé nous le renvoie. D’autre part, nous faisons beaucoup de photocopies et le centre édite des circulaires à usage interne, ainsi qu’un bulletin. Lausanne édite aussi un bulletin. Des réunions et des conférences sont aussi proposées, et nous avons noté que des membres du centre venaient de très loin assister à celles-ci. […]

H. S. : Pourquoi les périodiques et affiches sont-ils déposés aux Archives départementales des Bouches-du-Rhône ?

R. B. : L’argument premier est l’expulsion du local ; il fallait mettre à l’abri les documents déjà classés (périodiques et affiches). C’est pourquoi ils y sont entreposés et conservés dans des conditions optimales et où, malgré tout, ils restent la propriété du CIRA. De plus, les documents peuvent être consultés tous les jours, chose impossible auparavant puisque nous n’avons que deux jours de permanence par semaine.

En ce qui concerne le local, les choses se sont arrangées. Nous avons trouvé un nouveau local, qui est l’ancien siège d’une Église extrême orientale ; le seul souvenir que nous ayons conservé est la plaque « Bureau du prélat », que nous avons apposée sur la porte des toilettes.

H. S. : A part l’archivage, quelles sont les autres activités du CIRA ?

R. B. : Nous éditons régulièrement un bulletin qui faisait état de nos collections, de ce que nous avions acheté ou reçu. Assez rapidement, nous avons décidé d’éditer des bulletins thématiques. […] Nous avons consacré des bulletins au congrès de Marseille de 1879 (congrès de la séparation entre possibilistes, allemanistes et anarchistes), un autre sur la section marseillaise de l’Internationale, puis des thèmes comme l’antimilitarisme, les anarchistes espagnols de 1880 à 1914 et sur l’entre-deux guerres, le théâtre social et Louise Michel en Provence. Tous ces bulletins touchaient à la région marseillaise. Il y eut aussi un bulletin sur les anarchistes espagnols dans la tourmente (1939-1945), préparé par notre correspondant-secrétaire sur Paris. […] Auparavant, nous avons édité un bulletin sur les anarchistes dans la Résistance (épuisé) dont un passage retraçait l’activité du groupe anarchiste clandestin international de 1941 à 1943, date de l’arrestation d’André Arru et de ce groupe composé de militants de toutes nationalités, parmi lesquels Voline, qui voulait à tout prix coller des affiches alors qu’il était âgé de plus de 60 ans. Parallèlement, nous avons édité des numéros spéciaux sur le mouvement libertaire dans les Bouches-du-Rhône. […] Nous essayons aussi d’élaborer des instruments de travail pour les gens intéressés…

H. S. : Quels sont les objectifs du CIRA ?

R. B. : Nous allons éditer prochainement un bulletin qui est le témoignage d’un de nos membres venu à l’anarchisme en passant par le marxisme.
Nous suivons aussi la sortie des périodiques et des livres concernant l’anarchisme.
Il y aura un bulletin sur dix ans de presse anarchiste en France, qui est préparé par un compagnon d’Orléans, et qui constitue la suite de ma thèse sur « un siècle de presse anarchiste en France (1882-1982) ». Un autre sera consacré aux activités clandestines des Espagnols. Puis enfin, un sur les campings libertaires, sur les cartes postales de l’anarchisme et sur les congrès et rencontres du mouvement anarchiste (notamment sur le congrès de Carrare en 1968).

Propos recueillis par Sylvain Eischenfeld (gr. Rocker — 4e et 5e arr. de Paris)

N.B. : La cassette de l’interview sera prochainement disponible dans la collection Radio Libertaire Production.

Pour joindre les centres de documentation et de recherches :
— CIRA de Marseille, BP 40, 13382 Marseille cedex 13.
— CIRA de Lausanne, 24, Avenue de Beaumont, CH-1012 Lausanne, Suisse.
— Centre de documentation anarchiste, 145, rue Amelot, 75011 Paris.


Projection d’un film sur la vie et l’œuvre de Louis Lecoin au CIRA de Marseille

Vous êtes cordialement invités à la séance exceptionnelle que nous organisons conjointement avec la section des Bouches-du-Rhône de l’Union pacifiste de France (UPF) le samedi 17 octobre, à 17 h, à la Maison des Associations, 93, la Canebière (proximité angle boulevard d’Athènes), au cours de laquelle sera projeté un film retraçant la vie de Louis Lecoin (cette séance sera suivie d’un débat).


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