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Paul Wulf (1921-1999)

Le jeudi 30 décembre 1999.

Nous apprenons dans l’édition de novembre-décembre 1999 de Direkte Aktion la disparition du militant antifasciste Paul Wulf. Ce personnage méconnu en France mérite pourtant qu’on lui accorde ici quelques lignes, en hommage posthume au travail de recherche qu’il a mené sur l’implication dans le régime nazi de certaines personnes actuellement bien rangées dans la société allemande. Il fut d’ailleurs considéré outre-Rhin comme expert en la matière : il connaissait mieux que quiconque les structures fascistes de la Bundesrepublik, les biographies des fonctionnaires du troisième Reich. Il les suivait à la trace et ne manquait pas une occasion pour dénoncer les horreurs auxquelles ils avaient participé. L’horreur, Paul l’a vécu directement dans sa chair. Né le 2 mai 1921 dans une famille indigente, ses parents ne voient d’autre solution pour le faire vivre que de le confier à un orphelinat en 1928.

Pupille de l’assistance publique, il est emprisonné sous le régime fasciste pour « déficience mentale grave ». Ce qui équivaut à une condamnation à mort. À nouveau, ses parents, pour le sauver, acceptent en 1938 de le faire stériliser sous le coup des lois en vigueur. Paul restera traumatisé toute sa vie par cette terrible épreuve. Après la seconde guerre mondiale, il s’engagera dans une lutte sans merci pour la réhabilitation et l’indemnisation des victimes de l’eugénisme. Durant plus de trente ans, il se battra pour les quelques 400 000 stérilisés de force et ce n’est qu’en 1981 que le Parlement fédéral octroiera une indemnité de 5 000 DM aux victimes.

Paul Wulf se définissait comme « anarchiste et communiste ». C’était un passionné d’Erich Mühsam, dont il avait lu tous les écrits (articles, livres, pièces de théâtre). Souffrant d’une pathologie cardiaque assez grave à la fin de sa vie, soumis à une médicamentation de plus en plus lourde, il craignait avant tout de se retrouver en maison de retraite. Il ne l’aurait pas supporté car, disait-il, il y rencontrerait tous ses opposants politiques, les anciens nazis. Cette ultime épreuve lui sera épargnée puisqu’il mourra dans son sommeil le 3 juillet 1999. Paul Wulf lègue par testament l’ensemble de ses recherches (livres, photos, archives) à l’institut Villa von Tempel, centre de documentation antifasciste.

En guise d’épitaphe, nous relirons ce vers d’un poème de Mühsam, assassiné lui aussi par les nazis extrait de « Der Tote » : « Wollt Ihr Gutes tun, die der Tod getroffen, Menschen lasst die Toten ruhn und erfüllt ihr Hoffen ». (Si vous voulez être agréables aux morts, vivants laissez-les en paix et exaucez leur espérance).

Martine. —­ liaison Bas-Rhin de la F.A.


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