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Oaxaca ne sera jamais vaincue

Le jeudi 9 novembre 2006.

En quatre mois et demi, la commune libre de Oaxaca a connu de nombreux assassinats perpétrés par des militants, policiers et élus du PRI du gouverneur Ulises Ruiz. Ceux-ci ont abattu 15 personnes en tout. L’offensive de la police fédérale préventive (PFP) a été justifiée par le Président Vicente Fox afin de mettre fin aux violences, notamment à la suite des quatre assassinats du 27 octobre. Le lendemain, la PFP entre dans la commune de Oaxaca et démantèle les barricades. La résistance de l’APPO est pacifique mais est incapable de faire face à la police et aux moyens colossaux mis en œuvre (blindés, canons à eau, hélicoptères, policiers armés de mitraillettes, etc.). Les barricades protégeant Oaxaca ne tiennent pas longtemps et trois manifestants meurent des violences policières… les premiers assassinés par l’État.

Les 4 500 hommes de la police anti-émeute reprennent le contrôle du centre-ville et délogent le campement des grévistes.

Les assassins qui ont ensanglanté Oaxaca pendant plusieurs mois, eux, ne sont pas inquiétés. Certains sont clairement identifiés et connus mais ne sont pas arrêtés par la police. Le président Fox prétend rétablir la paix : « à Oaxaca, la paix sociale et la tranquillité sont revenues », alors qu’il ne fait que réprimer un mouvement populaire pacifiste et laisse tranquille les responsables des meurtres. Ceux-ci continuent même les menaces de mort à l’encontre de l’APPO ainsi qu’à la Ligue mexicaine des droits de l’homme. De même, des militants du CIPO-RFM (« Consejo Indígena Popular de Oaxaca “Ricardo Flores Magón” ») ainsi que deux anarchistes nord-américains (du Pittsburgh Organizing Group — POG) ont été menacés par des priistes.

L’occupation du centre-ville par la PFP a donné lieu aussi à des exactions. Des magasins ont été pillés par les policiers, qui sont entrés également dans des habitations. Alors qu’il n’y avait pas eu de problèmes importants de vol durant les quatre mois d’occupation de l’APPO et de l’absence de police. Celle-ci, censée rétablir la paix, est seulement un facteur de troubles et de chaos.

De la résistance non-violente à l’offensive

L’APPO est un mouvement populaire pacifiste qui se traduit, entre autres, par un refus de la confrontation avec les policiers et de l’utilisation de moyens violents contre eux. Ainsi, le 29 octobre, le mot d’ordre était-il de défendre les barricades mais d’éviter la confrontation violente avec la police. Le mouvement populaire veut mettre fin aux violences et refuse donc l’emploi des mêmes méthodes que l’ennemi.

C’est un mouvement qui se veut aussi exemplaire et veut faire taire les calomnies propagées par les médias mexicains. L’APPO ne voulant pas tomber sur le terrain de la réaction, la meilleur arme de résistance c’est la mobilisation populaire la plus large.

Ce pacifisme intégral ne fait toutefois pas l’unanimité, car il y a bien eu quelques affrontements avec la PFP, des manifestants avaient même réussi à incendier des cars de police.

Mais ces actions ont été considérées comme des provocations par l’APPO. De plus, la prise de la ville par la police a été facile et a quasiment mis un terme à la Commune de Oaxaca.

Le 2 novembre, la police tente de démanteler les barricades de la cité universitaire et de mettre fin à la dernière radio de l’APPO. L’université constitue alors un des derniers bastions de la rébellion. Elle dispose également du statue d’autonomie, donc les forces de police et armées n’ont pas le droit d’y pénétrer. Le rectorat soutient alors les étudiants. La police justifie l’invasion car il y aurait prétendument des armes cachées. Pendant plus de six heures, l’université subit l’assaut de la police ainsi que de groupes priistes armés (qui eux, bien sûr, ne sont pas inquiétés). La radio permet de mobiliser et d’appeler la population à défendre l’université. Des milliers de gens convergent alors qui utilisent des lance-pierres, des frondes, des cocktails molotov, etc., contre la PFP qui, peu à peu, se fait encercler par la foule.

Des paramilitaires priistes tirent des coups de feu sur les révoltés de Oaxaca, mais heureusement il n’y a pas eu de mort. La PFP est alors obligée de reculer.

L’APPO, vers 14 heures, appelle à l’offensive générale populaire et, peu après, la PFP reçoit l’ordre de se retirer jusqu’à l’aéroport. Il y a eu 32 arrestations et 70 blessés. Des personnes, dont des enfants, ont aussi été enlevées dans des camionnettes. Ces affrontements ont montré que si l’APPO refuse la violence, le peuple n’a pas non plus l’intention de se laisser tirer dessus sans réagir [1].

Vers une mobilisation populaire large

Suite à cette victoire, plusieurs décisions ont été prises. Des barricades doivent être de nouveau construites dans la capitale et une grande manifestation va avoir lieu dimanche prochain qui ne sera pas seulement dirigée contre le gouverneur Ulises Ruiz mais aussi contre le Président Fox. L’intervention policière contre Oaxaca a ainsi radicalisé encore un peu plus la population.

Depuis l’occupation du 28 octobre par la PFP, une vaste mobilisation de soutien s’est déclenchée à travers tout le Mexique. Des manifestations ont eu lieu à México et des avenues ont été bloquées. La Otra Campaña et les zapatistes ont effectué aussi des barrages sur les routes du Chiapas. Des renforts sont venus soutenir la population à Oaxaca. Les professeurs menacent de provoquer des grèves dans tout le pays.

Des dizaines de rassemblements de soutien ont eu lieu à travers le monde devant les ambassades et les consulats du Mexique. Une journée d’action internationale de solidarité avec la Commune libre de Oaxaca aura lieu le 20 novembre.

Au bout de presque cinq mois, ni le gouverneur ni la police fédérale n’ont réussi à en finir avec l’insurrection populaire. La victoire du 2 novembre a permis de sauver la Commune de Oaxaca, mais celle-ci se trouve toujours en danger. La lutte continue.

Pascal, groupe Claaaaaash


[1« Nous appelions seulement à la résistance pacifique, toutes nos actions se sont réalisées dans l’ordre et de manière pacifique, nous avons donné ordre de se replier et de ne pas tomber dans les provocations, nous appelons à ne pas tomber dans les provocations dues au agressions de la PFP. Mais apparemment les messieurs laquais de l’impérialisme, MM Fox et Calderón, confondent prudence et débilité, ils confondent pacifisme et couardise et, croyant que le peuple de Oaxaca est un peuple de lâches, ils essaient d’en finir avec lui », in Communiqué du 2 novembre de l’APPO.





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