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Post-mortem

Salut à Paul Lapeyre

Le jeudi 23 mai 1991.

Cela n’arrive pas qu’aux autres : notre camarade Paul Lapeyre n’a pas survécu à un accident d’automobile survenu le 1er mai sur une route d’Espagne. Selon sa volonté, son corps a été remis à la faculté de médecine la plus proche, celle de Saint-Jacques-de-Compostelle.

Né en 1910 dans un village du Gers [1], il fut d’abord instituteur, mais dut quitter l’enseignement après une cabale suscitée par son militantisme. Avec ses frères Aristide et Laurent, il participa en novembre 1926 à la constitution de la CGT-SR, puis collabora à son organe de presse Le Combat syndicaliste.

En 1935,pendant l’ « affaire de stérilisation de Bordeaux », il prit la responsabilité de La Révolte, périodique anarchiste du Sud-Ouest, tout le temps de l’incarcération d’Aristide. Puis vint la guerre d’Espagne où il effectua plusieurs voyages mandaté par la CGT-SR, tout en collaborant à SIA, périodique fondé et animé par Faucier et Lecoin, ainsi que deux périodiques publiés successivement à Bordeaux sous les titres Espagne antifasciste, puis L’Espagne antifasciste. En mai 1939, il devint délégué à la propagande de la Fédération anarchiste de langue française (FAF).

Fait prisonnier en 1940, il échoua dans une tentative d’évasion et ne fut libéré qu’en juin 1945. Dès son retour, il reprit ses activités militantes et représenta le groupe libertaire de Bordeaux au congrès constitutif de la Fédération anarchiste, les 6 et 7 octobre 1945. Il était devenu coiffeur et animait avec ses frères la boutique (le « salon ») de la rue de Fusterie.

Militant de la CNT, continuatrice de la CGT-SR, dès sa constitution, il participa en Gironde fin 1947-début 1948, en compagnie notamment de Barrué, à une tentative de fusion avec les courants syndicalistes anti-staliniens issus de la CGT, qui n’aboutit pas. les statuts de l’Union départementale CGT-FO de la Gironde en furent cependant marqués.

Exclu, avec de nombreux autres, de la FA fin 1952, il participa à la reconstitution de l’actuelle Fédération anarchiste pour laquelle il effectua de nombreuses tournées de conférences. Il militait aussi à la Libre Pensée, dont il fut l’un des orateurs nationaux pendant une vingtaine d’années.

Anarcho-syndiclaiste et libre penseur

Vers 1970, un infarctus l’obligea à prendre ses distances avec l’action militante soutenue. Retiré à Barsac, dans le Sauternais, il accueillait avec plaisir tous les amis qui passaient. Bien que réticent à l’égard de la trop grande influence sur certains militants libertaires actuels d’idées très médiatisées, il demeurait optimiste, convaincu que les expériences sont nécessaires et que la raison finit toujours par l’emporter.

Alors que j’étais un militant plutôt ignorant de ces choses, c’est lui qui m’a appris l’existence des liens indéniables entre la doctrine sociale de l’Église et la doctrine sociale fasciste, concrétisés par une page sans ambiguïté de l’encyclique de Pie XI, Quadragesimo Anno. Ces liens fondamentalement réactionnaires que les cléricaux qui s’auto-proclament « de gauche » s’efforcent d’occulter, notamment en censurant le texte en cause quand ils le citent, Paul nous conseillait ardemment de les garder toujours à l’esprit alors que la pape en activité se préparait à célébrer cyniquement le centenaire de Rerum novarum tout en s’employant avec intelligence et habileté à la construction de l’Europe vaticane sur les décombres du glacis stalinien.

Marc Prévôtel


[1Le 28 mai 1910 ; il est décédé le 2 mai 2010.


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