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Nicolas Walter n’est plus

Le jeudi 13 avril 2000.

Beaucoup de lecteurs du Monde libertaire connaissent Nicolas Walter par sa plaquette Pour l’anarchisme (About Anarchism). Cette introduction à l’anarchisme connut un grand succès dès sa parution en anglais en 1969 et fut traduite non seulement en français, mais aussi dans une bonne vingtaine de langues.

Nicolas est né le 22 novembre 1934 à Londres, et il était toujours fier de pouvoir se situer dans une tradition familiale de gauche : son grand-père, Karl Walter, ami de Kropotkine et de Malatesta, fut en 1907 un des deux représentants anglais au Congrès anarchiste international d’Amsterdam, tandis que son autre grand-père, le journaliste S.K. Ratcliffe, fut l’une des grandes figures de la libre-pensée en Angleterre. Son père W. Grey Walter, un éminent neurologue, contribua à la presse de gauche et libertaire et se disait « anarchiste philosophique ».

Nicolas Walter, en compagnie de Vernon Richards

Après son service militaire (1952-1954), qu’il passa presque entièrement en Allemagne et en Autriche et dont il profita pour apprendre le russe, Nicolas a commencé ses activités politiques dans le Parti ouvrier (Labour Party). Pendant ses études à Oxford (1954-1957), il commence à participer aux mouvements antimilitariste et libre-penseur. En 1959, il découvre l’anarchisme en lisant une petite revue libertaire (The University Libertarian), dans laquelle son grand-père avait publié des souvenirs sur Kropotkine. Nicolas y participe et, en 1960-1961, en devient l’un des rédacteurs. En 1960, il est l’un des fondateurs du Comité des 100 (contre la bombe atomique) et en 1963 un des huit « Espions pour la paix ». Ce groupe (dont les membres restèrent anonymes) réussit en avril 1963 à pénétrer dans un des lieux que le gouvernement anglais tenait secret en cas de guerre et il y photographia un grand nombre de documents. Leur publication par le groupe causa un scandale et rendit publique pour la première fois les préparatifs du gouvernement en vue d’une guerre nucléaire. Bien qu’arrêté des dizaines de fois lors de manifestations, Nicolas ne fut condamné qu’une fois, à deux mois de prison ferme, pour avoir interrompu le Premier Ministre Harold Wilson dans une église de Brighton, afin de protester contre le soutien du gouvernement britannique aux Américains lors de la guerre du Vietnam (1966-1967).

Mises à part ses activités antimilitaristes, il participa dès le début des années 60 à la presse anarchiste et assura, sous son nom ou sous de nombreux pseudonymes (Arthur —­ et Anna ­— Freeman, Jean Raison, Mary Lewis, M.H., pour n’en mentionner que quelques-uns), une présence libertaire dans la presse en général et de gauche. Il fit partie (1963-1965) des rédacteurs de Solidarity (publié par un groupe d’amis de Castoriadis qui s’orientaient de plus en plus vers l’anarchisme), de Resistance (1965-1966), d’Anarchy (1971-1974), d’Inside Story (1974-1975), de Wildcat (1975), du New Humanist (1975-1984), du Raven (1987-1989) et bien sûr de Freedom. Il a traduit et édité des ouvrages d’Archinov, Bakounine, Alexandre Berkman, Diderot, Sébastien Faure, Emma Goldman, Kropotkine, de La Boétie, Joseph Lane, Rudolf Rocker, du marquis de Sade, de Shelley, de Charlotte Wilson…

Nicolas a commencé sa carrière professionnelle en 1957 comme instituteur, pour s’orienter bientôt vers le monde de l’édition et de la presse ; il a ainsi travaillé comme rédacteur du Good Food Guide, pour l’Association des consommateurs (1963-1965), et du Times Literary Supplement (1968-1974). De 1975 à la date de sa retraite en novembre 1999, il occupa plusieurs fonctions pour la Rationalist Press Association, une des grandes organisations de la libre-pensée au Royaume-Uni. Des publications qu’il produisit pour cette organisation, il faut surtout retenir les livres Blasphemy Ancient and Modern (1990) et Humanism : What’s in the Word (1997).

Dès 1954, il s’était fait une spécialité des« lettres à la rédaction », adressées à la presse pour provoquer, commenter, compléter et surtout corriger (de nombreux rédacteurs le craignait comme un « casse-pied » qui savait toujours trouver la date, le chiffre ou la référence correctes). Depuis les années 60 pratiquement aucune semaine ne passait sans qu’une ou plusieurs lettres de Nicolas Walter ne paraissent dans le Times, le Guardian ou l’Independent

En 1974, on avait découvert qu’il était atteint d’un cancer testiculaire. Guéri de cette maladie après une radiothérapie, des opérations et des erreurs médicales l’ont condamné à la paralysie et, depuis 1993, il ne pouvait se déplacer qu’en fauteuil roulant. Contrairement aux conseils de beaucoup d’amis, il refusa de porter plainte contre le service de santé nationale car « cela coûterait de l’argent dont d’autres ont plus besoin que moi ». Pendant des années, il souffrit de graves ennuis de santé. Au début de l’an 2000, la maladie s’étant déjà généralisée, les médecins diagnostiquèrent un cancer. Informé qu’il n’avait que six à douze mois à vivre, Nicolas se rendit à l’hôpital déterminé à survivre jusqu’en 2001, pour atteindre le nouveau millénaire. Il pensait qu’on le consulterait sur le traitement à suivre, mais le système médical ne fonctionne pas comme cela et un médecin responsable lui répondit : « Il faut avoir confiance en nous ! Nous sommes des médecins », suivi des platitudes habituelles sur l’éthique médicale. Il commença pourtant le traitement en bon cobaye humain mais, après quelques semaines, ses souffrances furent telles qu’il ne souhaitait plus que mourir. Quand il le dit à son médecin, en lui demandant de l’aider à mourir, celui-ci lui répondit que c’était encore trop tôt. Mais Nicolas avait pris sa décision et trois jours plus tard, le 7 mars 2000, il est mort à l’hôpital de Milton Keynes.

H.B.





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