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articles du ML1230

du 1er au 7 février 2001
Le jeudi 1er février 2001.

https://web.archive.org/web/20031025130523/http://www.federation-anarchiste.org/ml/numeros/1230/index.html

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Sans-papiers en Espagne

Aucun être humain n’est illégal

En décembre 1999, les socialistes au pouvoir en Espagne avaient fait voter une loi de régularisation des immigrés qui avait créé son lot de personnes hors critères. Et c’est le gouvernement de droite du PP (Parti populaire d’Aznar), en mal de surenchère revancharde, qui affronte maintenant une profonde contestation de sa « Ley de extranjeria » qui est entrée en vigueur le 23 janvier.

Au moins depuis les événements tragiques d’El Ejido d’il y a un peu plus d’un an, on savait le climat délétère pour les étrangers en Espagne et peu propice, pensaient certains, à la lutte en matière d’égalité des droits. Mais les luttes des immigrés ne s’étaient pas interrompues pour autant. Et c’est un tragique accident qui a remis le feu aux poudres. Le 3 janvier, un véhicule prévu pour 8 passagers et transportant 14 ouvriers agricoles clandestins d’origine équatorienne, est percuté par un train sur un passage à niveau. Cet accident, survenu à Lorca, province de Murcia, fera 12 morts. Parmi les passagers indemnes du fourgon, on trouvera une fillette de 13 ans ; tous se rendaient dans des champs pour y ramasser du brocoli. L’émotion fut énorme.

Toute l’injustice de la condition de travailleur clandestin refit surface à quelques jours seulement de l’entrée en application de la nouvelle loi sur l’immigration du gouvernement de droite au pouvoir. La réaction fut rapide : une marche rassemblant plusieurs centaines de personnes, majoritairement des étrangers, de tous horizons, a lieu le 10 janvier pour rallier Lorca à Murcia (70 km). La revendication s’appuie sur une régularisation pour tous et l’égalité des droits espagnol-étranger. Quelques jours plus tard, le 22 janvier, après une assemblée générale sur la place de Catalogne de Barcelone, 360 étrangers investissent l’église Santa Maria del Pi du quartier gothique ; parmi eux, 328 entament une grève de la faim. Leur revendication : arrêt des expulsions, régularisation pour tous, des papiers pour tous et l’arrêt de la criminalisation des immigrés par les polices d’Espagne. Simultanément, 300 ouvriers majoritairement équatoriens mènent une occupation similaire à Murcia et restent en contact avec leurs frères d’injustice de Barcelone. Dans leurs sillage, des actions solidaires et de protestations se développent partout.

Politiciens + Europe = répression

La période de régularisation des étrangers (estimés à 300 000) qui avait lieu du 31 mars au 31 juillet est terminée ; restent que 150 000 sans-papiers, hors critères, sont expulsables. Cette loi joue la carte xénophobe auprès d’une population touchée fortement par le chômage des jeunes. Elle avait été proposée par le PP en pleine période pré-électorale, avec le soutien des nationalistes des Iles Canaries (1). Ce qui ne fait que renforcer les sentiments xénophobes et perpétuent l’idée que les expulsions d’étrangers sont la solution au chômage. Pourtant l’Espagne n’abrite que 2,2 % d’étrangers dans ses frontières, contre environ 5 % pour le reste de l’Europe. Mais ce pays, de par sa situation géopolitique (continent africain proche, enclaves marocaines de Ceuta et Melilla, liens historiques avec l’Amérique du sud…), représente un maillon essentiel pour la crédibilité de la politique migratoire européenne.

Et la patrie des conquistadores renforce donc sa politique pour conserver son rang au sein d’une Europe forteresse qui ne voudrait faire appel aux étrangers qu’en fonction des impératifs de production ou de vieillissement des populations. Et encore de façon sélective. Et tant pis si chaque année, des dizaines de malheureux se noient en Méditerranée, sans toucher la pointe espagnole du Détroit de Gibraltar ; s’ils sont rackettés par des mafieux ; si l’Espagne n’est un verger que grâce au travail clandestin que les autorités feignent de méconnaître ; si l’apartheid social sort renforcé de la coexistence inégalitaire entre nationaux et travailleurs immigrés ; si la répression et les moyens mis en œuvre (vidéosurveillance, barbelés aux frontières, multiplications des polices…) peuvent se retourner un jour contre d’autres mouvements sociaux et de contestation politique. Ce sont bien les lois restrictives contre l’immigration qui favorisent racket, répression, travail clandestin et misères.

Le début d’un autre mouvement

Il est bien sûr trop tôt pour présager de l’ampleur de ce nouveau mouvement de « sans-papiers ». Pour l’instant, il semble s’appuyer sur une dynamique collective, assembléiste, d’action directe, et égalitaire. L’extrémité que représente l’arme de la grève de la faim pourrait indiquer que ces mouvements se sont déclenchés à l’abri des mouvements antiracistes traditionnels (2). Le fait aussi que les chartes proposées (3) et présentées par les immigrés en lutte comme bases de négociations soient radicales sur le fond pourraient laisser entrevoir un mouvement fort, mais qui est conscient qu’il ne peut rien s’il s’isole du reste du mouvement social. Toutes ces caractéristiques évoquent immanquablement les débuts des mouvements des sans-papiers en France. C’est dire si nous devrons être attentifs à l’évolution de la situation tant pour manifester notre solidarité (devant les ambassades, délégations, etc.) que pour voir et encourager l’autonomie politique des luttes de ces damnés de la terre qui, ici comme en Espagne, se battent pour leur survie. Ils ont contre eux les politiciens, manipulateurs d’opinions, et l’injustice des règles migratoires d’une Europe qui affirme ainsi sa toute puissance, au détriment de la simple dignité et de la justice sociale.

Daniel. — Groupe Gard-Vaucluse

(1) Ces îles sont une cible pour les filières d’acheminement des étrangers.
(2) Même si cela peut être instrumentalisé par des associations dans un but politicien. Voir l’excellent livre J’y suis, j’y reste, les luttes de l’immigration en France depuis les années 60 paru aux éditions Reflex, 45 FF, en vente à la librairie du Monde libertaire.
(3) Plate-forme du 3 janvier de Madrid.


Une association d’insertion différente en Dordogne, l’ALAIJE

Depuis dix ans, nous sommes permanents dans une association qui accueille des personnes « en difficulté sociales et professionnelles », en réalité privées de moyens d’existence suffisants depuis longtemps, souvent depuis plusieurs générations.

Nous travaillons sur un jardin potager collectif (et biologique) pour une douzaine de foyers. Les plantes ornementales se mêlent aux plantes potagères et, depuis trois ans, notre jardin est ouvert au public et classé comme jardin botanique. Tous les légumes produits sont autoconsommés, il n’a jamais été question de faire produire par les pauvres des légumes pour les classes aisées à bonne conscience.

Notre idée de faire un jardin collectif devait redonner aux personnes l’autonomie qu’elles avaient perdues par les « restos du cœur ». Ce qui n’est pas exact, en tout cas dans les premiers temps où elles sont sur le jardin (car les pauvres ne mangent pas de légumes, c’est trop cher). Ce qui les intéressaient, c’est d’avoir un boulot qu’elles pouvaient revendiquer.

Il est souvent difficile d’être libertaire convaincu-e et d’assumer ce type de boulot ! Nous ne voulons pas y perdre notre âme et les copains, anarchistes ou non, nous y aident par l’attention qu’ils peuvent porter à notre action.

Sur le jardin, nous faisons le maximum pour que les discussions s’engagent et nous fassent réfléchir : une info sur le chômage (prétendue baisse, PARE, intérim, luttes, grèves…) les sans-papiers et les injustices en général ou en particulier. Nous voulons montrer que la misère n’est pas inéluctable, mais bien choisie par « nos » représentants pour mener à bien la dilapidation et l’appropriation des richesses de tous.

À la rentrée, nous prévoyons l’intervention d’un copain anarchosyndicaliste sur l’histoire des syndicats, engager une discussion suivie de la projection de « Vivre l’utopie ».

Lutter « pour »

« Quand l’individu est uniquement assisté physiquement, il se sent abandonné moralement » (Jacques Lesage de a Haye). Il s’agit dans cette citation de malades enfermés, mais c’est tout aussi vrai quand on est chômeur, la seule attention de la société est « l’assistance publique » : RMI, Resto du cœur, Secours catholique ou populaire, CMU… et l’assistante sociale qui souvent juge, moralise, infantilise et sanctionne suivant les « bonnes ou mauvaises volontés » de ses « clients » et possède rarement de l’empathie : « Vous ne pouvez pas partir en vacances, avec de si petits revenus » (vacances CAT à 150 FF la semaine). « 750 FF pour manger par mois, vous pouvez y arriver ! » (pour une famille avec trois adolescent-e-s), « vous prenez un acompte tous les mois, vous n’allez pas vous en sortir. » !

Nous essayons de faire réfléchir également sur le travail et l’activité, deux choses bien distinctes : ainsi, chacun l’appréhende plus aisément. Bon nombre de ceux-ci pensent spontanément que le chômage serait éradiqué si les chômeurs allaient occuper la transnationale agroalimentaire du coin (350 salariés actuellement, il faudrait 1200 personnes pour la même production s’il n’y avait par la robotisation) et fracasser tous les robots pour reprendre leur place. Avec ce raisonnement, il aurait fallu refuser l’utilisation de la brouette au temps où l’on inventait la roue ! Mais si on parle de revenus décents voir de partage entre tous, plus de problème, chacun sait quoi faire de sa vie ! Mais bien peu y croient ou ont la force, l’esprit ou les moyens matériels et financiers pour lutter (ça coûte de militer dans nos campagnes dépeuplées). On ne lutte pas « contre » quelque chose mais toujours « pour ». Il manque en général un désir de société, celle dans laquelle on a envie de vivre. Manque de connaissance de notre histoire ? La télé reine des foyers ? Manque d’imagination ? Manque de communication ? Manque de lieux de rencontre et d’échanges ? Sûrement un peu de tout ça, mais que faire ?

Il faut aussi garder à l’esprit, quand on a un boulot, qu’il n’est pas facile de dire à l’autre que le salariat c’est la misère (il l’a connaît déjà la misère !), que l’intérim c’est l’arnaque (c’est 90 % des boulots proposés dans notre région Nord Dordogne).

L’association a participé au mouvement des chômeurs en 1998, et adhère à l’Action des précaires et chômeurs de Dordogne (6 personnes adhérant individuellement à l’APCD) et nous participons toujours aux mouvement sociaux de notre région (trois personnes sont allées à Nice) ; les autres associations dites d’insertion, se satisfont d’être subventionnées par le Conseil général, chacun tient à sa place bien payée, et les « bénéficiaires » comme ils disent doivent être à la leur, entre eux et surveillés !

Il s’imposait à nous la nécessité de faire remonter à nos partenaires locaux (Conseil général, municipalités, DDTEPP…) les questions et les angoisses quotidiennes exprimées par ceux et celles qui se trouvent un jour du mauvais côté de la barrière. Le texte ci-après est dans notre rapport d’activité présenté à l’assemblée générale en juin 2000.

Les progrès technologiques agrandissent le fossé entre les classes sociales, la prétendue baisse du chômage engendre une sous-classe de salarié-e-s précaires à très bas revenus dépendants des caprices de l’économie (l’ancienne ou la nouvelle).

Dix années après la création du RMI, le nombre des allocataires est sans cesse en accroissement, le nombre de personnes à la recherche de lieux d’accueil comme le nôtre ne diminue pas.

Développer des activités porteuses de sens

Cette réalité nous la vivons au quotidien, elle s’appelle entre autres, écart grandissant entre les profits foudroyants affichés au CAC 40 et la misère croissante qui atteint 20 % de la population. Comment expliquer qu’un patron perçoive en une journée l’équivalent de quatre SMIC ou neuf RMI mensuels ? Comment justifier des différences de situations matérielles entre des individus qui, jusqu’à preuve du contraire, ont tous la même valeur humaine ?

Il est aussi nécessaire d’exprimer les limites de l’action que nous menons : bien sûr, ce jardin magnifique permet d’accueillir chaque année 20 à 25 personnes (chômeurs/euses, allocataires, RMI, parents isolé-e-s) pour rechercher des solutions afin d’échapper à la précarité.

Cependant, notre rôle reste vain tellement l’environnement économique demeure cloisonné et hostile. Les associations, comme la nôtre, ont l’exigence d’être porteuses de sens et de projets pour la collectivité. Il s’agit de faire émerger un concept de développement durable qui prenne en compte l’ensemble des compétences et des richesses humaines.

Le progrès technologique a permis la disparition de bon nombre d’emplois pénibles affectés à des tâches répétitives, personne ne peut décemment le regretter, nous faisons la démonstration sur ce jardin que l’on peut développer des activités porteuses de sens, utiles à la collectivité puisque créative de bien-être.

Refuser la société à deux vitesses

Dernier point, nous mettons en place un « garage social ». Indispensable en milieu rural puisque les transports publics sont quasi inexistants. Pourtant, ça pose question. Jusqu’à cette année, c’était les associations qui proposaient des projets acceptés ou non. Aujourd’hui, c’est le Conseil général qui nous soumet le projet et comment il doit fonctionner, c’est-à-dire :
• Un plafond fixe un revenu maximum à ne pas dépasser pour avoir accès au garage.
• Les utilisateurs doivent avoir un bon de prescription fourni par une assistante sociale ou l’ANPE.
• Les réparations sont effectuées par les propriétaires des véhicules (avec mise à disposition gratuite du matériel et avec les conseils et l’aide du mécanicien embauché par la structure).

« Faut pas exagérer, les pauvres peuvent se salir les mains avec ce que l’on fait pour eux, et tant pis s’ils n’aiment pas ça, ils deviennent paresseux et profiteurs si on fait tout à leur place ! » D’un côté des artisans pour les gens ayant de quoi payer et qui n’auront pas à se salir les mains et de l’autre une mise en place de structures d’assistanat. Il nous semble pourtant évident et salutaire qu’un tel garage permette un brassage humain. Si nous devons participer aux réparations, les mains dans le cambouis, peu importe notre origine sociale et nos revenus mensuels.

La société a deux vitesses est en place : supermarché pour pauvres (la bouffe et les fringues qui vont avec), pharmacies humanitaires, les « Cash converters » et autres, et des « ateliers d’insertion » en réalité occupationnels ou chacun participe (jardin, cuisine, couture, poterie). Sans rémunération, souvent contraint par l’assistante sociale qui tient la carotte RMI. Pourquoi pas des bus ne roulant que pendant les heures d’ouverture des bureaux de l’ANPE et autres, conduits par une personne en CES ?

Corinne et Pierre


Danone : des produits laitiers, surtout financiers

Le 10 janvier dernier, le journal Le Monde révélait l’affaire de ce début d’année 2001 : Danone, les licenciements, les suppressions d’emplois. L’indiscrétion, une de plus, parvenue à la rédaction remplissait les pages du quotidien. La direction de Danone veut et tentera de toute évidence de mettre à exécution un plan de restructuration qui envisage dans son contenu la fermeture de 10 usines de fabrication des biscuits Lu-France-Danone, dont sept en France, ayant pour conséquence la suppression de 3 000 emplois, 3 000 emplois réduits en miettes, 1 700 pour l’hexagone.

Cette initiative destructrice dite de rationnalisation des chaînes de production des biscuits touchera l’Union européenne et l’Europe de l’Est. La fermeture des sites serait inévitable. N’ayant absolument rien communiqué, se félicitant du manque de curiosité des représentants du personnel, la direction, avec Franck Riboud à sa tête, dément le coup foireux alors que la note précise que le plan baptisé « record » ? la compétition a du guider leur choix ? « devra être argumenté en France pour la sauvegarde de la compétition et non de l’accroissement de la rentabilité ». Elle reconnaît dans le même temps, arguments à l’appui, que le secteur du biscuit est peu rentable. En comparaison, les boissons ramènent dans la caisse capitaliste la marge de 12 %, 11 % pour les produits laitiers. Quant à la biscuiterie, son score est de quasi 8 % : une misère !

Restons un moment dans les chiffres, le résultat net de Danone pour 1999 s’est monté à 4,5 milliards de francs et a affiché pour le premier semestre une progression de 8,1 % décidément, une misère ! Poursuivons par le bénéfice par action : en hausse de 17,9 % !

La jurisprudence au service des patrons

La politique des capitalistes s’affiche clairement d’année en année. La jurisprudence les avantages dans ce domaine : « La justice ne peut contrôler les choix économiques de restructuration d’une entreprise dès lors que cette réorganisation et les licenciements qu’elle entraîne sauvegardent la compétitivité. » Cet arrêt rendu par la cour de cassation, le 8 décembre casse un jugement de 1997 de la cour d’appel de Riom (Puy de Dôme). Celle-ci avait reproché à une entreprise (SAT) de ne pas avoir intégré le concept de préservation de l’emploi dans son plan social amenant le licenciement de 318 salariés. Le champ est libre pour augmenter les profits : licencions, la masse salariale diminue, l’action augmente, la canaille boursicote et se rue sur Danone comme autrefois elle se ruait sur Michelin, la boucle est bouclée capitalissimo-machiavélique.

Selon Le Monde, qui a dévoilé le secret, la direction du groupe « travaille » l’énormité depuis l’automne 2000. Aujourd’hui leur stratégie de repli devant la grogne veut que, l’information, les détails de ce plan social seront présentés à la mi-avril. Finement joué ! Deux mois et demi avant les congés d’été, 75 965 salariés sont employés dont 15 720 pour la France.

Côté syndical, le responsable CGT de la fédération agroalimentaire et forestière déclarait : « Nous attendons confirmation de cette information. Cela ne nous étonne pas. La stratégie de Danone est inacceptable et nous nous préparons à la combattre. »

Lutter à la manière « Cellatex » ?

Le 16 janvier, la FNAF-CGT appelait à une grève de 24 heures sur tous les sites de LU-France (biscuits Danone), quelques centaines de salariés se rassemblaient devant le siège à Paris, le 17 janvier, jour que le comité européen du groupe avait choisi pour se réunir, sans le PDG Franck Riboud. Une coordination des sites ciblés par les licenciements s’organisait.

Le maire de Château-Thierry (Aisne) ? un des sites inquiétés, 15 000 habitants, 400 emplois doivent sauter ? s’engageait à tout mettre en œuvre pour éviter le chômage, lançait un ultimatum à Danone. Des salariés parlaient même d’employer la manière Cellatex ! Dominique Jourdain, le maire, évoquait un syndicalisme de territoire, une situation de défense devant l’agression des grands groupes. Les licenciements toucheraient aussi Calais, Granville, Jussy, Charleville (pas loin de Givet !), Evry, Besançon, Toulouse. Décidément, Le Monde pesait un peu plus lourd ce 11 janvier 2001.

Ce nouveau scandale prend une suite logique aux « affaires » Michelin, Moulinex, Alstom, Dunlop et dernièrement Bull. Danone s’engage dans le chemin long et tout tracé, par ses glorieux prédécesseurs du cassage d’emploi, de briseur social, de matraqueur d’individus afin de préserver la sensibilité actionnariale.

Pour qu’une voie, une brèche serait plus juste, reste accessible, que son empreinte soit indélébile, l’emprunter souvent et régulièrement la pérennise. Les patrons à l’aube de ce siècle l’ont compris. Qui sera le prochain ?

Daniel. — groupe Dejacque (Lyon)


Transport en commun de Rouen

Fin de conflit à rebondissement

À l’issue du plus grand conflit social des transports publics de l’agglomération rouennaise (6 semaines), les grévistes avaient voté la reprise du travail pour le jeudi 25 janvier au matin. C’est vrai que les différents élus (préfet de région, maires…) ont accéléré l’acceptation des propositions car ils ont le feu aux fesses ! Le réseau TEOR (Transports Est Ouest de Rouen) doit être inauguré sous peu, de toute façon avant les élections municipales, et il faut que le terrain social soit net !

Donc, sur les 5 licenciés, 3 étaient reclassés à Toulon et Cannes comme conducteurs dans une filiale transport du groupe Vivendi. César Gomez, l’un des reclassés à Toulon : « Avec ma famille, je vais essayer d’avoir une vie meilleure. Ma femme est puéricultrice et l’inspecteur du travail s’est également engagé à lui retrouver un emploi dans cette nouvelle région. On nous a donné 24 heures pour décider de notre vie. » Le plus âgé des 5 (52 ans) acceptant un solde de tout compte après avoir passé 26 ans à la TCAR !

Le dernier devait être repris par la régie d’assainissement de Rouen dirigée par la CAR (Communauté d’agglomération de Rouen), en attendant la décision du tribunal des Prud’hommes.

Les grévistes de la faim (20 jours) endurant cette épreuve sans aucun dommage physique mais bien sûr, très fatigués. Mais patatras, ce même mercredi en fin de journée, en lisant le texte présenté par la direction, les représentants syndicaux s’aperçoivent que le compte n’y est pas : les 4 salariés réintégrés n’ont toujours pas leur contrat de travail et le patron veut décompter les jours de grève sur leur solde de tout compte, finissant même par refuser la clause permettant à l’un d’eux de se pourvoir aux prud’hommes.

Ce nouveau rebondissement s’est soldé par un blocage du centre-ville de Rouen par les grévistes, leurs épouses, et plusieurs dizaines de militants politiques et syndicaux contactés à toute vitesse (dont le groupe FA). Jeudi, dès 4 heures du matin, des piquets de grève étaient organisés aux différents dépôts de métrobus. Cette dernière initiative fut évidemment mal appréciée par Choisie, le directeur adjoint de la TCAR mais accéléra la mise au point définitive du protocole (cité plus haut).

Dans un conflit de cette envergure, où chacun peut mesurer l’âpreté des luttes futures à mener contre les multinationales, et leurs émissaires politiques, c’est de droit à la dignité, à la contestation, à la grève dont il fut question et Vivendi n’a pas voulu lâcher le morceau du droit patronal d’exploiter, sanctionner, mépriser ! Et même si les grévistes de la TCAR n’ont pas obtenu l’intégralité de leurs revendications, ils sont sortis de cette lutte la tête haute avec le sentiment, partagé avec les anarchistes, que l’esprit de résistance n’est pas mort.

Guy. — Groupe de Rouen


Fait d’hiver

Action directe

Une fois n’est pas coutume, le débat, qui s’est engagé sur le fait de savoir s’il convient ou non de libérer cette vieille crevure de Papon, s’est bien engagé.

Ici, là ou ailleurs, de nombreuses voix se sont en effet élevées pour expliquer que si ça ne présentait aucun intérêt (parce qu’il ne faut jamais confondre la justice et la vengeance) de maintenir un vieillard de plus de 90 ans en prison, il convenait de libérer également tous les vieillards (et il y en a d’autres que Papon), tous les malades, tous les…, qui croupissent encore aujourd’hui en tôle.

Les anars, qui, par ailleurs, ont la critique de la prison et de l’enfermement radicale, ne manqueront pas de saluer cette évolution égalitariste de l’humanisme.

Mieux, c’est peu dire qu’ils espèrent que cette vague humaniste égalitaire n’oubliera pas Georges Cipriani qui a sombré dans la folie à la centrale Ensisheim car « on ne peut tolérer le maintien en détention de quelqu’un qui ne se rend même plus compte qu’il est en prison et qui est dans une situation hygiénique abominable », Nathalie Ménignon, qui après deux accidents cardio-vasculaires « n’est pas soignée correctement », Joëlle Aubron et Jean-Marc Rouillan, à qui on refuse la liberté conditionnelle et qui sont en grève de la faim depuis plus d’un mois pour essayer d’obtenir ces petits trois fois rien qui sont le tout de la dignité.

Mieux encore, pour que cette vague humaniste soit le plus égalitaire possible qu’il soit clair que nous ne manquerons pas de l’embrasser à bouche que veux tu d’actions directes !

Jean-Marc Raynaud


FTP en procès le 6 et 7 février à Marseille

14 juillet 1991, cocktail Molotov contre le siège du FN, 24 octobre 1998 contre le bureau d’un conseiller municipal du FN qui avait abrité l’association qui défendait trois colleurs d’affiches du FN condamnés pour le meurtre d’Ibrahim Ali, le 28 octobre contre le Stadium de Vitrolles qui s’apprêtait à accueillir un concert de « rock identitaire »… Attentats non meurtriers revendiqués par les FTP (francs-Tireurs Partisans). Nous partageons certaines analyses des FTP, en particulier sur les raisons politiques et économiques qui expliquent la montée des idées d’extrême droite, l’illusion du recours aux urnes mais nous refusons leur stratégie d’intervention. Ce soutien stratégique serait hypocrite, alors que nous-mêmes nous ne revendiquons pas d’actions similaires. Hypocrite comme l’est le lanceur individuel de projectiles dans une manifestation et qui disparaît comme par magie lors de la première charge policière. Notre stratégie antifasciste même si elle ne nie pas dans l’absolu l’usage de toute forme de violence, elle vise à une prise de conscience collective autant au niveau des idées que des actions, à favoriser l’émergence d’un mouvement social autonome, progressiste et émancipateur.

On ne discute pas avec le fascisme, on le combat

Néanmoins il convient de rappeler que le recours à la violence a été réfléchie et cernée. « Au cours de ces actions, j’ai toujours pris le maximum de précaution pour qu’il n’y ait aucune victime. À cet effet, je restais le plus tard possible sur les lieux pour éviter que quelqu’un ne surgisse au dernier moment. Si des risques existaient pour des personnes innocentes, j’annulais l’opération. Chaque action était soigneusement ciblée et symbolique, tel était le but. » explique Yves Peirat, aujourd’hui toujours en prison depuis octobre 1999. Dans cette même lettre il explique l’origine de son antifascisme : « Je suis issu d’une famille de réfugiés politiques espagnols. Mon grand-père paternel fut responsable du POUM et condamné à mort par contumace sous Franco. Mon grand-père maternel fut emprisonné dix ans sous Franco et mourut peu de temps après sa libération… Mon père et sa famille connurent les camps d’internement en Algérie ainsi que les travaux forcés dans le désert de la République française, la même qui avait laissé tomber le peuple espagnol en 1936… C’est (dans ce contexte) que j’ai appris qu’on ne discutait pas avec le fascisme, mais qu’on le combattait, que je ne partageais jamais les mêmes valeurs à la différence d’un Pasqua, et que le fascisme n’avait jamais posé les bonnes questions comme le croyait Fabius. »

De plus l’intervention des FTP se situe dans un contexte historique particulier. La gauche joue avec le fascisme parce que cela favorise son jeu électoral en divisant la droite, au risque d’une fascisation de la société (ce que l’on appellera par la suite aussi la « lepénisation des esprits »). La montée du FN est importante. Après des prises de pouvoir localement, le FN en 1998 commence à peser à l’échelon national (au point que ce parti pouvait imaginer jouer les tout premiers rôles) et gère plusieurs communes et régions. Alors que Le Pen pète les plombs et met ainsi en avant son idéologie la plus odieuse (l’holocauste devient un détail, l’inégalité des races une évidence…) Gaudin président du Conseil régional PACA s’allie en 1992 avec le FN, le FN gère en 1995 quatre villes (Toulon, Orange, Vitrolles et Marignane)… Pour nombre d’entre nous se pose des questions de fond sur notre lutte. Les associations antiracistes, après la politique spectacle, la politique concert, demandent l’interdiction à l’État du FN. Pour les FTP « ce ne sont pas des lois qui feront disparaître le FN, il doit être interdit » de fait « par les citoyens… » (texte de revendication des FTP).

Renforcer la solidarité antifasciste

Le 15 octobre 1999, deux militants (Yves et William) sont arrêtés et écroués. William a obtenu sa libération conditionnelle le 23 février 2000 et Yves attend toujours enfermé en cellule. Même le syndicat de la Magistrature s’en étonne dans la mesure où l’instruction est clôturée. De là à penser que la justice, fière et indépendante, peut être soumise à l’État et largement influencée par les idées réactionnaires et de droites extrêmes…

Lors du procès des FTP, ne nous trompons pas et n’acceptons pas le rôle de la victime que veut prendre l’extrême droite. Car derrière l’image du terrorisme, les actions des FTP ne sont que symboliques (quelques dégâts matériels, de sabotage…) face à la violence raciste, xénophobe et institutionnelle du fascisme. L’enjeu est bien là. Lors du procès initialement prévu en décembre (reporté pour cause de grève des avocats), une manifestation marseillaise était organisé rassemblant 400 personnes, défilant sous des drapeaux noirs et rouges. Manifestation loin d’être ridicule mais largement insuffisante au vue des enjeux. Le prochain procès c’est le 7 février et une manifestation est prévue pour le 3 février sur Marseille. Quel que soit l’état de nos divergences, faisons fonctionner nos réseaux pour renforcer ce mouvement de solidarité et antifasciste.

Théo Simon


Conditions de vie dans les prisons

La parole aux détenus

Voila un an que la Mme Vasseur, médecin à la Santé, sortait à grands renforts de publicité son livre qui allait bouleverser le PPF (Paysage pénitentiaire français), et s’indigner les parlementaires qui étalèrent leur humanisme sous les sunlights de l’info. Un tourbillon de hauts cris et d’effroi déferla, envahissant les médias. Certains se saisirent de l’occasion pour battre la campagne, opportunisme, humanisme, peu importe pourvu que cela rime… Chacun poussa sa chansonnette.

Étions-nous sur la bonne voie ?

Les mois suivants virent de nombreux cortèges sillonner la campagne découvrant la larme à l’œil ce qu’était une prison où faisant semblant de la découvrir, jurant bien fort la main sur le cœur que l’on allait voir ce qu’on allait voir, qu’on ne pouvait plus tolérer de telles pratiques et que l’on devait cesser d’imposer de telles conditions d’existence à des êtres humains.

Un an plus tard que reste-t-il de vos discours ? Rien n’a changé. Vous, députés et sénateurs réunis, politiciens de tous bords avez regagné les lambris dorés de cette République que nous ne voulons pas être la nôtre, nous laissant toujours et encore crever de la même façon lente et certaine dans les mêmes prisons qui vous ont pourtant horrifiés il n’y a pas si longtemps encore.

Au fait, pourriez-vous préciser ce que vous auriez aimé voir changé ? Les méthodes d’élimination dont on nous frappe ? L’état de décrépitude des wagons qui nous mènent vers cette mort lente et certaine à laquelle vous nous avez destiné.

Enfermement = mort

On y crève toujours de la même façon lente et certaine, soumis au dictat de la matonnerie qui la rage au ventre, les yeux tout embué de la nostalgie des temps où ils n’étaient pas tenus de nous appeler Monsieur pour nous ordonner de nous pencher en avant jambes écartées pour apprécier l’état de l’anus dont on ne sait ce qu’il pourrait receler. Tel est le prix à payer pour arracher un moment de vie avec ceux que l’on aime.

On y crève toujours de la même façon lente et certaine, victime du trop triste complot des blouses blanches qui jugent satisfaisant l’état de santé de ceux d’entre nous qui sont atteints de toutes les maladies possibles, sida, leucémies, cancers… jusqu’au moment de les envoyer mourir dans des hopitaux civils juste pour qu’ils ne meurent pas sous écrou.

On y crève toujours de la même façon lente et certaine dans les quartiers d’isolement subissant les séances de torture blanche que vous avez instaurée afin de réduire ceux d’entre nous qui refusons cet anéantissement, toujours animé d’esprit de résistance, ceux qui refusent de collaborer, ceux qui ne veulent pas crever. Torture blanche que vous avez poussé jusqu’au raffinement, usant de la psychiatrie pour décrédibiliser ceux qui veulent toujours lutter, un fou fait toujours rire…

On y crève toujours de la même façon lente et certaine en butte à l’indifférence des hauts magistrats de la chancellerie, alléchés par leur plan de carrière et disponibles aux impératifs électoraux de leur hiérarchie. Tous ces magistrats ont sur la conscience, si tant est que l’on puisse encore supposer qu’ils en aient une, des centaines de morts. Mort de prisonniers malades laissés sans soins appropriés, mort de prisonniers arrivés au fond du désespoir qui, fatigués d’espérer ont préférer choisir eux-mêmes le moment de la triste fin à laquelle vous les aviez destinés.

On y crève toujours de la même façon lente et certaine devant la souffrance de nos proches, de nos familles à qui vous imposez d’énormes sacrifices en nous envoyant toujours plus loin d’eux. Certains d’entre eux sont obligés de faire des voyages de 50 heures pour quelques instants d’intimité toujours plus rares.

Ça suffit !

Ouvrir les portes de la résistance

Aujourd’hui nous ne demandons plus notre liberté, nous l’exigeons. Vos entrechats et votre verbe sont sans effets. Ils ne font plus rêver personne. Ils nous agacent, ils nous dérangent.

Nous ne vous laisserons pas transformer les centrales où vous nous tenez déportés en des Huntsville où le temps exécuterait à votre place la sale besogne. Elles ne redeviendront plus les oubliettes des châteaux que vos ancêtres ont rasé aux temps de vos révolutions bourgeoises. Nous ne serons plus les serfs de votre seigneurie revancharde.

On crève et vous construisez encore des prisons.

Merci, votre acharnement nous a ouvert les portes de la résistance, nous refusons de crever, faisant ainsi les frais de votre gestion sécuritaire et bourgeoise.

Libération de les prisonniers conditionnables et malades. Fermeture immédiate des quartiers d’isolement

Collectif des prisonniers de Lannemezan


Dans la toile

Le site anglophone de la Fédération des communistes libertaires du Nord-Est (NEFAC) (http://flag.blackened.net/nefac) est online depuis peu . Dans les prochains jours, on pourra y accéder à partir de http://www.nefac.org. En attendant une version française, vous pouvez toujours visiter les pages consacrés à la NEFAC sur le site d’Émile-Henry (http://www3.sympatico.ca/emile.henry/nefac.htm)

Le site Internet lancé par la Confédération paysanne pour les procès du 8 février et des 15 et 16 février est opérationnel (http://millaumontpellier.free.fr/).

Abdel Mabrouki a 28 ans. Il mène depuis plusieurs mois un combat très dur contre la direction de Pizza Hut pour l’amélioration des conditions de travail, la réduction des cadences, un traitement plus humain du personnel. Un portrait de lui a été publié ce matin dans le Libé du 24 janvier (http://www.libe.fr/quotidien/portrait/port20010124.html). Aujourd’hui, la direction de Pizza Hut veut le licencier, alors qu’il est délégué CGT du personnel et a donc un statut de salarié protégé. Il a lancé une pétition de soutien, vous pouvez la signer sur son site (http://cgt.pizzahut.free.fr/new02.html).

La CLAC, conjointement avec le Groupe d’Action de Tampa Bay, en Floride, sont présentement les co-convenors temporaires du réseau nord-américain de l’Action Mondiale des Peuples (AMP). On trouvera de l’information sur le réseau de l’AMP (http://www.agp.org), un réseau international et non-réformiste d’opposition à la mondialisation capitaliste. Le réseau nord-américain de l’AMP n’est pas très développé, mais il y a néanmoins la possibilité d’une rencontre nord-américaine qui aurait lieu au printemps.. La prochaine rencontre internationale de l’AMP se tiendra en Bolivie

À bientôt dans la toile.

Blue Eyed Keyboard

alain@minitelorama.com


L’islam et les femmes : le combat pour l’égalité

L’islamisme, est d’après les spécialistes de ce phénomène en phase de stagnation, voire de régression. C’est par exemple l’avis de Gilles Kepel (spécialiste des mouvements islamistes), qui dans la revue L’Histoire du mois de décembre 2000 affirme que « nous sommes sortis du temps de l’islamisme triomphant » Il argumente cela sur plusieurs faits. La nouvelle génération des jeunes souverains (Maroc, Jordanie, Syrie) a été formée à la culture monde, y compris occidentale, or l’islamisme rejette la culture occidentale car elle est impie et pernicieuse, il y a aussi l’arrivée des réformateurs en Iran, où d’après Kepel, le peuple insuffle les reformes.

Quant au djihad, la guerre sainte contre les infidèles, un des piliers de la doctrine islamiste, qui veut que l’on impose par les armes la loi islamique (la chari’a), dans tous les pays où il y a des musulmans, force est de constater qu’elle ne persiste plus qu’en Tchétchénie ou au Cachemire ; d’après Kepel, il ne s’agit là que d’épiphénomènes, d’ailleurs il y a de moins en moins de jeunes volontaires pour le djihad. Reste le cas de l’Afghanistan et des talibans, qui d’après Kepel, horrifie le reste des populations musulmanes par leur extrémisme. Reste tout de même à savoir si les nouveaux souverains sauront mener a bien les réformes économiques. Car l’islamisme prospère dans les couches sociales défavorisées, parmi les jeunes, qui rejettent le vieux monde corrompu et incapable de tenir ses promesses quant à une amélioration de la situation de vie de la population.

Je constate aussi, qu’en Iran ou au Maroc, on censure encore et toujours les journaux trop progressistes, on enferme les jeunes qui réclament plus de liberté d’expression. Bref, le défi reste à relever ; si les progressistes sont incapables d’entreprendre des réformes sociales et économiques, si la misère persiste, alors cela fera le jeu des partis islamistes, qui se présenteront comme la seule alternative possible, en étant en rupture totale avec tous les anciens régimes. Reste que la moitié de la population, les femmes, des pays musulmans est toujours extrêmement brimée. Celles-ci, dans beaucoup de pays commencent a se révolter malgré les risques, prouvant ainsi que la soif de liberté individuelle est intrinsèquement un fait humain.

Un seul exemple : depuis toujours les femmes ont voulu contrôler leur fécondité, malgré les menaces des lois des États et des religieux de tout poils. Au nom du respect des traditions certains croient bon de ne pas mettre dans les revendications mondiale pour le droit des femmes l’IVG et la contraception. Outre le fait qu’avec cet argument on peut tout tolérer, après tout la torture a toujours existé, c’est une tradition, de même pour l’esclavage, la peine de mort, l’excision… Je constate que même en Iran, pays ultra islamiste, les femmes, malgré le bourrage de crâne qu’elles ont subi et malgré le risque qu’elles encourent (la lapidation qui est aussi une grande tradition) essayent en cachette de leurs maris et des ayatollahs de contrôler leur fécondité.

La fécondité a chuté de 7,2 à 2,3 enfants par couples en l’espace de 20 ans, et cette baisse du taux de fécondité se vérifie aussi dans tous les autres pays musulmans, à l’exception de l’Afghanistan…

De l’oppression à la révolte

De la femme qui, sous le voile met du maquillage, à celle qui se voile mal, les femmes résistent malgré tout avec le peu de moyen qu’elles ont à leur disposition. Ainsi en Iran, beaucoup fuguent afin de fuir leur famille ou le père et les frères ont tous les droits sur elles.

Le quotidien Entekhab, de Téhéran, rapporte un fait divers concernant un père de famille qui a étranglé sa fille car elle avait fugué. Quelques jours auparavant, le journal Iran nous apprenait que, durant les six derniers mois, les corps d’une trentaine de femmes mystérieusement tuées ont été retrouvés à Téhéran À chaque fois, la femme avait subi un viol. Qui est responsables de ces crimes ? La plupart de ces femmes avait fuit leur foyer à cause de la pression familiale. La République islamique prétend qu’elle a réussit à islamiser la société iranienne d’un point de vue moral pour la débarrasser des maux qui frappent les pays occidentaux. Ainsi, en Iran, l’État a toujours nié l’existence de la prostitution. Pourtant, une enquête faite par la mairie de Téhéran, démontre que la prostitution a toujours continué d’exister, pire même, l’État islamiste moralisateur est responsable de ce phénomène L’enquête, révèle entre autres, que l’âge moyen des prostituées a diminué de sept ans durant la seule période 1990-1999, âge qui se situe autour de 20 ans. Ce rapport confirme que « 90 % des filles en fugue tombent dans la prostitution ». La police, quant à elle, constate une hausse du nombre d’arrestation d’enfants en fugue.

Pour les spécialistes, les fugues des filles sont dues principalement aux privilèges octroyés aux garçons au sein des familles. Je cite là un rapport de l’universitaire Pourguive, qui démontre les effets néfaste de la discrimination sexuelle et de l’inégalité des sexes sur les filles. En réponse à la question «  êtes-vous satisfait de votre sexe ? » 86 % des filles répondent par la négative, contre seulement 7 % des garçons. La politique antiféminine, que certains appelle ici le respect des traditions et des cultures, explique ce chiffre alarmant.

Tout commence par l’obligation vestimentaire imposée aux petites filles, le tchador. Elle se poursuit par un ensemble de lois discriminatoires envers les femmes, nous retrouvons beaucoup de ces lois dans les autres pays musulmans. Ces lois concernent les domaines du travail, de l’éducation, des voyages, du sport, du mariage et du divorce, du droit de garde, du droit à la propriété, de l’héritage et du témoignage devant la justice, entre autres. Outre cette situation, beaucoup de pays musulmans ont facilité la pression et l’injustice exercées au sein de la famille. Ainsi, dans certains pays, le témoignage d’une femme ne vaut pas celui d’un homme. En Iran, en Arabie Saoudite, par exemple, la loi exempte de poursuites juridiques les hommes meurtriers de leur fille ou de leur petite fille.

Au Nigéria, ou la chari’a a été instaurée dans neuf États du nord du pays, plus de 200 femmes ont été arrêtées, car « ce sont des prostituées » d’après les autorités, en fait, ce sont des femmes qui refusent obstinément l’interdiction de la mixité hommes-femmes dans les lieux et les transports publics. Là ce sont deux jeunes qui se sont mariées sans l’avis du père de la fille et qui risquent des années de prison pour cela, ailleurs c’est une femme qui recevra des coups de fouet pour avoir eu des relations sexuelles hors mariage, tout en étant autorisée par ses juges à donner le jour à l’enfant né de cette union unique avant de subir son châtiment. Partout des actes de révoltes individuels se font jour, malgré l’endoctrinement, la répression et la peur. Ce qui a toujours été naturel chez l’Humain, c’est sa soif de liberté, c’est l’esprit de révolte contre l’oppression et l’injustice qui s’auto-justifie par le moralisme, le fait culturel, la tradition, la religion ou les lois étatiques… Rien ne justifie l’oppression, le sexisme, le racisme. Pas même les prétendues « traditions » qui sont imposées par les armes et le crime.

Régis B. — groupe Kronstadt (Lyon)


Vite fait… Bien fait

* Les fonctionnaires territoriaux de Walonie ont manifesté jeudi 18 janvier pour réclamer une refonte de leur grille salariale, une réduction de leur temps de travail et des embauches compensatoires.

* Nouvelle marée noire, au large des Galapagos cette fois-ci où le pétrolier Jessica s’est échoué en dégueulant plus de 570 000 litres de fioul.

* Le coût total du naufrage de l’Erika vient d’être estimé à 6 milliards de francs. Combien à la charge de Total ?

* Tous se vend, tout s’achète. Suite au cafouillage des dernières élections américaines, Unisys, Dell, Diebold, IBM et bien sûr Microsoft se sont lancés dans le développement de nouvelles machines à compter les votes.

* On soutien. L’association de consommateurs, Que Choisir, appelle au boycott de la viande de bœuf sans étiquetage clair.

* Seule la lutte paie. Plus de 300 000 personnes ont manifesté dans les villes françaises jeudi 25 janvier pour la défense du système de retraite. Du coup le MEDEF, bon an, mal an, accepte de réviser sa position.

* Frères de la côte. Les sites de Microsoft, victimes d’attaque de pirates informatiques, étaient en rade jeudi 25 janvier.

* Serial killer. Billy Ray Fox, 35 ans, a été exécuté dans l’Oklahoma. C’est la 690e personne à être ainsi assassinée depuis le rétablissement de la peine de mort aux États-Unis.

* Le journal L’Humanité vient de présenter un plan social prévoyant 80 nouvelles suppressions d’emploi. Les syndicats, dont la CNT ont demandé une expertise sur la gestion du quotidien et les propositions de redressement faites par la direction.

* Y a pas de secret. D’après le dernier rapport de la Cour des comptes, les primes à la reprise des véhicules anciens (balladurettes et jupettes) auraient coûté la bagatelle de 4,7 milliards de francs. En vis-à-vis, le rapport souligne que 22 % des routes du pays sont dans un état lamentable.

* D’après le dernier sondage de Télérama, la confiance des Français dans les médias du pays a baissé de 8 % au cours de l’année dernière. On se demande vraiment pourquoi.

* Des pirates informatiques se sont introduits sur le site du Vatican peu de temps après que le pape ait encouragé les jeunes catholiques à se lancer dans les nouvelles technologies.

Envoyez vos brèves à : monsieur.pol@wanadoo.fr


Décret sur le service bancaire de base

Picsou ne lâche rien

De nombreuses affaires récentes ont montré que les banques n’hésitaient pas à miser gros sur des opérations boursières à haut risque. Ce fut le cas pour la Barings ou le Crédit lyonnais et pour de nombreuses banques japonaises, ruinées. Si bien qu’aujourd’hui les autorités de tutelle tentent de freiner les ardeurs boursières des banques en leur imposant de nouvelles règles prudentielles. Pour ce qui concerne les exclus, la prudence bancaire est déjà de mise et ce n’est pas en assurant un service bancaire de base gratuit que les banques vont se ruiner !

En effet le décret prévu par la loi de juillet 1998 contre l’exclusion ne prévoit actuellement que l’intégration de 6 000 personnes de plus. Pour l’essentiel il s’agit d’interdits bancaires disposant actuellement de revenus qui les rendent à nouveau solvables. Une mesure très restreinte, donc. Les banques avaient bien proposé de permettre l’accès à leurs « services » pour un million de RMIstes, mais à condition que les « heureux promus » acceptent de raquer 157 FF/an.

Les banquiers n’aiment pas prendre des risques avec les pauvres. Après 18 mois de négociation, les associations de consommateurs ont pu se rendre compte que la lutte contre l’exclusion n’était pas une priorité bancaire. Ce n’est d’ailleurs pas non plus une priorité de l’État, puisque le gouvernement a préféré ménager les banques à la veille de la mise en place de l’Euro et de peur qu’elles ne reprennent l’offensive sur les chèques payants, mesure embarrassante par son impopularité.

Non seulement les banques n’ont subi aucune pression pour la mise en place d’un service bancaire accessible à tous, mais en plus le gouvernement s’est évertué à calmer les velléités de gauche dans ses propres rangs.

Les banquiers n’ont évidemment rien à craindre de leurs amis les dirigeants politiques. Ils s’engraissent déjà énormément sur le dos des pauvres par les prélèvements d’agio, mais cela ne leur suffit pas !

Ils préconisent des services bancaires payants tout en proposant à leurs riches clients des comptes rémunérés.

Les 5 ou 6 oligopoles bancaires qui contrôlent le marché ne craignent pas les associations de consommateurs et comptent bien imposer leur volonté dans le cadre des échéances de « l’harmonisation » européenne (euro au 1er janvier 2002).

La multiplication des fusions de grands groupes financiers laisse augurer de ce que seront des coûts bancaires fixés par la soit disant concurrence. Les pauvres devront gérer à moindre frais leur déficit alors que les riches se répartiront les gains ainsi engendrés. Les banquiers restent donc à l’écoute… de leurs intérêts.

Jean. — groupe Kronstadt (Lyon)


Espagne

L’école de la Prospe résiste

À Madrid, dans le quartier populaire de la Prosperidad, l’école populaire de la Prospe créée il y a 27 ans, résiste encore à ceux qui voudraient la voir disparaître. Mélangeant des étudiants, des pédagogues, enseignants, universitaires, des immigrés, des hommes et des femmes de toutes les tranches d’âge, cette école met en avant un projet collectif qui valorise « l’éducation par le dialogue, au lieu du discours sur l’éducation. L’éducation paticipative et non pas imposée. L’éducation dans la coopération pas dans la compétition.

En définitive, une éducation pour la libération, pas pour la soumission. » Favorisant la constitution de GAC (Groupes d’Apprentissage Collectifs : de langue, d’histoire, de géographie…), cette école s’adresse à des adultes de tous niveaux scolaires. Le travail réalisé fut même reconnu par la Communauté de Madrid qui octroya une subvention à la Prospe, sans que cela influe sur les pratiques autogestionnaires et éducatives de l’école. Il y a 8 ans, les locaux de l’école furent réclamés par son propriétaire, l’archevêché de Madrid. Malgré les mobilisations populaires et les procès, les autorités de l’église obtinrent gain de cause.

Il faut dire que ce quartier madrilène est lui aussi en proie à la spéculation. Devenue une nouvelle école de la résistance sociale, la Prospe bénéficie d’un large soutien populaire dans son quartier et au delà. Nous pouvons nous aussi participer à ce soutien en écrivant au propriétaire des locaux pour réclamer le maintien de l’école dans ses locaux maintenant occupés illégalement, aux yeux de la loi espagnole. Vous pouvez écrire à l’école de la Prospe — Calle Général Zabala, 10 bis — 28002 Madrid ou par Internet : prospe@nodo50.org.

Transmis par les Relations Internationales de la FA


Résister, c’est vaincre

Hommage à la résistance des Madres de la place de Mai, Buenos Aires, Argentine

Commencer un nouveau millénaire, c’est bien. Le commencer sans mémoire, ce n’est rien ! De l’opiniâtreté des « Madres » de la Plaza de Mayo, on ne s’en fout pas. Ce livre nous aide à comprendre pourquoi. Encore une fois, une histoire de morts ! Ca commence, malheureusement comme ça, il y a bientôt, 23 ans. Le 30 avril 1977. Une poignée de femmes exigent justice sur la place principale de Buenos Aires, pendant les années de plomb.
Sous une Argentine dévastée par la terreur, les coups de pieds dans les portes, les Ford Falcon des para-policiers, les fusils Itaka, les séquestrations, la torture, le silence et l’indifférence. Ça continue par beaucoup de vie. De vies : plus de 22 ans après, elles sont toujours là, foulards blancs au vent, décidées.
Pourquoi les Madres de la Plaza de Mayo n’ont-elles pas oublié, pas plié ? Pourquoi continuent-elles à se battre, malgré le temps écoulé ? Acte d’amour ? Des milliers de kilomètres parcourus, autour de la Plaza.
L’endurance de l’amour et de la vérité pour ne pas oublier ! Elles se sont lentement identifiées au discours révolutionnaire de leurs enfants. Elles l’ont englobé pour devenir un exemple à suivre, pour « tous ceux qui veulent le changement dans cet univers dévasté ».

Des foulards blancs

Histoire difficile et pas simple. D’abord têtes nues, lasses des portes fermées, d’écouter les excuses, les insultes et les mensonges. Elles on commencé à marcher, munies d’un foulard blanc, qui pour elles, revêtait la forme d’un lange blanc. Avec les noms de leurs filles de leurs fils, le lieu et la date de leur disparition. Avec comme seule revendication : « Ils les ont emmenés vivants ! C’est vivants que nous les voulons » !

Pendant les années de répression, la résistance devient nécessaire. La marche sur la Plaza devient de plus en plus importante. Les militaires commencent à les craindre. Les langes se transforment en foulards et cessent de porter les noms des 30 000 disparus, relégués au souvenir le plus intime !

Pas un seul pas en arrière

Premières dans le combat contre la dictature, elles se battent pour exiger « l’apparition en vie » quand les démocrates, aux ordres de l’ordre, arrivent au pouvoir : Alfonsin, Menem, l’Église et les partis politiques venus de droite et d’ailleurs. La présence des Madres démontre leur effort à se battre encore ! La tribune est ouverte : « Justice pour leurs propres enfants, contre l’exploitation et l’injustice ». Chaque jeudi, la marche des Madres est ainsi devenue la protestation populaire. Contre ceux qui exercent le pouvoir. De « vieilles folles » pour les politiciens… Mais, le cœur solidaire des Madres est tellement grand qu’il est capable de traverser les murs d’une prison, des prisons ! Là où existe un conflit ouvrier, là où le latifundiste prétend saigner encore davantage le pays, les Madres agissent de leur côté… Elles sont de toutes les luttes aujourd’hui. Sans discours larmoyant ou de compassion. Car, pour elles, l’énergie est de ne pas reculer d’un seul pas : «  l’unique lutte qui se perd est celle qu’on abandonne » !

Du droit de l’homme en Argentine et en Amérique latine…. Il y a trois ans à Paris, pendant la rencontre des mères combattantes, elles expliquent le pourquoi du combat. Ces femmes, certaines vieilles et octogénaires, réitèrent l’idéologie révolutionnaire.

Elles ne parlent pas de la pauvreté car pour elles : « la véritable bataille doit être menée contre la richesse. Le peuple dans la rue est l’unique réponse à la terreur ». Elles ne veulent pas entendre parler de la mort de leurs enfants, de cérémonies symboliques funéraires, car « aucune tombe ne peut enfermer un révolutionnaire ».

Pour que la mémoire ne s’efface pas !

Les Madres de la Plaza de Mayo n’ont pas voulu que la mémoire s’efface, depuis maintenant 22 ans, chaque jeudi. Aux politiques qui veulent tourner la page, elles demandent d’emprisonner les coupables. Refusant l’indemnité financière proposée aux 30 000 familles des victimes en guise de réconciliation. Pour elles : « leurs enfants et tous ceux qui veulent changer la situation actuelle, ne sont pas des terroristes, ni des assassins, mais des idéalistes. Des plus humbles et désintéressés militants pour la vie et la liberté ».

Sans les ONG, sans négociations, car pour elles, il n’y a rien à négocier : les Madres sont prêtes à « mourir en marchant sur la Plaza. Pour les enfants nés dans les camps de concentration, dans la clandestinité, dans l’exil ou livrés à eux mêmes, quand les militaires ont déjà emmenés leurs parents ».

Cet ouvrage recueille leurs « paroles vivantes », et pour toujours !

Patrick Schindler. — Claaaaaash

Madres de la Plaza de Mayo, ed. Gatuzain, 100 FF.


Franc-tireur

Un combat antifasciste à Marseille

En octobre 1999, deux militants antifascistes marseillais sont arrêtés et écroués pour une série d’actions violentes (mais éminemment sympathiques car n’ayant pas entraînées mort d’homme) revendiquées par les FTP (Francs tireurs partisans). Ce livre raconte leur histoire. Et c’est une belle histoire.

C’est l’histoire de camarades qui, à leur manière, mais avec une éthique qui leur fait honneur et qui force le respect, se sont battus, tout de suite et en allant à l’essentiel, contre la montée du fascisme (celle du FN) dans leur région (la région PACA).

Oh, bien sûr, ça n’est pas une histoire d’une grande intelligence politique, idéologique, organisationnelle ou stratégique. Deux grenades ici, trois pains de plastique là et quatre mitraillages ailleurs, ça n’a rien de très fute-fute. Mais, qui d’entre nous n’y a jamais songé ? Maurice Rajsfus, dans ça préface, ne nous dit rien d’autre.

Yves Peirat, dans une série de textes tatoués au courage et la non grandiloquence, nous en dit un peut plus.
Et bordel de merde, c’est pas Dieu et Bakounine possible que de rester de marbre.

Je vous en conjure, lisez ce livre car il est magnifique. Il regorge d’écritures étonnantes. De témoignages tonitruants. De grandeurs d’âmes à nulle autre pareille.

Je vous en conjure, faites tout ce qui est en votre possible pour ne pas laisser ces camarades pourir en tôle.

Merci aux copains de Reflex pour ce livre !

Jean-Marc Raynaud

Franc-tireur. En vente à la librairie du Monde libertaire (40 FF), 145, rue Amelot, 75011 Paris (chèque à l’ordre de Publico, 44 FF avec port)


Le Cercle , Jafar Panahi

Jafar Panahi livre une réflexion sur l’Iran inédite à l’écran : en montrant l’espace urbain interdit à une femme non accompagnée par son mari ou un membre mâle de sa famille, Le Cercle de Jafar Panahi en finit enfin avec les films montrant des enfants : petits garçons ou petites filles, qui cachaient à peine la forêt des embûches qui attendent une femme en liberté dans l’espace surveillé de la ville. Ainsi s’écrit, de façon bien involontaire, un chapitre supplémentaire au livre de Foucauld, Surveiller et Punir, mais un livre d’images extraordinaires qu’on n’oubliera pas de si tôt… Que le Lion d’or de Venise l’aide à trouver le public qu’il mérite !

Le cri d’un accouchement retentit. C’est une fille. Sur l’échographie on a cru voir un garçon. La mère demande et redemande à l’infirmière. On ne verra que la détresse de la mère/grand-mère : sa fille sera répudiée. Une femme cherche refuge dans sa famille. Des éclats de voix. Elle repart en courant poursuivie par des cris et des insultes.

Deux femmes dans la rue. Elles évitent les gardiens de la révolution. Elles se sauvent en courant quand un garde approche. Elles essaient de vendre leurs bijoux. L’une va faire des choses inavouables pour permettre à son amie très jeune et très naïve de prendre le bus et de rentrer chez elle, à la campagne. Encore une autre cherche à joindre une amie, infirmière dans un hôpital, elle veut avorter, elle appelle, erre, se débrouille en apparence : scène grandiose où sa voix est utilisée pour qu’un jeune homme (gardien de la révolution) puisse parler à une femme, peut-être l’élue de son cœur. Elle, l’anonyme, la pourchassée, lui permet, par son intermédiaire, d’accéder ainsi à quelque chose que même son uniforme ne lui permet pas.

En racontant ce qui se passe dans le film, j’insiste sur l’aspect inouï de la représentation de la femme dans la ville de Téhéran. Dans Sarah de Darius Merjui, les trajectoires des femmes étaient toute tracées, motivées par le travail et pour Sarah par son gagne-pain supplémentaire (broder pour le grand bazar). Dans Le Cercle, en revanche, on suit leurs déplacements interdits et surveillés. Toutes les femmes sont en fuite et n’ont pas l’espoir de s’en sortir sans une main tendue. Pas de doute, l’espace est dominé par le pouvoir islamique, personne ne passe au travers.

Le film se concentre sur plusieurs femmes, transmet leur marche désespérée, enregistre l’ébauche d’une solidarité entre elles, les réunit toutes à la fin. On ne s’échappe pas d’une prison, quand l’univers carcéral a été étendu à toute une ville. Le tchador, le voile, le foulard ne les protègent pas du tout. L’habit officiel ne leur épargne rien. Ce n’est pas le moindre mérite de Jafar Panahi de poser ces bonnes questions, de les poser cinématographiquement.

Il filme ces êtres au plus près, montre leur beauté, leur diversité et épingle un système qui est devenu aussi une prison pour ceux-là même qui prétendent être les gardiens de la « révolution islamique ».

Un cinéaste est né, loin des facilités du Ballon blanc ou du Miroir, Jafar Panahi a affronté la réalité de la condition humaine en république islamique. Rien n’échappe à sa vigilance : ses plans font de nous des piétons de la compassion, nous accompagnons ces femmes dans l’espace nocturne et dans l’univers bruyant de l’agitation quotidienne de la ville de Téhéran. Créateur de formes et de contenus, Le cercle n’existe que pour lui-même et en toute liberté !

Heike Hurst (« Fondu au Noir » — Radio libertaire)


La lutte victorieuse des précaires de Blagnac

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