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éditorial du n° 1233

Le jeudi 22 février 2001.

908 sans-papiers Kurdes ont fait naufrage ce samedi 17 février sur une plage de Saint-Raphaël. Partis d’Irak, ils ont payé une première fois pour passer en Turquie, puis ont encore dû mettre la main à la poche pour prendre le bateau jusqu’en Europe, en Italie ou en France. Coût du voyage : 3 000 à 4 000 F. Une somme pareille pour voyager dans des conditions infâmes. Les passeurs ne sont pas des grandes âmes. Ils ont des logiques d’entrepreneurs : Ils sont en pleine logique libérale et répondent à la demande en fournissant un service sur lequel ils se feront la plus grande marge possible. Encore une nouvelle exploitation de la misère humaine.

Est-ce vraiment cette exploitation qui fait réagir nos ministres ? La mort d’un sans papiers dans l’Eurotunnel a-t-elle ému Blair et Jospin au point que le passage de sans-papiers entre la France et l’Angleterre fasse l’objet d’une réunion ? Peu de chances. Tous les efforts sont faits pour remonter les filières de passage, trouver les failles dans les frontières de la belle Europe. Ce qui attriste les gouvernements, ce ne sont pas les conditions de vie des réfugiés, non, ce qui les attriste c’est qu’ils aient réussi à venir jusque là ! En matière d’immigration, on voit très bien se dessiner les grandes lignes de la politique européenne : fermeture des frontières à toute immigration clandestine, durcissement des lois envers les sans-papiers et, en parallèle, une immigration autorisée en fonction des besoins : informaticiens en Angleterre, travailleurs du bâtiment ou de la restauration en France… On ouvre les frontières à ceux qui ont les bons diplômes, avant de les rejeter quand leur force de travail n’est plus exploitable.

Il ne s’agit pas de savoir pourquoi des milliers de personnes s’arrachent un jour du lieu où ils vivent pour arriver en Europe dans des conditions horribles : il n’y a souvent pas d’eau, pas de sanitaires, peu d’aérations, un espace vital en dessous du minimum, voilà les conditions de transports d’êtres humains sur des milliers de kilomètres. Quand Guigou nous explique que les dossiers des Kurdes seront traités au cas par cas, on s’interroge. Comment se mesurent la misère, les pressions que l’on doit subir pour que l’État fasse l’aumône d’une carte de séjour ?





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