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éditorial du n° 1206

Le jeudi 18 mai 2000.

À l’évidence tout le monde n’a pas les mêmes soucis. La classe politique joue à mesurer le temps qu’un président aura pour jouer au président pendant que 8 000 convoyeurs de fonds sont en grève générale pour tenter d’arracher à un patronat revêche 1 500 FF de prime mensuelle. Et d’aucun de se désespérer du fossé séparant les élus du petit peuple.

Pourtant, selon ses promoteurs, une des raisons de la réduction du mandat présidentiel à cinq ans serait justement d’être plus démocratique par un passage plus fréquent devant les électeurs-rois. Cause toujours tu m’intéresses ! Si cette vieille lune du mandat à cinq ans va voir le jour c’est parce que la classe dirigeante pense que le moment est venu de marquer symboliquement le passage d’une société à une autre.

En l’espace de vingt ans le pouvoir pense avoir suffisamment transformer les structures politiques, économiques et sociales pour que soit ancré dans les faits et dans les têtes des gens le principe de la cogestion en remplacement de la lutte de classes. Il s’agit maintenant de s’aligner sur le modèle anglo-saxon le plus officiellement du monde. La constitution de la Ve république a elle aussi du plomb dans l’aile puisque le pouvoir pense qu’il n’a plus besoin de la menace du coup d’État permanent pour réguler les relations sociales. Pour cela il faudra quand même attendre de voir comment la réforme du contrat de travail va être avalée par les syndicats cogestionnaires.

Les gens de pouvoir affichent une arrogance sans faille comme s’ils voulaient quelque peu forcer le destin et nous dire qu’il ne sert à rien de résister et d’espérer en un monde meilleur que celui qu’ils nous proposent. Pourtant ce sont des convoyeurs de fonds, que d’aucuns pourraient assimiler à des mercenaires à la solde des banquiers qui nous rappellent que quelle que soient notre fonction et notre place dans la société, nous autres travailleurs seront toujours traités comme de la chair à canon, corvéables à merci, et ce pour un salaire qui sera toujours fonction du nombre de sans travail.

L’écho favorable que reçoit ce mouvement au sein de la population devrait faire réfléchir sur les sentiments profonds de l’opinion à propos des salaires à 6 000 FF, qui sont le lot de la grande masse, alors qu’une minorité se remplie les poches à ne plus savoir quoi faire de son fric.

Le modèle électoral américain qui sert de référence à Jospin comme à Chirac repose sur la plus extrême violence. Ils le savent et quadrillent l’espace urbain de flics de proximité, de caméras et de discours sécuritaires. Pour eux c’est quand même plus sûr que les beaux discours. Leur réforme, qu’ils se la mettent là où l’on ne pense pas… au cul.





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