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« Le Nommé Louis Aragon ou le Patriote professionnel » Jean Malaquais

Il ne faut pas que mort Aragon fasse de la poussière

Le jeudi 11 février 1999.

Souvenez-vous. Le battage a commencé au cours de l’année 1997 et s’est poursuivi des mois durant. De France-Culture au Figaro littéraire, de L’Humanité au Monde des livres, de Marianne à tout ce qui fait du vent, on célébrait, dans une touchante et servile unanimité, l’infamie politique et littéraire en la personne d’Aragon. Jusque dans les couloirs du métro parisien, entre contrôleurs cégétistes et odeurs d’urine, il n’était pas sans quelques-uns des poémes du procureur sinistre des lettres françaises à s’afficher sur les murs.

Dans cette ode à l’ignominie, dans ce chant d’amour au paillassonisme entonné par une armée de paillassons, dans cet indécent festival de lèche-aragon, pas une fausse note, pas une voix discordante. Pour respirer enfin un grand bol d’air frais, loin de cette atmosphère viciée, il fallut que paraissent, ici même, deux articles de Louis Janover, remarquables de finesse, de rappels historiques accablants pour le mort célèbre et célébré, de justice rendue à la mémoire, d’ironie féroce et bien venue envers les embaumeurs de ce cadavre pas vraiment exquis [1].

À l’époque, nous fûmes plusieurs à regretter que ne soit pas réédité l’admirable pamphlet de Jean Malaquais publié pour la première fois en 1947 aux éditions Spartacus, dans la collection « L’intelligence servile », en un temps, donc, où le valet de plume de Moscou exerçait avec rage ses talents de grands inquisiteur des lettres. C’est chose faite aujourd’hui, et c’est avec un rare délice qu’on se plongera dans la lecture de ce court texte où l’auteur règle son compte avec force et talent à celui dont il est important de dire à présent, avec Louis Janover paraphrasant André Breton, qui évoquait lui-même Anatole France, « qu’il ne faut pas que mort cet homme fasse de la poussière ».

L’éditeur a eu la bonne idée de faire précéder cet écrit de Malaquais d’une « présentation » fort utile de Gérard Roche, qui permet de bien comprendre dans quelles conditions est né ce pamphlet, comme réponse aux appels au meutre répétés lancés par le fou du Guépéou contre André Gide, coupable d’avoir exprimé sur l’URSS une opinion toute personnelle et peu conforme à la version officielle autorisée par le PC. Une courte biographie de l’auteur ainsi que sa bibliographie, un petit florilège de citations d’Aragon et des extraits de textes écrits par des surréalistes dans les années 50 et 60 complètent avec bonheur cette petite et savoureuse publication.

Jean Malaquais est mort il y a quelques semaines. Dans les articles nécrologiques le concernant, parus dans Le Monde et Le Figaro, leurs auteurs ont tous deux « oublié » de signaler, dans la bibliographie de cet homme disparu, cet ouvrage à présent réédité. On ne peut à la fois célébrer les auteurs littéraires et ceux qui dévoilent leur sinistre habit de commissaire.

Jean Robin


Éditions Syllepse, 40 francs français.


[1On retrouvera, parmi d’autres, tout aussi percutants, ces deux articles intitulés « Le Surnom d’infâme leur va comme un gant » et « Louis Aragon, cent ans de servitude », dans un ouvrage de Louis Janover absolument indispensable sur ce sujet, lui-même intitulé Cent ans de servitude. Aragon et les siens, dont il fut question dans ce journal il y a quelques temps, hélas trop brièvement (éditions Sulliver, en vente à la librairie du Monde libertaire, 90 FF, + 10 % de port).


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