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anarcho-syndicaliste

Benoît Broutchoux, 1879-1944, un sacré personnage !

Le jeudi 24 septembre 1987.

Parlez de Benoît Broutchoux à un vieux mineur du Pas-de-Calais, cela éveillera sûrement quelque chose en lui « Ah ! oui, Broutchoux ! Un drôle d’syndicaliste qui grimpait aux réverbères pour haranguer le populo, et pis les flics le tiraient par les pieds… Ha ! ha ! un sacré numéro chti-là, un peu anarchiste, hein ? Non, je l’ai pas connu, c’était plutôt l’époque de mon père, mais on tn’a raconté… ».



Un sacré personnage…

Oui, un sacré personnage, Benoît Broutchoux. Un anarcho-syndicaliste, militant de la CGT d’avant 1914. Mais ni la CGT, ni les anarchistes ne se souviennent très bien de lui. Broutchoux fait pourtant partie de ces individus qui marquent leur époque par une action directe concrète, par leur vitalité aussi, leur personnalité.

Broutchoux (1879-1944) incarnait un personnage populaire et sympathique, une vedette du pays minier, un moment de l’histoire syndicale des mineurs. « Ah ! dis donc i’viennent encore emmerder l’Benoît » grondait le populo des corons de Lens, quand les cognes venaient alpaguer Benoît Broutchoux. Et la foule s’attroupait devant le domicile de Benoît pour l’acclamer et insulter les pandores. Oui, au début de ce siècle, Benoît Broutchoux était un véritable héros populaire dans le bassin minier du Pas-de-Calais. Anarcho-syndicaliste, il se baguarra sans trèves contre l’ordre des compagnies minières et la molesse des militants socialistes. Militant original et gouailleur, Benoît dirigea, en 1906, la grande grève qui suivit la catastrophe de Courtière (1 100 victimes). Mais c’est Monatte, syndicaliste révolutionnaire de la CGT d’avant 1914, puis trotskyste de l’entre-deux-guerres, qui a le mieux défini l’esprit de Benoît Broutchoux : « Son anarchisme n’était pas doctrinaire. Il était fait de syndicalisme, d’untiparlementarisme, de Libre pensée, d’amour libre, de néo-malthusianisme et de beaucoup de gouaille. Pour tous, amis et adversaires, il était Benoît, Benoît tout court ».

Broutchoux se montra toujours tolérant, ouvert, non sectaire. Dans son journal, L’Action syndicale, il laissait s’exprimer tous les courants du syndicalisme et de l’anarchisme. Mais à force d’éviter les chapelles, de refuser tout sectarisme, Benoît se retrouva le cul entre deux chaises d’un côté les pontes de la CGT, de l’autre les partisans de l’individualisme libertaire. Benoît durcit alors sa position. Il se proclama communiste révolutionnaire (pas au sens marxiste, plutôt dans l’esprit de Bakounine). Après la Révolution russe, faisant toujours preuve d’optimisme et d’ouverture, Broutchoux voulut concilier libertaires et bolchéviques. La déception fut rude. Il rejoignit l’Union anarchiste et participa, au côté de Sébastien Faure et de Louis Lecoin, à la tentative du Libertaire quotidien.

Au moral, Broutchoux était un curieux mélange de rigorisme révolutionnaire et de gouaille populaire. S’il ne cultivait pas l’austérité constipée de certains militants de la CGT, Benoît était quand même empreint d’un certain moralisme. Autodidacte, il croyait aux vertus révolutionnaires de l’éducation pour le peuple. Anti-alcoolique, il ne buvait que du lait, du thé et un peu de bière. Neo-malthusien, il se bagarrait pour la limitation des naissances. Cela ne l’empêchait pas de conserver son côté « folklo » et brouillon, de composer son canard à la dernière minute, de louper tous ses trains, d’écrire des poèmes un peu fleur bleue et de signer ses papiers de pseudonymes croquignolets, tels « A. Serbe » ; « Adultérine » ; ou « C. Lexion ».

« Acceuillant et généreux »

Son logement, rue Émile-Zola à Lens, était chichement meublé de caisses recouvertes de cretonne et de planches où s’entassaient une vaisselle hétéroclite et des monceaux de bouquins. On y entrait comme dans un moulin. Benoît, toujours accueillant et généreux, tenait table ouverte pour les camarades de passage. C’est donc celte espèce de « pied-nickelé » au service de la Sociale que le Monde libertaire vous présente cette semaine, et ceci d’après la bande dessinée réalisée en 1980 par Phil et Callens (ouvrage aujourd’hui malheureusement épuisé).

Gr. Benoît-Broutchoux


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