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Le mouvement libertaire dans l’Allier au début du siècle

Le jeudi 26 mai 1983.

À la lecture des brochures des historiens locaux, et par le récit que nous faisaient de vieux militants, nous pressentions l’importance et l’impact des idées libertaires sur le mouvement ouvrier et paysan en Allier au début du siècle. Mais les trois personnes motivées par ces recherches (que nous étions en 1979) allaient-elles avoir la possibilité de dépasser les quelques bribes qu’elles connaissaient pour effectuer une recherche la plus complète possible sur l’historique départemental de notre mouvement ? L’expérience prouve que oui !

Mais que de travail nous attendait pendant ces quatre années. Il nous a fallu lire minutieusement les journaux locaux de l’époque, le courrier des militants, les fiches de police, et tous les documents se rapportant à notre mouvement déposés aux Archives départementales et à la Bibliothèque nationale ; ainsi que certaines brochures.

Nous avons également cherché et trouvé, après bien des péripéties parfois, des militants de l’époque, contacté leur famille et fouillé les souvenirs de celle-ci. Des contacts ont été pris avec les historiens locaux, qui nous ont aidés.

Nous avons travaillé avec un club de cartophilie de Moulins, qui nous a permis de reproduire en diapositives des dizaines et des dizaines de documents photographiques sur cette époque ; et cela en vue d’un montage audio-visuel.

Ensuite, il a fallu tout trier et classer les documents récoltés ; et enfin monter un scénario, l’enregistrer sur cassette, et là encore bien des déconvenues nous attendaient…

Mais aujourd’hui que la réalisation de notre montage sonore est terminée et que seule l’impression d’une brochure reste à faire pour porter à la connaissance de tous le résultat de nos recherches, de premiers éléments peuvent nous procurer une juste satisfaction. Des lettres de soutien, d’encouragement, commencent à nous arriver, des perspectives d’émissions sur les radios locales se concrétisent, des projets de conférences à travers le département voient le jour.

Ceux qui voyaient dans notre activité un côté vieillot, dépassé, en sont pour leurs frais. Outre la réactualisation de nos idées par les documents présentés (voir plus loin les deux articles des métayers vis-à-vis du parlementarisme, entre autres), une interpellation se produit au sujet de notre mouvement à l’heure actuelle ; interpellation qui dépasse largement le cadre de nos traditionnels sympathisants. Et c’était bien là l’un de nos objectifs dans ce travail : que notre courant de pensée dans notre région dépasse l’intérêt marginal qu’il suscite pour atteindre l’intérêt d’un public beaucoup plus vaste.

Ne mettons pas notre mouvement dans l’ornière de la marginalité, ne le confondons pas avec ces groupuscules qui ne vivent que par slogans ou par l’interprétation qu’il font d’un maître à penser ; nous, anarchistes, nous avons une longue histoire élaborée dans la lutte des hommes pour leur libération, nous sommes présents dans la mémoire collective populaire. Sachons le rappeler à l’occasion.

Pour les personnes qui veulent nous soutenir et ainsi permettre la publication d’une brochure présentant la totalité de nos travaux, elles peuvent se procurer notre cassette en écrivant, et en joignant 50 F à leur lettre, à : Association pour une culture libertaire, BP 49, 03400 Yzeure.

Inutile de préciser que cette cassette sera également en vente à la librairie du Monde libertaire. Le journal vous informera en temps utile de son dépôt à la librairie.

Tous les camarades ayant connu E. Vigne, mort à Lyon en 1970 et Maynal mort au Kremlin-Bicêtre en 1951 sont instamment priés de prendre contact avec nous. Tous les militants ou sympathisants ayant des anecdotes ou des documents sur le mouvement libertaire dans l’Allier sont également conviés à nous écrire.

Tous les sympathisants du département qui veulent rejoindre nos rangs sont également les bienvenus. D’autre part, nous sommes prêts à fournir tous les renseignements nécessaires aux camarades intéressés pour faire ces recherches sur leur région.



Le département de l’Allier, outre la région de Montluçon-Commentry ayant un caractère industriel, est essentiellement agricole : et pourtant, quel passé de lutte dans notre région ! Vers 1910, un préfet de l’Allier devait déclarer à un syndicaliste paysan : « Si les quatre-vingt-six départements français étaient comme l’Allier, la révolution ne serait plus à faire. »

Avant 1900, les luttes commencent…

Mais déjà bien avant le début du siècle, la contestation se développait dans notre département ; nous allons le découvrir d’après les écrits de différents auteurs.

En 1792, dans les écrits des administrateurs du Canton de Cérilly, nous découvrons : « Nos laboureurs ont de l’aversion pour la guerre, ils ne sont pas susceptibles d’être guidés par le patriotisme ». Dans la montagne bourbonnaise, de nombreux insoumis se cachaient ; un terme était entré dans le langage populaire : « battre la douaille » ; cela signifiait que la population, à l’approche des gendarmes, avertissait les insoumis par un signal convenu par avance (sifflement, chanson…) et rendait pratiquement impossible la capture des réfractaires. À l’avènement de Napoléon III, une situation insurrectionnelle s’instaura : 1 500 paysans en armes tentèrent d’investir Montluçon, les cantons du Donjon et de Jaligny se soulevèrent et une colonne armée prit la sous-préfecture de Lapalisse. Puis, dès 1880, l’anticléricalisme va s’étendre à tout le département, animé par la Libre Pensée qui comptera au début du siècle jusqu’à mille adhérents (ce qui est considérable pour un département essentiellement rural, ne l’oublions pas). La première manifestation antimilitariste se déroule en 1898 devant la gare de Moulins, où deux mille personnes accueillent les généraux venus assister aux grandes manœuvres aux cris de « Vive le désarmement ».

C’est vers 1880 que commence l’activité des anarchistes sur notre département. En 1882, des bris de croix dans la région de Doyet sont imputés aux libertaires ; des actes divers sont mentionnés sur Vichy et Moulins, mais là il semble que ces actions sont l’œuvre d’individus agissant isolément. Vers 1889, un groupe d’une dizaine de libertaires s’était constitué dans la région de Lapalisse, en relation avec le groupe de Roanne. 1892 : attentat à la dynamite à Commentry attribué aux anarchistes. Par la suite, les perquisitions et les arrestations devaient se multiplier dans cette région. Des correspondants au journal Le Père Peinard sont signalés dans la région de Commentry-Montluçon. Dans sa thèse : Les Campagnes bourbonnaises sous la Troisième République, M. Touret note : « Il y eut longtemps, chez les vignerons domératois, un vieux fond de blanquisme et d’anarchisme, qui persista d’ailleurs après 1914. »

Nous abordons maintenant la période sur laquelle nous avons effectué nos recherches.

À travers les fiches des autorités de tutelle

C’est par un rapport de la sous-préfecture de Montluçon que nous apprenons l’existence d’un groupe anarchiste dans cette ville en 1904, qui, après avoir fait venir l’orateur Ernest Girault, invite
Victor Méric pour une conférence antimilitariste. Trois cents personnes y assistaient d’après les fiches de police de l’époque.

Le 8 octobre 1907 : fiche du commissariat de Moulins signalant la conférence de Girault qui avait pour thème : « Oui, nous tuerons Dieu et la guerre ». Une centaine de personnes assistaient à cette réunion due à l’initiative du groupe de Moulins. Girault était considéré comme le fils adoptif de Louise Michel. Celle-ci a également donné une conférence à Moulins, et à la fin de la réunion un politicien local (futur député) vint vers elle et lui dit :
— Je suis heureux de serrer la main d’une vieille politicienne comme vous.
Et Louise Michel répondit :
— Politicienne ?... Sachez que je n’ai jamais fait de politique et que je n’en ferai jamais ! »

Une note du ministère au préfet en date du 4 octobre 1907 signale qu’Émile (l’un des animateurs du groupe de Moulins) reçoit des brochures antimilitaristes de Marseille.

Rapport du commissariat de Montluçon au préfet en date du 28 juillet 1911 confirmant toujours l’existence du groupe anarchiste, et précisant que le groupe ne se livre pas à de la propagande antimilitariste dans les régiments.

Le commissariat de Commentry, par une fiche du 6 octobre 1911, annonce le départ du métallurgiste anarchiste Dumas pour Paris.

Un autre rapport du commissariat de Moulins signale au préfet une réunion publique de Girault : « L’alcool, la guerre et les lois scélérates ». Cent cinquante personnes, d’après le rapport, y assistaient. La fiche mentionne également que l’orateur a condamné les agissements de la bande à Bonnot.

4 octobre 1912 : le sous-préfet de Lapalisse annonce au préfet la saisie en gare de Vichy d’un colis postal contenant des imprimés antimilitaristes à destination d’Eugène Côtte (Côtte fut un libertaire actif de Vichy. Il participa à l’Encyclopédie anarchiste de Sébastien Faure et des affiches appelant à la désertion portent sa signature). L’expéditeur de ce colis nous est bien connu puisqu’il s’agit de Louis Lecoin.

Nouvelle saisie d’affiches antimilitaristes, nous apprend un rapport du commissariat de Montluçon, en date du 3 octobre 1912 ; l’expéditeur en est toujours Louis Lecoin.

Le 20 octobre 1913 : rapport de la brigade d’Huriel sur une affiche anarchiste placardée en face de la mairie de La Chapelaude, dont le contenu est une invitation des conscrits à la désertion.

Brièvement, à travers ces différents rapports ou fiches, nous contatons la présence des libertaires sur les principaux centres du département, et la surveillance constante de ceux-ci par les autorités. Maintenant nous allons découvrir la pénétration des idées libertaires dans le milieu paysan.

Les libertaires et le monde paysan

Le département de l’Allier en ce début de siècle se caractérise par un système d’exploitation agricole que l’on appelle le métayage (partage par moitié de la récolte entre le propriétaire et le métayer). Mais le métayer est soumis à de telles servitudes que sa condition a peu évolué par rapport aux serfs du Moyen-Âge. C’est en 1904, à l’appel d’un syndicaliste ouvrier de Moulins, que se constitue un syndicat paysan à Gennetine et que, d’autre part, le métayer Michel Bernard, sous l’influence d’un syndicat de bûcherons, lance l’idée d’un syndicat des métayers qui, en 1905, se concrétise par la fondation de la Fédération des travailleurs de la terre et la publication, en 1906, d’un bulletin trimestriel : Le Travailleur rural. Le Travailleur rural sera rédigé sous la responsabilité de l’écrivain-paysan Émile Guillaumin, et pendant six ans, ce bulletin va servir (ou tenter de servir) à l’éveil des mille huit cents syndiqués de la Fédération. Le Travailleur rural comporte entre autres une bibliographie et, dans presque tous les numéros, une invite à lire des auteurs anarchistes (Kropotkine, Malatesta, Reclus, Grave, etc.). Il faut préciser qu’Émile Guillaumin, à la publication de ses livres, ne manquait jamais d’envoyer un de ceux-ci à Grave ou à Élisée Reclus. Guillaumin devait correspondre pendant près de quarante ans avec les libertaires Étienne et le docteur Pierrot. Il était également abonné aux Temps nouveaux de Jean Grave. Dans une lettre en date du 28 septembre 1901, il écrit à Grave : « Ainsi, je crois fermement qu’on ne pourra arriver à une véritable amélioration de l’état social actuel qu’en développant l’intelligence de chaque individu de façon à le rendre apte à penser par lui-même. Présentement, la plupart des gens intelligents, instruits, sont des parasites ; la plupart des producteurs sont — intellectuellement — des brutes. C’est triste à constater. Le vote n’est qu’une vaste blague ; les trois quarts des électeurs étant incapables de définir quel est l’idéal politique du candidat qu’ils préfèrent.  »

Outre cette influence dans la bibliographie du Travailleur rural, que dire de ces deux articles, entre autres, qui sont parus dans le numéro 19. Le premier article s’intitule : Réflexion sur les élections, et il est dû au métayer L. Chambon : « Enfin ! la foire électorale est terminée ; tous les montreurs de baraques politiques : conservateurs, libéraux, radicaux, radicaux-socialistes, socialistes indépendants, socialistes “unifiés” ont plié bagage et sont allés s’installer au Palais Bourbon où ils vont toucher religieusement les quinze mille balles que le peuple devra suer sous forme d’impôt ».

Le deuxième article s’intitule : « Le parlementarisme jugé par un métayer » ; il est signé par J. Pontet : « Il ne faudrait pourtant pas se faire trop d’illusions sur la politique ; nous avons vu à l’œuvre tous les partis qui se sont succédés jus-qu’à ce jour. Qu’ont-ils fait pour nous ? Rien ou presque rien… Mais voici un parti nouveau qui monte : le socialisme ; que va-t-il faire ?… Seront-ils capables de réaliser tout cela, les politiciens socialistes ? Non, ce serait trop beau et il ne faut pas tant espérer d’eux. D’ailleurs beaucoup de riches sont à la tête du parti : ces messieurs ont, par conséquent, des intérêts différents des nôtres ; tant qu’ils n’auront pas la majorité, ils prétendront travailler ferme pour l’ouvrier, mais, une fois au pouvoir, que feront-ils ? C’est là que nous les attendons. »

Dans un tract de la fédération des travailleurs de la terre intitulé : Aux paysans, nous trouvons une citation de Sébastien Faure, citation qui sera reprise dans la brochure : Le Syndicalisme paysan dans l’Allier, de Michel Bernard, parue en 1910.

À propos du monde paysan, il faut mentionner tout particulièrement Antoine Dumont, domestique de ferme, qui collabora à la revue anarchiste de Moulins La Torche et aussi au Libertaire. Dumont organisa un syndicat de domestiques de ferme et publia en 1910 une brochure intitulée Aux domestiques et servantes de ferme de la région du Centre qui conseillait de lire Le Libertaire et un ouvrage de Kropotkine : Paroles d’un révolté. Ce militant prit également une part active dans le mouvement coopératif naissant. Nos libertaires profitaient des foires pour faire de la propagande (une lettre de Dumont à Guillaumin nous l’apprend), ou ils collaient des affiches dans les gros bourgs, comme Méténier à Bourbon-l’Archambault qui en placarda, avec pour thème : l’amour libre.

Les libertaires et de monde ouvrier

Par les fiches de police mentionnées plus haut, nous avons vu que les libertaires étaient présents aussi dans les villes du département ; ainsi militaient-ils dans les Bourses du travail, Vigne, par exemple, organisa et anima la grève des sabotiers et parvint à obtenir satisfaction pour cette profession…, ce qui lui valut son licenciement.

Mais où nous découvrons l’impact réel des libertaires, c’est qu’ils œuvrèrent — avec d’autres, évidemment — à l’unification des Bourses du travail et à la constitution de l’Union départementale des syndicats ouvriers de l’Allier CGT. Lors du premier congrès de l’UD, le 4 avril 1909, Émile Vigne, militant anarchiste de Moulins, en devenait le premier secrétaire.

Après les élections de 1910, les principaux membres du groupe socialiste de Bourbon-l’Archambault quittèrent celui-ci pour se rallier aux thèses libertaires (Govignon, secrétaire du syndicat des bûcherons affilié à la CGT, Nicolas, Creuzier, Joachim). Ils collèrent même des affiches à Bourbon avec pour titre : « Ne votons plus, nous sommes trahis ». Ce cas spectaculaire ne fut pas unique puisque par le journal : Combat social, nous apprenons qu’un nommé Bary a donné sa démission du groupe socialiste de Vichy le 1er octobre 1903 pour rejoindre les rangs des libertaires.

Nos libertaires avaient un langage parfois pittoresque, par exemple lorsqu’ils voulaient avoir des jours pour militer, ils simulaient une maladie ou un accident dans leur travail ; ils appelaient cela : « Faire le macadam ».

Un groupe : celui de Moulins

Nous allons maintenant découvrir un groupe : le groupe libertaire de Moulins de cette époque. Le groupe se composait d’une dizaine de membres actifs. À partir de 1909, il publia un journal, La Torche, dont les premiers numéros furent calligraphes par le militant Dubost ; puis ensuite, l’achat de caractères d’imprimerie permit d’améliorer la présentation à partir de 1910.

En dehors de l’affichage, le groupe organisait tous les ans des conférences animées par Girault (une centaine de personnes y assistaient, en général). Sébastien Faure venait tous les ans également, mais ses conférences étaient payantes et servaient à financer son école : La Ruche (quatre cents personnes y assistaient, environ). Une fois, Girault est venu accompagné par Charles d’Avray. La dernière conférence que le groupe organisa fut juste avant la guerre et elle se tint dans un café des environs de Moulins, la municipalité refusant de prêter une salle. L’orateur de cette dernière réunion fut André Lorulot. Il termina son exposé par ces mots : « Je vois que la classe ouvrière met peu d’empressement à se préoccuper du problème de la paix et de la guerre ; et je souhaite ardemment qu’elle n’ait pas un jour à s’en repentir »… Quelques mois plus tard, la boucherie commençait.

Les membres du groupe intervenaient également dans les réunions des autres groupements politiques, et souvent, dans les conférences du député socialiste Brizon. Vigne distribuait le dimanche matin, place d’Allier, les invendus de la presse anarchiste et des tracts de propagande.

Nos militants participaient, comme nous l’avons vu plus haut, aux grèves et à la cohésion du mouvement syndical. Ils s’inséraient dans les luttes de la Libre Pensée (très importante alors), comme l’inventaire des biens de la cathédrale de Moulins ou l’ « accueil » du nouvel évêque en 1906, qu’ils accompagnèrent en chantant sur l’air de la Carmagnole :

Le christ à l’écurie / La vierge à la voierie / Et le Saint-Père au diable / À bas le son, à bas le son / Et le Saint-Père au diable/ À bas le son du canon.

Des écrivains influencés

Nous avons vu plus haut les liens qui existaient entre l’écrivain-paysan Guillaumin (auteur entre autres de La Vie d’un simple) et le mouvement libertaire. Il faut noter qu’un autre écrivain originaire de chez nous, Charles Louis-Philippe (auteur de Bubu de Montparnasse, etc.) fréquentait le groupe libertaire l’Enclos, au début du siècle, à Paris.

La guerre arrive

Comme conclusion à cet article, allons reporter un passage de l’interview que nous avons réalisée auprès d’un militant du groupe de Moulins de l’époque qui, à 89 ans, vivait retiré en Basse-Normandie. Il s’agit de Louis Dubost, à qui nous devons beaucoup de précisions concernant nos recherches « … seulement voilà, le remède était là… La guerre ! Parce que sans la guerre, ces mouvements-là se développaient. On les avait créés, en partant de rien, comme on crée toutes sortes de choses en partant d’une motion sans grand reflet. Mais la guerre a tout gâché, tout détruit et puis tout illusionné et assassiné les meilleurs militants ».

Après la guerre de 1914-1918

Mais le mouvement libertaire dans notre département — malgré la saignée de la guerre de 14-18 et la montée d’idéologies totalitaires dans les conditions que l’on sait — ne devait pas être pour autant mort. Un groupe se constitua sur Lapalisse. Sur Moulins, le menuisier Minet, avec Couni, du premier groupe, et d’autres membres, maintinrent le courant anarchiste jusqu’à la guerre de 39-45. Louis Viallet, à partir de 1936, fonda une auberge dans un petit bourg, près de Jaligny. Beaucoup de libertaires et de pacifistes y séjournèrent (citons entre autres Lecoin, Leval, etc.). Il organisa également des conférences de soutien à l’Espagne en lutte à Trezelle et Lapalisse. Ces débats connurent un certain succès.

Après la Seconde Guerre mondiale d’autres militants prirent la relève : Malfant sur la région de Commentry-Montluçon, Terrenoire sur Vichy, François sur l’ensemble du département. Deux congrès de la Fédération anarchiste eurent lieu dans l’Allier : le premier à Vichy en 1956 et le second en 1961 à Montluçon.

Après 1968, toute une mouvance libertaire vit le jour dans notre département, mouvance qui fut à la pointe des luttes qui se déroulèrent tout au long de ces dernières années en relation ou avec l’appui des anarchistes du groupe de Moulins.

Mais terminons là notre exposé, nous abordons là une période qui est encore en pleine gestation.

Martine, Guy et René





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