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Citations

Jean Barrué par lui-même…

Le jeudi 28 septembre 1989.

par Jean Barrué



« Le 14 juillet 1919, je faisais partie des quelques milliers d’énergumènes qui, dans la ribouldingue honteuse de Paris victorieux, clamaient devant les flics de Clémenceau leur haine farouche de la guerre » (La Révolution prolétarienne n° 267 du 25 mars 1938).

« Il ne faut jamais regretter ce qu’on a fait joyeusement et avec désintéressement : nous sommes nombreux de ma génération qui avons dans notre petit coin créé le parti communiste. Époque lointaine où le communisme était traqué, où on luttait contre l’armée et la défense nationale, où les amis de l’URSS n’existaient pas encore et où la police n’était pas avec nous. Sans doute M. Cogniot, député, se souvient-il du temps où, ensemble, nous combattions l’occupation de la Ruhr et le traité de Versailles… Tant d’années, tant d’efforts pour en arriver là. Le parti communiste ne s’est pas seulement déshonoré en poussant à la guerre. Il a dépassé en ignominie les traîtres de 14 (les fameux social-traîtres) en dénonçant avant la guerre, avant l’état de siège, les pacifistes à la police. » (La Révolution prolétarienne n° 281 du 25 octobre 1938).

« Dans sa petite maison de Bacalan — trop peu souvent, je le regrette maintenant — j’aimais avec lui à parler du passé. Il (G. Lapeyre) me rappelait l’époque où dans la naïveté de mes Dix-huit ans, je croyais aux partis politiques et j’ignorais le syndicalisme… » (La Révolution prolétarienne n° 288 du 10 février 1939).

À propos du marxisme-léninisme…

« Une pièce fondamentale du marxisme est le matérialisme historique ou mieux le matérialisme dialectique. II ne s’agit point d’une philosophie de l’histoire mais d’une théorie ramenant les divers facteurs historiques à être subordonnés à un facteur unique : les rapports de production (c’est-à-dire les conditions économiques) forment l’infrastructure de l’histoire et sont à l’origine de la division en classes, de l’État, du droit, des sentiments moraux, des habitudes, en un mot de toutes ces idéologies dont l’art, la science et la religion ne sont que des reflets… Si on énonce ce qui précède comme une loi abstraite et rigide analogue à une loi physique, on en arrive à dire que l’histoire se réduit à une histoire économique […] qu’il me soit permis de dire une fois pour toutes que je considère les léninistes, trotskistes et autres maoïstes comme les pires ennemis de la classe ouvrière et que je n’oublie pas les innombrables compagnons anarchistes poursuivis, emprisonnés ou assassinés dans le monde par les policiers du communisme international. » (L’Anarchisme aujourd’hui, éd. Spartacus, 1970).

À propos de Mai 68

« Les anarchistes ont mal profité des événements. Ils ont laissé passer l’occasion de faire pénétrer systématiquement leurs idées dans des milieux qui, au départ, étaient nettement sympathisants. Quand on ne pratique pas la politique de la présence on est vite oublié… il y a eu aussi à l’égard des jeunes, et surtout des étudiants, ce sentiment de supériorité du militant “instruit” sur le néophyte enthousiaste mais ignorant “des grands principes de l’anarchisme” » (L’Anarchisme aujourd’hui).

À propos de la révolution

« Nous ne croyons pas aux coups de force, aux prises d’armes comme on disait vers 1830 et ceci pour plusieurs raisons.
1. Pratiquement, une minorité est impuissante devant l’énormité des moyens de répression dont dispose le régime bourgeois et les coups de force du type blanquiste déjà voués à l’échec il y a 130 ans sont maintenant impensables.
2. 11 n’est pas question pour nous de prendre le pouvoir, d’instaurer une dictature imposant notre volonté à des millions d’individus qu’on dresserait à l’obéissance par la terreur.
3. La seule révolution qui nous intéresse c’est celle voulue et réali-sée par une classe ouvrière ayant pris conscience de sa mission, prête à prendre en main ses destinées et ne remettant pas à un parti ou à un “sauveur suprême” le soin d’organiser l’avenir. Si la classe ouvrière a pu convaincre le reste de la population active qu’elle ne poursuit pas des buts égoïstes, mais qu’elle veut instaurer un régime économique rationnel fondé sur la liberté et l’égalité, alors l’affrontement final avec les privilégiés et les cadres du régime à abattre a des chances sérieuses d’entraîner la liquidation et la destruction de la vieille société… Pour les anarchistes, la révolution ne peut être que l’oeuvre des organisations économiques propres à la classe ouvrière, si cette classe veut gérer la production et la distribution et si elle en est capable. Cette révolution sera l’aboutissement d’une longue évolution de la pensée ouvrière et d’une capacité toujours accrue des institutions propres au prolétariat.
 » (L’Anarchisme aujourd’hui).

« Transformer la société n’est pas seulement savoir comment se fera la révolution, mais préciser l’image de la société post-révolutionnaire […]. Détruire la hiérarchie des autorités, c’est le premier pas vers la liberté des individus et des groupes de producteurs. Mais on ne tendra vers l’égalité que si on détruit la hiérarchie des salaires […].
 » Si nos idées ont une valeur pour l’avenir, elle doivent en avoir une aussi pour le présent et nous devons favoriser ou créer tout groupement d’individus décidés à produire ou à consommer en dehors du cycle capitaliste. […] Le développement des techniques et de l’automation rend possible une société où les besoins de chacun seraient satisfaits : cette société libre, anti-autoritaire, où l’homme pourrait laisser s’épanouir sa personnalité ne présente plus le caractère utopique qu’elle avait peut-être il y a un siècle. Plus que jamais, l’avenir dépend des hommes et le choix s’impose non pas demain, mais aujourd’hui ! » (L’Anarchisme aujourd’hui).

À propos de l’anarchisme

« J’affirme que l’anarchisme, bien plus que le marxisme, a heureusement évolué en tenant compte des circonstances et des époques : il a gardé quelques principes généraux que rien ne vient encore infirmer, tel que le refus des autorités abusives, le refus de l’État, l’autogestion, le fédéralisme ; il a renoncé à certaines utopies et à certaines déviations qui connurent quelques succès au début de ce siècle. À quoi bon, dira-t-on, repenser l’anarchisme. » (L’Anarchisme aujourd’hui).

Jean Barrué





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