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Hommage

Jean Barrué

Le jeudi 28 septembre 1989.

Modestie, humilité, pudeur… Jean Barrué n’aimait ni parler de lui ni qu’on parle de lui. Il se considérait comme un militant politique tout ce qu’il y a de plus ordinaire et de plus banal ; et tout ce qu’il avait vécu, fait et écrit lui semblait simplement aller de soi. De ce fait, il n’a jamais voulu écrire ses mémoires — quel intérêt à cela nous disait-il à chaque fois que nous remettions la question sur le tapis — et il souhaitait qu’après sa mort on ne consacre à « l’événement » que quelques lignes.

Quelques lignes !

Mais comment faire tenir en quelques lignes l’essentiel de l’itinéraire politique d’un homme qui, après avoir été l’un des premiers membres du Parti communiste français, né rappelons-le après la scission du congrès de Tours de la SFIO en 1920, milita à la CGTU, puis à la CGT après la réunification de 1936, puis à la CNTF après la Seconde Guerre mondiale, puis à la Fédération anarchiste, puis à l’Union des anarchistes ? Comment faire tenir en quelques lignes l’essentiel d’une pensée qui, à travers plusieurs livres et une foultitude d’articles écrits ici et là pendant plus de cinquante ans, recouvre un véritable continent de problématiques en tous genres ? Comment faire tenir en quelques lignes le respect, la reconnaissance et l’amitié que moi et combien d’autres encore éprouvons à jamais à l’encontre d’un tel camarade ? Désolé Jean c’est impossible.

Pour l’heure, parce que tu m’honorais de ton amitié, parce que c’est à toi, à tes encouragements et à ta rude opiniâtreté que je dois l’extraordinaire voyage que j’ai commencé il y a une quinzaine d’années au pays de l’écriture, et parce que c’est à ta richesse politique et humaine que j’ai abreuvé ma révolte et mon espoir de jeune chien fou soixante-huitard, je respecterai tes dernières volontés et n’écrirai pas les pages et les pages que j’aurais aimé écrire sur toi.

Reproduire, en la complétant, la note que t’avais consacré Jean Maitron dans le tome 18 du Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier et te laisser la parole, en arrachant quelques phrases à ton œuvre écrite, seront les seuls poteaux d’angle que nous planterons aux quatre coins de notre peine. Mais ne t’y trompe pas, dans la grande bibliothèque de l’histoire humaine ce ne sont ni les auteurs ni les bibliothécaires qui décident : ce sont les lecteurs. Et, ne t’en déplaise, tu n’a pas fini d’en avoir !

Jean-Marc Raynaud



Né le 16 août 1902 à Bordeaux (Gironde) ; agrégé de mathématiques et professeur ; militant anarchiste.

De souche paysanne et occitane (Béarn, Gers, Aveyron), Jean Barrué suivit les cours du lycée de Bordeaux jusqu’en juillet 1922 puis, de 1922 à 1926, fit des études supérieures de mathématiques à Paris. Agrégé en juillet 1926, il exerça comme professeur au lycée de Mont-de-Marsan (Landes) durant les années scolaires 1927-1928 et 1928-1929, puis au lycée d’Angoulême (Charente) en 1929-1930 et 1930-1931, enfin comme professeur de mathématiques supérieures au lycée Michel-Montaigne de Bordeaux, avec une interruption de septembre 1939 à juin 1945 (guerre et captivité) jusqu’à son départ à la retraite, en juillet 1966.

Le 14 juillet 1919, Barrué étant à Paris prit part à une manifestation de l’ARAC et des groupes révolutionnaires pour protester contre le défilé militaire, dit « de la Victoire ». En octobre, il adhérait, à Bordeaux, au groupe des Étudiants socialistes et au Parti socialiste SFIO ; il inclinait alors vers les thèses de la IIIe Internationale. Après le congrès de Tours, fin décembre 1920, congrès de scission qui vit la naissance du Parti communiste français, section française de l’Internationale communiste, il milita aux Jeunesses communistes puis au nouveau parti, à Bordeaux.

De novembre 1922 au printemps 1926, il fut membre à Paris, de la 5e section du PCF aux côtés de G. Cogniot, J. Bruhat, Chaseigne et Marion et, pendant plusieurs mois en fut le secrétaire. Refusant le caporalisme de Treint-Suzanne Girault et la « bolchévisation », il défendit le Bulletin communiste de Souvarine. En octobre 1925, il fut un des signataires de la Lettre au CE de l’Internationale communiste dite Lettre des 250 — cf. introduction Dictionnaire t. 16 —puis il rompit avec le parti et se tourna vers l’anarchisme et le syndicalisme révolutionnaire. Dès le premier numéro, il s’abonna à La Révolution Prolétarienne, fondée par Monatte et à laquelle il est demeuré attaché. À partir de novembre 1927, il s’est consacré à l’action syndicale dans la Fédération de l’Enseignement affiliée à la CGTU, dans les syndicats des Basses-Pyrénées-Landes puis de la Charente, enfin de la Gironde. Il prit part à tous les congrès de la Fédération, défendant avec Josette et Jean Cornec, Thomas et Marie Guillot entre autres, les thèses de la tendance syndicaliste révolutionnaire ; l’organe en était L’Action syndicaliste (n° 1, février 1925) dont il s’occupa de la publication après la mort de Marie Guillot en mars 1934. Il collabora au Cri du Peuple, organe des « 22 » et intervint à la conférence qu’ils organisèrent à la Bourse du travail de Paris le 11 janvier 1931. Il combattit le Front populaire et ses illusions, estimait-il, et la participation aux élections de 1936 mais milita à la Ligue des combattants de la paix [LICP] et au CVIA.

Après que fût réalisée l’unité syndicale en 1936, il devint secrétaire de la section girondine de la Fédération générale de l’Enseignement et appartint au comité exécutif de l’Union départementale CGT.

Déçu, après la Seconde Guerre mondiale, dans les espoirs qu’il avait fondé lors de la scission syndicale sur un essor de la Confédération nationale du travail, section française — il fut secrétaire de sa 8e Union régionale — il se consacra définitivement au mouvement anarchiste et milita activement à la Fédération anarchiste (FA). Membre du groupe Sébastien-Faure de Bordeaux, il s’occupe, depuis 1970, au sein de la FA des relations internationales avec les groupes de langue allemande et aussi avec la Fédération hollandaise et des groupes suisses et belges. Il collabore au Monde libertaire, l’organe de la FA dont le n° 1 parut en octobre 1954, à La Rue revue trimestrielle éditée en 1968 par le groupe Louise-Michel ainsi qu’à la revue anarchiste allemande Befreiung de Cologne. Enfin, il travaille à des traductions notamment pour les Archives Bakounine publiées sous la direction d’Arthur Lehning.

Œuvre : L’Anarchisme aujourd’hui, éditions Spartacus, traduit en italien et en néerlandais.
Traductions : La Réaction en Allemagne de Bakounine ; Anarchisme et marxisme dans la Révolution russe de Lehning ; différents textes sur l’éducation, de Stirner, avec notes et introduction.
Sources : Le Cri du Peuple, 1930-1931 et journaux cités. — témoignage de l’intéressé.

Jean Maitron


Au début des années 80, parce qu’il estime qu’elle ne respecte pas l’autonomie des groupes, Jean Barrué décide de quitter la Fédération anarchiste française. Dès lors, on retrouvera souvent sa signature dans Le Libertaire, le journal de l’Union des anarchistes.

J.-M. R.





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