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Grand nettoyage de printemps libertaire ouvert à toutes et tous !

mars 2019.

Ah ! Le printemps ! Enfin !

J’aime cette saison. C’est l’heure où la lumière revient et couvre la terre de ses chaudes couleurs, l’heure où les ursidés comme moi sortent de la grotte où ils hivernaient pour aller goûter les frais pâturages de la vie, celle de planter ses premières graines de cannabis dans le jardin, l’heure des premiers barbecues, des premiers bourgeons, de regarder avec émotion les petits animaux se cavaler les uns au cul des autres… c’est la saison, aussi, où je me suis fait réopérer pour la dernière fois, et me suis vu pour la première fois, rose à mon réveil. C’est une saison pour aimer, pour renaître, ou pour changer de vie. Le printemps, pour moi, est une fête !

Et cette année, vois-tu, cela me met dans une telle pêche, que j’ai eu envie déménager, changer de région pour la Bretagne, à défaut de devoir bientôt changer de pays, voire de planète. Et même si c’est hyper fatigant, je dois dire qu’on ne déménage jamais assez. On devrait déménager plus souvent. Alexandre Romanès avait raison quand il disait sur une chaîne de TV que lorsqu’on est nomade, on est plus pacifiste, à l’exemple du peuple sinti, si tu es mal accueilli quelque part, allez hop, tu te barres ailleurs !

Et puis, cette année, je ne sais pas pour toi, mais j’ai de plus en plus envie, que dis-je, de plus en plus besoin de faire un grand nettoyage de printemps et d’y inviter toutes les copines et les copains. D’assainir l’atmosphère, d’exterminer la vermine, de balancer les vieilleries. Celles qui sentent le moisi, pleines de poussière, qui me ralentissent ou m’étouffent. Pardon, nous ralentissent et nous étouffent.

Tiens, on devrait tous faire ça ! Un grand nettoyage de printemps ! Et je ne parle pas de balancer quelques vieux papiers, quelques antédiluviennes reliques comme l’urne funéraire de ton grand-père ou les vieux t-shirts troués qui étaient déjà trop petits pour toi quand tu étais ado. Non, je parle là d’un grand nettoyage de printemps libertaire. De se débarrasser une bonne fois pour toutes des vieux relents dégueulasses qui gangrènent notre mouvement alors qu’ils n’ont rien à y foutre pour quiconque du moins est étreint d’émotion à la moindre évocation du mot « liberté », comme le sexisme dit gentillet, l’eugénisme caché, l’homophobie à peine dissimulée, le racisme latent, ou le mysticisme béat, qui nous pourrissent la vie quotidiennement et pour lesquels on ne dit jamais rien pour pas vexer le copain ou la copine, ou parce qu’on se sent coupable de penser à mal. Mais être anarchiste, c’est être responsable, non ? Et quand on a confiance en l’autre, on peut tout lui dire, non ?

Allez hop ! Aux chiottes, la saleté discriminante ! Nous ne pouvons plus, nous ne devons plus comprendre, accepter, que les femmes, les homosexuels, les migrants, les noirs, les handicapés, ou les enfants soient encore trop invisibilités, réduits au silence dans notre propre maison. Ras le bol d’entendre qu’il y a plus urgent comme lutte à chaque fois que tu fais part au groupe des humiliations insensées dont tu fais l’objet en son sein par quelques camarades qui se sentent intouchables parce que personne ne leur dit rien. Kate, qui comme tu le sais certainement, m’accompagne depuis quelques années et va boucler ses valises pour partir avec moi faire un petit tour de France des copains pour faire connaître ses écrits, me souffle par-dessus mon épaule :
« C’est en agitant les questions, toutes les questions, que l’homme est amené à penser, à discuter, puis à agir. Sans agitation, le progrès, l’avancement des idées est impossible, car la masse du peuple est peu encline à abandonner de vieux us, de vieilles coutumes. Ce n’est que par la répétition constante, continuelle d’idées nouvelles que la masse finit par adopter d’abord une attitude tolérante, qui se change à la longue seulement en une acceptation définitive et pratique. Nous n’avons qu’à faire un retour sur nous-mêmes, pour reconnaître immédiatement combien nous sommes redevables de ce que nous sommes aux agitateurs, aux propagandistes. Si nous n’avions jamais entendu nous-mêmes des voix criant dans le désert, des voix qui nous ont donné force, courage et espérance, combien d’entre-nous seraient aujourd’hui dans les rangs avancés de la révolution ? Bien peu, je le crains, car ils sont rares et clairsemés, ceux qui ont le courage de déserter, par le seul effort de leur volonté propre, les sentiers battus de leurs aînés ! »

Tu as raison, Kate ! Nous devons nous aussi déserter certains sentiers battus de nos aînés et qui sentent le roussi. Y compris chez nous, parmi les anars. Tu ne trouves pas toi non plus qu’elle ait raison, Kate ?

« La Liberté en toutes choses, liberté de vivre et liberté d’aimer, tel doit être le mot d’ordre des anarchistes ! » s’enflamme-t-elle passionnément, notre Kate. Tu as raison, ma Kate, ils t’ont entendu les copains, ne t’inquiète pas ! Hein, que tu l’as entendu, Kate ? Que vous l’avez tous entendu ? Tu vois ! Ne t’inquiète pas Kate, on va finalement finir par tous s’y mettre à le faire, Kate, ce grand nettoyage de printemps libertaire et salvateur pour notre mouvement. On va s’en débarrasser des vieux relents dégueulasses qui nous polluent l’atmosphère et nous pourrissent la vie. Et le racisme même latent, même sous couvert d’antiracisme, le différentialisme, l’essentialisme ; mais aussi le validisme, l’eugénisme ; le sexisme crasse ; l’homophobie honteuse ; le virilisme des esprits faibles, n’ont rien à foutre dans notre mouvement et ne seront bientôt qu’un vieux souvenir, d’une autre époque, d’un autre temps.

Alors ! Qu’en penses-tu ? On s’y met tous avec Kate, Emma, Louise, Voltairine, Lucia, He Yin, Kaneko, Kanno, Lucy, Julia et toutes et tous les autres, pour ce grand nettoyage de printemps libertaire et salvateur ?

Pour que vive l’Anarchie ! Et comme dirait notre vieux copain Albert pour « que crève ce vieux monde ! »

Aurélien Roulland

Aurélien Roulland, Kate Austin, Paysanne Anarchiste et Féministe, éditions du Monde Libertaire, 2019, (ISBN 9782915514872) : 10 euros.

Aurélien Roulland, Kate Austin, Paysanne Anarchiste et Féministe

Kate et moi te donnons RDV à Publico, fais de la place dans tes étagères… tu peux virer par exemple le pornographe du vieux Proudhon, il ne te servira plus à rien !

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