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Tocho, 26-3-1926 - 17-8-2002

Le jeudi 12 septembre 2002.

Todor Mitev, « Tocho », était, dès 1947, un militant du mouvement anarchiste bulgare. Durant sa dernière année de médecine, il fut identifié par la police communiste et laissé en liberté en échange de renseignements. Il avertit alors les camarades et rédigea des fiches anodines, mais au bout de quelques semaines, la police le somma d’être « efficace » sous peine d’arrestation et de liquidation. Grâce aux camarades, et après diverses tentatives, il put émigrer en 1950, pour se retrouver en prison en Yougoslavie. Après avoir refusé de travailler pour les titistes, il reprit ses études de médecine. Puis, avec un groupe de camarades et d’amis, il passa la frontière italienne pour se retrouver en camp à Trieste. Finalement, il s’évada pour arriver en France où l’émigration était organisée.

Esprit curieux et ouvert, il reprit ses études de médecine et s’intégra à la société française, grâce à sa femme Claude, toujours à ses côtés. Il participa à la revue et au groupe affinitaire Noir et Rouge qu’il marqua par son exubérance, sa chaleur et sa recherche sérieuse, objective et appliquée au concret. Nous lui devons l’élan donné à l’étude sur l’autogestion en Yougoslavie, la critique du marxisme et le fait de se revendiquer de Michel Bakounine. Toujours en rapport avec l’émigration bulgare, il ne partageait pas les luttes de personnes et cherchait à mettre en valeur les ressources de chacun. En tant que médecin, il soignait les « chefs » des deux factions Baï Guéorgui (Balkanski) et Baï Ivan (Ivan Ivanov Ratchev) et les appréciait tous deux. Il paya les frais d’enterrement de Baï Ivan et nous avons photocopié ses œuvres pour en remettre un exemplaire à l’Institut d’histoire sociale d’Amsterdam et un autre à la BDIC de Nanterre.

Avec la fin de Noir et Rouge qu’il considéra comme une erreur, Tocho resta en marge du mouvement. Mais il était toujours prêt pour donner un coup de main financier ou médical. Il a fortement aidé le travail de l’infatigable Nikola Tanzerkov avec la revue Iztok tant en bulgare qu’en français, puis seulement en bulgare. Il a également aidé les camarades en Bulgarie. À ses frais, il édita en 1993 un travail de 213 pages sur Khristo Botev, ce poète et révolutionnaire libertaire bulgare, inséparable de la littérature et de l’indépendance de son pays.

Profondément attaché à la vie, à la randonnée, à la musique, à la littérature, Tocho cultivait beaucoup l’amitié et les longues discussions à plusieurs voies, comme son père, un petit bonhomme qui a toujours refusé de monter socialement, se présentant toujours le dernier aux élections obligatoires, et cela pour faire enrager les fonctionnàires du Parti. Il mourut en 67, sans avoir revu son fils.

Tocho ayant diagnostiqué lui-même son cancer au cerveau a décidé de prendre congé de chacun, avec tact et bonne humeur, évoquant le passé sans acrimonie. Et il a eu la chance de s’éteindre calmement.

Frank Mintz


Nikola Tanzerkov avec Tocho




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