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Décès de Concha Liaño, co-fondatrice de Mujeres libres

Le jeudi 5 juin 2014.

La nouvelle ne nous est parvenue qu’avec beaucoup de retard : le 19 avril dernier Concha Liaño s’est éteinte à l’âge de 97 ans. Membre et dernière survivante des fondatrices de Mujeres libres, elle résidait depuis 1948 à Caracas (Venezuela) après avoir transité par Paris et Bordeaux durant son exil. Elle était née en France, à Épinay-sur-Seine, mais avait été élevée à Barcelone, où elle adhéra à l’âge de quinze ans aux Jeunesses libertaires. Elle participa en 1935 à la création dans la capitale catalane du Groupement culturel féminin. Puis contribua avec d’autres (comme son amie Soledad Estorach) à introduire et à développer en Catalogne les idées de la revue madrilène Mujeres libres, avant la création en avril 1936 du mouvement du même nom. On peut écouter son témoignage sur la révolution espagnole dans le DVD/documentaire : Vivre l’utopie. Par ailleurs, le réalisateur Vicente Aranda, dans son film Libertarias, s’est inspiré de son histoire de manière explicite. Dans la première scène où l’on voit les « Femmes libres » venir fermer un bordel, une des actrices qui tient son rôle s’adresse aux prostituées en leur déclarant : « Je m’appelle Concha Lido, j’appartiens à Mujeres libres et nous venons vous proposer un avenir meilleur… »

Lors d’une interview elle évoquait la naissance du mouvement Mujeres libres à Madrid, et à Barcelone où elle résidait avant la révolution espagnole, rappelant les rapports parfois conflictuels qu’il pouvait y avoir avec les compagnons de sexe masculin : « Il est très douloureux de le reconnaître et de le dire, mais nos “libérés” compagnons anarchistes qui luttaient pour l’émancipation du prolétariat, oubliaient dans leurs analyses que la femme espagnole, en tant qu’ouvrière, souffrait comme eux et même plus sous le joug du capitalisme : pour un même travail, elle était payée moins […] Nos compagnons ne voulurent pas nous reconnaître comme branche féminine du mouvement libertaire. Cette attitude nous causa beaucoup d’étonne-ment et de peine. Nous autres Mujeres libres, amenions sur un plateau à notre mouvement, une organisation et ils nous rejetaient […] Il faut quand même reconnaître qu’après de nombreuses demandes et quelques humiliations essuyées par Soledad Estorach les compagnons nous aidèrent beaucoup financièrement. Peu importe que ce fût avec cette attitude paternelle de celui qui supporte les caprices d’une adolescente. À notre demande, ils nous concédèrent les immeubles où fonctionnaient nos comités régionaux et locaux. »

Rappelons le point de vue très clair de Concha et de ses camarades de Mujeres libres à la création de leur groupement : « Nous ne combattons pas les hommes, nous ne prétendons pas remplacer la domination masculine par la domination féminine. Il est nécessaire de travailler et lutter ensemble, sinon nous n’aurons pas de révolution sociale. Mais nous avons besoin de notre propre organisation pour lutter pour nous-mêmes. » Concha Liaño rappelait il y a peu qu’elles étaient bien sûr ces mêmes bases : « Nos aspirations : parité pour ce qui est des devoirs, des responsabilités et des droits, sans prédominance de l’homme dans quelque domaine que ce soit. Que l’on reconnaisse et accepte la volonté de la femme, sa capacité de décision et le droit à décider. Qu’elle puisse suivre des études supérieures et obtenir un emploi. À travail égal, salaire égal. Que celles qui n’ont pas vocation à rester au foyer aient les mêmes facilités que les hommes pour rechercher et obtenir l’opportunité lui permettant d’atteindre sa libération économique… »

Depuis 1936 et Mujeres libres, la cause des femmes a largement progressé (encore heureux !) même si le chemin vers l’émancipation totale est encore long. Toutes ces conquêtes, c’est à des personnalités connues ou anonymes qu’on les doit, telle Concha Liaño. Comme on dit de l’autre côté des Pyrénées : « Que la terre te soit légère ! »

Ramón Pino
Groupe Salvador-Segui de la Fédération anarchiste





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