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Brèves internationales

Le jeudi 6 mai 1993.

ALLEMAGNE

Droit d’asile pour gay repenti — D’après une cour de justice, l’homosexualité n’est pas un motif de demande d’asile en Allemagne : si quelqu’un est persécuté dans son pays pour cette raison, il a à fournir la preuve du caractère irréversible de son homosexualité ! Dans un autre registre, les violences contre les homosexuels auraient augmenté de 20 % ces derniers temps d’après des statistiques officielles.

Agression d’handicapés — Ils sont les dernières cibles des néo-nazis. Le nombre d’attaques à leur encontre s’accroît de manière alarmante : attaques dans la rue ou chez eux, voitures endommagées, lettres et coups de téléphone d’intimidation.
Beaucoup de restaurants et de bars leur refusent également le droit d’entrer.

Un jeune Allemand battu à mort par des néo-nazis dans l’ex-RDA — Le quotidien Libération, daté du mercredi 28 avril, nous apprend qu’un Allemand de 23 ans a été assassiné à coups de battes de base-ball par trente-quatre skinheads à Obhausen (ex-RDA). L’agression s’est déroulée dans la soirée du samedi 24 avril. Six skinheads de 17 à 22 ans ont été placés en détention provisoire et l’un d’eux a été inculpé de meurtre. Une vingtaine d’autres arrestations sont prévues par la police.
C’est une véritable opération commando qui a été lancée par ces skins nazis contre une discothèque connue pour être fréquentée par des anarchistes. Venus à bord d’une dizaine de véhicules, les skins ont saccagé l’établissement et frappé les clients, blessant quatre d’entre eux avant de prendre la fuite. La victime est décédée le lundi suivant. La presse prétend qu’il n’était pas anarchiste et se trouvait là par hasard.
Depuis janvier 993, quatre personnes ont été tuées par des néo-nazis, après dix-sept en 1992.

Discriminations au quotidien —Depuis le 1e février dernier, le directeur d’un supermarché d’Heil-bronn s’arroge le droit d’apposer ses remarques sur les cartes de séjour des réfugiés surpris à voler à l’étalage, indiquant le nom du supermarché suivi de la mention « entrée interdite ». Les tenanciers de discothèques ne sont, quant à eux, pas en reste pour ces pratiques discriminatoires. Ainsi Joan Baez s’est-elle vue interdire l’entrée de plusieurs discothèques de Mannheim le 19 février dernier qui refusait les personnes étrangères. Les autorités de Hambourg avaient fait savoir, quant à elles, le 11 février leur intention de lutter contre ces pratiques courantes qui s’opèrent également dans la Freie Hanse Stadt (la ville libre de Hanse).

Gitans — D’après la cour de justice de Berlin, les Roms ne sont victimes ni de discrimination ni de persécution en Roumanie. Selon ces juges, plutôt aveugles, ils bénéficieraient de la protection de l’État roumain. C’est pourquoi l’Allemagne a pu expulser sans scrupule aucun, le 24 mars dernier, 9 200 ressortissants roumains ou supposés (certains n’avaient pas de papiers) vers la Roumanie, suite à un accord signé le 1er novembre 1992 entre les gouvernements des deux pays pour le retour des
réfugiés. La majorité d’entre eux étaient justement des Roms. N’avoir aucun papier prouvant la nationalité roumaine n’était pas un obstacle à l’expulsion, car l’accord stipule que la Roumanie s’engage à accepter également les personnes dans ce cas. Ce qu’elle fit en les plaçant immédiatement en prison. Les expulsés furent également fichés à leur arrivée pour vérifier s’ils n’étaient ni recherchés ni déserteurs. Ils auraient été maltraités et torturés durant leur garde à vue (particulièrement les Roms). Une famille rom a été expulsée vers son pays d’origine, la Macédoine, malgré le fait qu’un de ses enfants, handicapé, n’ait pu recevoir de soins que depuis son arrivée en Allemagne. Ceux-ci sont en effet payants en Macédoine et qui plus est souvent refusés aux Roms.

NÉPAL

Des ouvriers de l’usine Nepal Battery Company de Katmandou, filiale de l’Union Carbide, sont en grève depuis le 21 janvier 1993. Les 76 grévistes, membres du Independent Workers Union, affiliée à la Fédération générale népalaise des syndicats (GEFONT) font appel à la solidarité internationale. Les ouvriers de cette usine sont des habitués de la lutte. Depuis l’ouverture de l’usine, en 1984, il y a eu une dizaine de conflits d’envergure (grèves ou lock-out) et 8 % des ouvriers ont été licenciés pour leur engagement dans le syndicat. Ils luttent actuellement contre les conditions de sécurité et de santé déplorables, les violations des conventions collectives, les menaces contre les grévistes et leurs familles, les collusions du gouvernement avec l’employeur et pour des améliorations de salaire. La Nepal Battery emploie une multitude de produits chimiques pour la fabrication des batteries, ce qui cause chez de nombreux ouvriers des affections des muqueuses. La réponse de la direction de l’usine et du gouvernement a été de déclarer la grève illégale, de faire des visites d’intimidation aux grévistes chez eux et de menacer de licenciement deux des grévistes qui auraient, selon eux, agressé des briseurs de grèves et un contremaître. Vous pouvez écrire pour protester et soutenir les grévistes à :
— T.K. Sudharsan, General Manager Nepal Battery Company Ltd. Balaju Industrial District, Ring Raod Post Box 3194 Katmandou, Nepal.
— Mail Room M/S Union Carbide Ltd. B.P.D.O. 2, Rainy Park Calcutta - 700019, India.
— Director General HMG, Departement of Labour PutaliSadak Katmandou, Nepal.
Envoyez des copies à :
— General Federation of Nepalese Trade Unions (GEFONT) P.O. Box 160 District Post Office Palan Gate Lalitpur, Nepal.
— Workers Solidarity Alliance (New York Local) 339 Lafayette Street, Room 202 New York, N.Y. 10012 USA.

NIGERIA

Les quatre militants socialistes libertaires et syndicalistes de l’Awareness League emprisonnés arbitrairement ont remporté le 29 janvier dernier une victoire partielle puisqu’ils ont été mis en liberté conditionnelle avec obligation de se rendre une fois par semaine auprès des forces de police.
Ils avaient été arrêtés en juin 1992, durant des manifestations ouvrières et estudiantines contre le FMI, la Banque mondiale et leur plan d’austérité ainsi que contre les atteintes aux droits d’expression et d’association au Nigeria.
Le gouvernement les a donc détenus durant sept mois grâce au « décret de détention de sécurité des personnes » ou « décret n° 2 » qui lui permet de garder en prison indéfiniment des personnes sans leur laisser aucun recours devant la loi.
Cette victoire et cette première mise en défaut du « décret n° 2 » ont pu avoir lieu grâce à une campagne internationale relayée dans de nombreux pays (Inde, Norvège, Estonie, Allemagne, Angleterre, Italie, Canada, USA, Pologne, Afrique du Sud, Brésil, Corée du Sud, Turquie, Bulgarie, Espagne, Russie, Pays-Bas, France, Suisse, Irlande, particulièrement par le canal de la Worker Solidarity Alliance américaine et la CNT espagnole, deux sections de l’Association internationale des travailleurs (AIT).
Cette campagne n’est pas close. Sans parler de la situation des quatre membres de l’Awareness League qui n’est pas définitivement réglée, il reste toujours des prisonniers politiques au Nigeria. C’est pourquoi une assistance, tant morale que financière, est toujours aussi importante pour l’Awareness League. Vous pouvez envoyer des dons à la FA qui transmettra. Chèques à l’ordre de Publico avec la mention « soutien à l’Awareness League » au dos.

TCHAD

Le gouvernement d’Idriss Déby, qui avait succédé à celui d’Issène Habré en s’engageant à mettre un terme aux violences et violations des droits de l’homme, n’a évidemment pas tenu ses promesses, au contraire. Après deux ans, le bilan est plutôt accablant : 500 personnes ont été victimes d’exécutions sommaires de la part des forces de sécurité ; il a été recensé des dizaines de « disparus » ; la torture est une pratique courante ; un millier de personnes détenues arbitrairement pendant de courtes périodes ont été enregistrées et pourtant aucun procès de prisonnier politique n’a eu lieu…
Amnesty International déclare, dans un rapport publié le 21 avril dernier, que toute opposition au gouvernement, réelle ou supposée, est brutalement réprimée. Cette politique s’est traduite par des massacres de civils, notamment au mois d’août 1992, en représailles à une attaque lancée contre la garnison de Doba, plus d’une centaine de civils ont été massacrés par l’armée.
L’organisation de défense des droits de l’homme rappelle, dans son rapport, que la France et les États-Unis financent et équipent depuis de nombreuses années les forces armées tchadiennes et les gouvernements successifs, alors que les violations graves de droits fondamentaux n’ont jamais cessé.

Bertrand Dekoninck (gr. Louise-Michel - Paris)

D’après infos de A-Infos Allemagne n° 26/27, de Workers Solidarity Alliance, de l’Awareness League et d’Amesty International





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