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Allemagne

Six antifascistes en procès à Berlin

la menace de la perpétuité
Le jeudi 15 septembre 1994.

Le 20 septembre 1994, débutera à Berlin l’un des plus importants procès depuis 1945. Il concerne six militants antifascistes. Tous ont la particularité d’être turcs ou kurdes. On les accuse du meurtre d’un dirigeant néo-nazi ainsi que de six tentatives d’assassinat. Une journée internationale de solidarité doit avoir lieu le lundi 19 septembre. En France, elle se fera à l’appel du collectif Solidarité Résistance Antifasciste (SRA).



Quand, un jour d’avril 1992, un groupe de cadres fascistes de mouvements proches des Republikaners, dont la Deutsche Liga/Die Nationalen, se réunissent dans un restaurant chinois du quartier de Neuktilln à Berlin, les habitants du quartier, à forte population immigrée, le ressentent comme une véritable provocation. C’est spontanément que ceux-ci vont décider de tout faire pour empêcher ladite réunion. Le meeting est alors attaqué par un groupe d’individus masqués. Durant l’affrontement, le secrétaire de la Deutsche Liga, Gerhard Kaindl, et Thorsten Thaler, de l’Institut d’éducation Hoffman-von-Fallersleben, sont blessés ; le premier le sera mortellement.

Aujourd’hui, Fatma, Abidin, Mehmed, Segho, Erkam et Bazdin se retrouvent accusés d’être les auteurs de ces actes. On a pourtant toutes les raisons de les croire quand ils clament leur innocence, car la manière dont fut menée l’enquête donne une idée de la signification qu’entend donner l’État allemand à ce procès qui se veut décisif pour les antifascistes radicaux.

Immédiatement après l’affrontement, les médias et la police parlèrent d’agresseurs issus de la communauté turque ou arabe, alors que ceux-ci étaient masqués. Ce fut le début d’une période de répression intense, menée en particulier contre l’organisation turco-kurde Anti-fasist Genglik (Jeunes antifascistes).

Lors de l’enquête, il est nettement apparut que certains policiers fournissaient d’amples informations aux nazis, dont une liste d’hypothétiques coupables, livrée en octobre 1992. Le résultat est qu’aujourd’hui six personnes passent en procès sur la base de témoignages douteux.

Par ailleurs, pour pouvoir inculper les supposés agresseurs, la commission policière spécialement mise en place ne recula devant aucune méthode : 15 jours de détention sans possibilité de voir un avocat, ce qui équivaut à une mise au secret ; menaces ; pressions… Il s’agissait ainsi de criminaliser les antifascistes radicaux et de montrer du doigt les immigrés.

Le procès débute le 20, et sera paré d’un impressionnant dispositif de sécurité, tant l’affaire est d’importance, d’autant que les inculpés risquent gros : la perpétuité (20 ans incompressibles) et ensuite leur expulsion en direction de la Turquie. Les chefs d’inculpation retenus par l’accusation est le « meurtre collectif prémédité et la tentative de meurtre ».

Depuis 1990, au moins 75 personnes ont été assassinées par des militants nazis. Or, en dépit de la vague montante d’attentats fascistes, l’État allemand parle toujours plus volontiers des « crimes organisés par des étrangers », et réfugiés, immigrés, milieux libertaires et d’extrême gauche d’incarner l’« ennemi intérieur ». À l’inverse, les magistrats minimisent les actes des assassins fascistes de Môlln ou de Solingen, ces « jeunes désorientés ». ces « victimes de la réunification […] sous l’emprise de l’alcool au moment de leurs actes ». D’autres osent mettre en doute le génocide orchestré par les nazis, il y a 50 ans.

Ainsi, la liste des convergences entre les nazis et certains membres de la police et de l’État, ne cessent de s’allonger. Par exemple, Hans-Christof Bonferts, porte-parole du sénateur de l’Intérieur berlinois Dieter Heckelmann, a participé à une réunion rassemblant des Republikaners et des membres de la Deutsche Liga. Bonferts, le scandale découvert, a dû démissionner, tandis que son patron, le sénateur Heckelmann, devait quitter la commission spéciale chargée d’enquêter sur la mort de Kaindl.

Le message du procès à venir est donc clair pour les réfugiés, les immigrés et les antifascistes : tenez-vous à carreau ! Le procès a d’autant plus d’importance qu’il débute juste avec des élections, à l’heure où les chrétiens-démocrates et les libéraux adoptent des slogans de campagne comme « Droit et Ordre ».

Dans ce climat, il s’est créé un collectif de soutien aux inculpés. Ce collectif allemand souhaite faire de la journée du 19 septembre une journée d’action internationale de solidarité avec les inculpés. Son action est relayée en France par Solidarité Résistance Antifasciste, un collectif qui regroupe le syndicat CNT, l’Organisation communiste liber-taire, l’association Ras l’Front et le SCALP-REFLEX. Ce jour-là, vous êtes tous invités à protester auprès des institutions allemandes de votre ville (ambassade, consulat, institut, centre culturel…) ; à ce sujet, le groupe Humeurs Noires de la Fédération anarchiste appelle à un rassemblement, à 18 h 30, devant le consulat d’Allemagne, situé 22, place du Maréchal-Leclerc, à Lille. Il vous est demandé, par ailleurs, d’envoyer des fax de solidarité, le 20 septembre, au : 49-30-397.920.10 ou encore d’écrire des lettres de protestation à l’adresse du procureur Nielsen : Staatsanwaltschaft Berlin, z. Hd. StA. Nielsen. Az 1 Kap. Js 679/92, Turmstrasse 91, 10548 Berlin. Et également de protester auprès du sénateur de l’Intérieur de Berlin : Dr. Lore Maria Peschel Gutzeit, Salzburger Strasse 21-25, 10825 Berlin. Fax : 49-30-783.39.36.

Ce procès va durer deux mois au minimum. Il entraîne évidemment des frais d’avocat. SRA édite des bons de soutien d’une valeur de 50 francs, à diffuser autour de vous. Écrivez à SRA, 21 ter, rue Voltaire, 75011 Paris. Et surtout, agissez !

Bertrand Dekoninck





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