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Georges Vincey est mort

mars 1960.

Brutale, la nouvelle nous frappe ! Vincey notre camarade ! Geroges Vincey vient d’être emporté après un court séjour à l’hôpital. Sa mort sera durement ressentie par le mouvement libertaire où il comptait des amités innombrables, par notre Fédération anarchiste et par l’équipe du journal qui à travers les bourrasques essaie de construire un cadre valable pour nos aspirations et à laquelle il appartenait depuis la Libération.

Jeune ouvrier serrurier, Georges Vincey avait, à la fin de la première guerre mondiale, milité aux jeunesses syndicalistes. C’est par le canal des idées individualistes qu’il était venu au mouvement libertaire. Son intelligence robuste et saine s’orienta rapidement vers les problèmes économiques et, ainsi qu’il se plaisait souvent à le répéter, il fut un individualiste partisan de l’organisation basée sur la responsabilité de l’individu libre dans le cadre déterminé par des accords collectifs, d’organiser en dehors de toutes contraintes le travail qu’il avait accepté. Et par ce côté son indivualisme qui n’hésitait pas à se réclamer d’Armand rejoignit souvent Proudhon.

Lié avec les militants qui avant la guerre animaient Terre libre, il appartenait alors à la FAF. Pendant la guerre, il fut du petit noyau qui dès 1943, en pleine occupation se réunissait à la Bourse du travail dans le local du syndicat des fleuristes [d’Henri Bouyé] et qui jeta les bases de ce qui fut par la suite notre Fédération anarchiste. Dès lors, il devait consacrer toute son activité à l’administration du mouvement et de son journal Le Libertaire. Chacun de nous se souvient des qualités qu’il déploya dans ces tâches obscures et essentielles qui servent de charpente à l’organisation ouvrière.

En 1953, exclu du groupe de l’Est dont il était l’un des fondateurs par quelques jeunes crétins qui pour la plupart ont disparu de l’horizon révolutionnaire et dont quelques autres se consolent mal de ne pouvoir renouveler leurs exploits, Georges Vincey rejoignit le goupe Louise-Michel. Il devait alors consacrer toutes les ressources de son intelligence pratique à la reconstruction de notre Fédération anarchiste, à la création et au lancement de notre journal Le Monde libertaire dont il fut l’administrateur vigilant et averti, présidant enfin à son installation dans son nouveau local de la rue Ternaux.

C’est là le dernier service qu’il devait rendre au mouvement qui avait été sa raison de vivre et auquel il consacra tous les instants qui lui laissait la petite entreprise qu’il avait montée.

Mais Geroges Vincey ne fut pas seulement un militant solide, il fut également un copain ! Notre copain ! Depuis quinze ens dans ce mouvement qui était en partie de son œuvre, dans ce journal qui était le sien, nous avions mis en commun nos espoirs, nos joies, nos colères, nos déceptions ! L’équipe, qui au lendemain de la Libération rêvait de projeter sur les hommes ces vérités magnifiques qui embrassaient nos cœurs, s’est effritée au hasard du chemin difficile, mais ceux qui restent comme ceux qui se sont ajoutés à eux, ont senti à chaque épreuve resserrer les liens qui les unissaient par-dessus les oppositions des pensées ou des tempéraments. Et dans cette équipe la place qu’occupait Vincey était immense, comme la peine que nous ressentons de ne plus le sentir à nos côtés.

Ce ne sont pas seulement les membres de notre Fédération anarchiste ou l’équipe du journal, mais tous les libertaires, tous les esprits libres, tous ceux qui l’ont connu et aimé comme nous l’avons connu et aimé qui voient partir avec lui un peu de leur jeunesse, un peu de leur chaleur.

Le Monde libertaire


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