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articles du ML1196

du 9 au 15 mars 2000
Le jeudi 9 mars 2000.

https://web.archive.org/web/20040506180820/http://www.federation-anarchiste.org/ml/numeros/1196/index.html

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Non à la peine de mort

Liberté pour Mumia Abu Jamal !

Mumia Abu Jamal, américain noir, journaliste de presse et de radio, ancien militant du groupe politique Black Panthers, toujours militant de la cause noire aux États-Unis, est toujours face à un mandat d’exécution de la peine de mort à laquelle il fut condamné en 1982 ! Si Mumia n’est sans doute pas le plus vieux prisonnier politique au monde, il est sans aucun doute devenu le plus connu des condamnés à mort de la terre. Parce que son cas révolte, parce que les flics du FBI qui l’ont fait condamner ont reconnu par la suite avoir fabriqué les preuves, parce qu’un témoin à charge s’est dit prêt à revenir sur ses déclarations que la police lui avait extorquées sous la menace, il faut que Mumia Abu Jamal soit libéré.

Si tu dois passer en justice, il vaut mieux ne pas être noir et militant
Incontestablement, les faits se rapportant à cette parodie de justice devraient suffire à tous les individus de bon sens et à n’importe quel juge pour libérer Mumia. Pourtant la « justice » américaine s’acharne et tient absolument à le voir mort ! Pourquoi ? Vraisemblablement, le passé de militant de la cause noire pèse plus lourd dans la condamnation de Mumia que n’importe quelle autre raison. Souvenons-nous : les années 60 et 70, la lutte des noirs contre une société américaine raciste et terriblement inégalitaire, les succès comme l’obtention des droits civiques pour tous. Mais rappelons-nous aussi que le FBI, police d’État, s’était alors engagée dans une véritable guerre contre les noirs : drogue, corruption et assassinats comme ceux de Martin Luther King ou Malcom X. À l’époque Mumia lui aussi est un Black Panther et si plus tard il changera de forme de lutte, jamais il ne se taira, en prison encore il continue d’écrire, protester et prend position contre toutes les injustices. Les riches, l’État et leur police ne peuvent l’oublier : pour eux, pour leurs privilèges il faut que Mumia Abu Jamal meure.

Cette affaire qui retient l’attention par le côté particulièrement grossier de l’injustice commise, et l’horreur que nous inspire cet assassinat de sang froid qu’on appelle la peine de mort, cette affaire n’est pas un cas isolé ! Il suffit de constater le nombre de prisonniers d’opinion qu’il y a dans le monde, de voir comment sont traités les dissidents en Chine par exemple, ou, plus près de nous, comment ont été traités les sans-papiers ou ceux qui leur sont solidaires comme Michel Beurier, secrétaire de l’UD CGT du Puy de Dôme et, encore plus récemment, de rappeler l’affaire José Bové, emprisonné et jugé pour son action syndicale. Partout dans le monde, les bourgeoisies des États riches se livrent une guerre sans merci qui détériore les conditions de vie de tous et en premier des plus pauvres qui ne manquent de se révolter contre cette situation.

Le capitalisme et l’État fabriquent des pauvres

Les richesses produites sur le globe s’accroissent sans cesse au profit de quelques-uns et au détriment des conditions de vie de la plus grande masse. Ce phénomène entraîne des réactions chez les personnes, toujours plus nombreuses, sacrifiées sur l’autel du capitalisme : réactions de ceux et celles qui ont intégré les normes du système, comme la consommation, mais qui en sont exclus, réactions de désespoir de ceux que la misère sociale a complètement déstructuré, réactions de survie qu’on peut résumer à « voler pour bouffer », réactions enfin de ceux et celles qui décident de lutter contre ces inégalités. Oui, l’injustice et la misère produisent des suicides, de la délinquance, des comportements violents et irrationnels mais aussi de la révolte. Autant de réactions, pourtant générées par les tenants du pouvoir économique et politique, qui peuvent nuire à la bonne marche de leurs affaires !

L’État les enferme et organise leur répression

Ainsi les États, en bons gestionnaires des inégalités, durcissent les politiques sécuritaires et répressives : toujours plus de fichiers, de flics, de prisons… On peut donc comprendre la prison comme un outil au service des puissants servant à broyer tous ceux et celles qui peuvent perturber le système, parce qu’ils n’y ont pas leur place et/ou le remettent en cause. Les chiffres sont d’ailleurs éloquents : en France, par exemple, 90 % des détenus appartiennent aux classes économiquement les plus basses : plus t’es pauvre plus t’as de chance d’aller en taule et quand tu y as mis les pieds, t’es bien parti pour y retourner et tes enfants pour t’y rejoindre un jour… Si tu fais partie d’une minorité raciale, t’es bien souvent un pauvre. Pendant ce temps quelques-uns prospèrent et l’État continue à fabriquer des prisons pour « protéger la société ».

Non à la peine de mort, liberté pour Mumia

Ainsi parce qu’elle est le maillon ultime de cette politique carcérale et que le nombre de pauvres augmente, la peine de mort se redéveloppe dans de nombreux États au monde et en particulier aux États-Unis. Parce qu’elle est le fruit d’une politique inique et qu’elle représente la barbarie légalisée, il faut lutter contre la peine de mort. Mumia Abu Jamal, un noir, opposant politique est pris dans cette logique. Lutter contre son exécution, pour sa libération, c’est lutter contre le système qui produit des pauvres, les enferme ou les tue tout en bâillonnant et garrottant ses opposants ! Seul un sursaut populaire massif pourra faire reculer les tenants du pouvoir et du crime légalisé.

Groupes de Montpellier de la Fédération anarchiste


Les étudiants de Saint-Denis en lutte

Sans-papiers… mais pas sans idées

L’étudiant qui entre à la fac de Saint-Denis (Paris 8) est tout de suite intrigué par des banderoles et de grandes affiches (quand elles n’ont pas été arrachées par certains membres du personnel « bien intentionnés »). Tiens, encore des sans-papiers qui font parler d’eux ! L’étudiant un peu curieux se rendra alors à l’amphi X, au centre de l’université. Là, dans cet amphi qui n’est plus un lieu d’enseignement, mais un lieu de lutte, un militant lui expliquera comment est né le mouvement du CLESP (Comité de lutte des étudiants sans-papiers). En novembre 1999, des étudiants étrangers demandent leur régularisation. Ils tentent d’abord de négocier avec l’administration qui refuse leurs revendications. Ce qu’ils veulent ? La régularisation collective de tous les étudiants étrangers de l’université (ils ont fait une liste ­ ouverte ­ de 167 sans-papiers). Et puis ? Que la carte d’étudiant donne droit automatiquement à la carte de séjour. Alors ils décident de se battre : « Oser lutter, oser vaincre », tel est leur slogan. Depuis le 20 janvier, ils occupent l’amphithéâtre : ils sont une vingtaine à y dormir chaque soir, des AG s’y tiennent régulièrement, on y fait la fête aussi. Inlassablement, ils expliquent aux étudiants et aux visiteurs comment ils en sont arrivés là.

L’université de Saint-Denis — anciennement Vincennes (vous savez, cette fac fondée par des utopistes de 68…) avait réussi à instaurer un régime différent de celui des autres établissements.

La tolérance ? Ou le niveau zéro de la politique

Contrairement à ce qu’exigeait la circulaire Pasqua (du 7 juillet 1994) ­ qui voulait transformer les personnels de l’université en flics ­ on ne demandait pas aux étudiants qui voulaient s’inscrire à Paris 8 leur visa d’étude ou leur titre de séjour. Bien, direz-vous, et c’est tout à l’honneur du président de l’université, M. Fabre… Oui, mais… il aurait fallu aller jusqu’au bout ! Il aurait fallu penser aux étudiants, surtout ! Que devient l’étudiant étranger, une fois que son titre de séjour a expiré ? Le président de l’université s’en lave les mains, pour ainsi dire. Or voici l’étudiant soudain devenu sans-papiers. Il ne lui reste que sa carte d’étudiant. Et s’il a l’outrecuidance de se plaindre, de réclamer, d’exiger… il s’aperçoit qu’on se détourne de lui. On ne veut plus le voir ni l’entendre. Le voici donc, comme des milliers de sans-papiers présents sur le territoire français, sommé de se taire et de raser les murs. Étudiant de seconde zone (sans couverture sociale, ni droit au logement universitaire, sans accès à une aide sociale), il n’est plus en sécurité que dans l’enceinte de l’université. Qu’il se hasarde au-dehors, il est à la merci d’un contrôle de police. La fac lui a ouvert ses portes et n’a pas voulu le garder : le centre de rétention sera toujours prêt à l’accueillir.

Certes, Paris 8 n’est pas une fac comme une autre… dit-on. Elle avait là une bonne occasion de le prouver. Mais pour l’instant, on ne voit dans cette tolérance à l’égard des étudiants sans-papiers qu’une manœuvre qui a suscité beaucoup d’espoirs… et donné des résultats. La fac a obtenu la régularisation de quelques 60 sans-papiers (sur des dossiers examinés au cas par cas)… en quatre ans. Cela lui aura permis de maintenir à bon compte sa réputation de « fac de gauche ». Mais cela s’appelle faire la charité — pas de la politique.

La politique par soi-même

Alors les étudiants sans-papiers, réunis au sein du CLESP, luttent, seuls. Bien décidés à ne pas se laisser récupérer, ils refusent d’emblée l’aide de tous les partis et syndicats. Indépendants ils sont, indépendants ils veulent rester. « Compter sur ses propres forces », disent-ils dans un de leurs tracts. Évidemment, avec de telles méthodes, ils se sont mis à dos bon nombre de militants affiliés à des partis, qui voient d’un mauvais œil ces « sauvageons » (titre qu’ils revendiquent avec fierté). Quoi ! Des jeunes pas même diplômés, n’appartenant à aucun groupe reconnu, qui prétendent faire de la politique en se passant des experts en diplomatie ? ! « Nous qui saurions si bien les conseiller, les aider, les encadrer, les diriger, les… » pensent-ils, ces spécialistes du militantisme institutionnalisé, dépités.

Du coup, on ne les écoute plus, les sans-papiers rebelles à tout embrigadement. On caricature leurs discours. On dénonce des violences imaginaires, on invente des actes de vandalisme. On critique leur refus de « dialoguer »… c’est-à-dire : de se soumettre à un discours tout préparé, écrit à l’avance pour eux. Une campagne de désinformation a accompagné la naissance de leur mouvement et s’est accentuée ces derniers jours. Cette stratégie de dénigrement vise à les écarter de la place publique, à occulter ce qu’ils ont à dire. Parce qu’ils refusent d’emprunter les voies légales, les chemins balisés qui leur sont réservés, on cherche à étouffer leurs voix.

Mais ils tiennent bon. Ils ont tenu depuis janvier, ils ont tenu pendant les périodes d’examen et de vacances. Jeudi 2 mars, ils appellent à un mouvement de grève générale (« fac morte ») et espèrent une grande mobilisation de tous ceux qui étudient ou travaillent à Saint-Denis. Ils ont déjà le soutien d’un grand nombre d’étudiants, de professeurs (en particulier le département d’Anthropologie), de membres du personnel administratif. Soyons à leurs côtés, en espérant que leur détermination et leur méfiance vis-à-vis de toutes les autorités politiques seront un encouragement pour tous les sans-papiers — et pour tous ceux qui sont engagés dans les luttes sociales.

Caroline. — Claaaaaash


Discol/Prodirest

La justice à la botte du patron

Selon un syndicaliste chevronné, les arrêts de la cour de cassation (qui font jurisprudence), sont globalement devenus défavorables aux salariés depuis le début des années 80. Un nouvel exemple, qui va dans le sens d’une limitation du droit de grève, a été rendu le 11 janvier dernier : lors d’une grève de ses chauffeurs, un patron d’une boite de collecte de lait les a fait remplacer par les producteurs de lait, qui ont travaillé pour lui bénévolement.

Saisi par l’employeur qui avait été débouté en référé au motif de « travail dissimulé », la cour de cassation s’est appuyée sur une interprétation restrictive du droit de grève (qui interdit le remplacement des grévistes par des intérims ou des CDD), en estimant que l’employeur était libre de riposter à la grève (par l’emploi de CDI ou de bénévoles) dès lors qu’il ne portait pas atteinte à son exercice par les salariés.

C’est en s’appuyant de manière implicite sur cet arrêt, le 16 février, que la cour d’appel de Lyon, saisie par la direction de Discol/Prodirest suite au jugement en référé en tous points favorables aux grévistes (voir ML n° 1186), a requalifié l’attitude des 27 grévistes en « entrave au droit du travail » et a donc permis leur licenciement pour faute lourde (ni indemnités, ni congés payés), tout en confirmant les autres aspects du précédent jugement. La cour d’appel ayant suivi à 100 % l’avocat de la direction, au mépris des procès-verbaux de l’inspecteur du travail qui établissaient l’emploi d’intérimaires pour remplacer les grévistes et le recours à une entreprise de sécurité, le Syndicat commerce et services du Rhône (CFDT) va se pourvoir en cassation pour faire casser ce jugement inique.

La direction ne s’est pas gênée pour sabrer le champagne au nez des cinq grévistes (représentants du personnel) qui ne peuvent être licenciés sans une procédure particulière. Pour les 22 autres, l’horizon s’est finalement vite dégagé puisque la plupart auraient retrouvé du boulot en CDI.

Martial. — groupe Kronstadt (Lyon)


Fait d’hiver

On aimerait y croire !

Il se prénomme Augusto. Il ne fuyait pas son pays Tout le monde s’accorde à dire que, directement ou indirectement, il avait les mains tachées de sang. Il vient d’être expulsé d’Angleterre. Et, c’est peu dire que nous en sommes navrés.

Oh, bien sur, ici, là ou ailleurs, les premiers violons comme les petites mains de la défense des droits de l’homme qui se sont battus becs et ongles pour que cet enfoiré soit jugé pour ce qu’il a fait, sont aussi dépités que nous. Mais, nous expliquent-ils, Rome ne s’est pas faite en un jour, et la bagarre qui a été menée par rapport à Pinochet a ouvert une brèche qu’il va désormais être possible d’élargir jusqu’à ce que… !

On aimerait y croire !

Il s’appelle Igor. Il a fuit son pays des la première guerre en Tchétchénie. Comme il était objecteur de conscience, il ne voulait pas la raire. Depuis plus d’un an, maintenant, il est réfugié à La Rochelle (Charente-Maritime) avec sa femme et sa fille. Tout le monde s’accorde à dire qu’il n’a pas de sang sur les mains. Et pourtant, l’asile politique vient de lui être refusé (merci la gauche plurielle au pouvoir) et il est sur le point d’être expulsé, ce qui, vu qu’en Russie le service militaire est obligatoire, l’envoie droit dans le mur de cinq ans de taule.

Oh bien sur, Igor n’a pas la dimension médiatique d’Augusto et, c’est bien connu, on ne peut pas tout faire ni être partout !

Reste qu’Igor a encore une petite chance d’obtenir l’asile territorial pour peu que les premiers violons (les petites mains, comme d’hab, sont déjà à l’œuvre) de la défense des droits de l’homme et leurs relais médiatiques lui consacrent le millième de l’énergie qu’ils ont consacrés à Augusto !

On aimerait y croire !

Jean-Marc Raynaud


Marée noire : Duplicité ou incompétence ?

Jospin ose le dire : « Votre mobilisation sur le terrain a permis d’enregistrer un changement dans l’attitude de Total ». On se demande quel changement…De toute manière la mobilisation sur le terrain ne modifie guère les habitudes de nos « responsables politiques »

Depuis Voynet rencontrée (à sa demande) à la préfecture de Vannes lundi 21 jusqu’au gouvernement pas plus tard que ce lundi 28 février à Nantes, tous, dans leurs propos, font une démonstration lamentable de navigation à vue. La seule question étant : Est-ce de la mauvaise volonté ou de l’amateurisme ?

Bien sûr, les moyens débloqués par le gouvernement et certaines des mesures arrêtées à Nantes ce 28 février démontrent que l’action des citoyens peut être entendue. Par exemple, l’annonce d’achat de deux nouveaux remorqueurs ainsi que l’analyse prévue des "déficiences", le mot est gentil, du plan POLMAR répondent à nos exigences… Mais, on est encore bien loin de l’attente des collectifs et ce ne sont encore, à l’heure actuelle, que des promesses de mesures générales et lointaines.

Le plus incroyable, c’est le mélange des genres entre calamité naturelle (la tempête) et catastrophe industrielle programmée (la marée noire). Ainsi, dans les déclarations du gouvernement, rien dans l’attribution des fonds n’apparaît clairement. La confusion des genres ne peut que profiter aux "responsables-coupables" de Total-Fina. Or, cette marée noire n’est pas une intempérie, ni une fatalité. C’est une catastrophe due à la recherche systématique du moindre profit, quels qu’en soient les risques. Total-Fina est bien responsable de la catastrophe. Total-Fina doit reconnaître sa responsabilité et payer la totalité des dommages et réparations.

De l’impuissance d’un gouvernement…

Mais le gouvernement ne propose pas d’inscrire dans la législation la responsabilité illimitée des donneurs d’ordre. Il reste évasif et inconséquent. Il se défend de pouvoir attaquer Total-Fina, déclarant qu’il n’en a pas les moyens juridiques. Pourtant, si l’on en croit les légendes les plus répandues sur la démocratie représentative, il est évident que l’État peut être tout puissant s’il le veut. Quand il n’utilise pas la force que lui octroie la volonté collective « issue des urnes », c’est bien qu’il n’est pas au service de cette volonté mais au service du système économique, ou, pour le moins, muselé par le pouvoir du monde des affaires. Les utopistes-réformistes dans nos collectifs pensent qu’il est du devoir de l’État de poursuivre les responsables dans la perspective d’indemnisation. Nous, libertaires, savons bien qu’il n’en est rien et que le seul devoir que se donne l’État est de se perpétuer ; et que ce qui sera donné par l’État ou Total ne le sera que par la pression de la rue et par l’action directe.

La logique voudrait qu’il incombe aussi à l’État, dans l’immédiat, d’assurer la protection et le soutien des populations concernées et en premier lieu des professionnels directement touchés. Là encore, dérobade et renvois des attentes diverses vers le FIPOL. Or, chacun sait que ce fond n’indemnisera que lentement, sur dossier et seulement les pertes subies. À aucun moment, le chômage qui résultera dans les mois à venir de cette catastrophe et la perte de la manne des activités touristiques attendue par beaucoup de saisonniers ne seront pris en charge par ce fond d’indemnisation. Et, surprise et incrédulité, à la question posée par les collectifs au gouvernement à propos de ce problème, on s’entend dire que « c’est une bonne question et le gouvernement va y réfléchir… ». Le temps qu’il faut pour que les professionnels crèvent, les plus petits en tête. Une région tombe à genoux et l’État regarde en disant « on en fait déjà un maximum, faut pas demander la lune ! »

Le vert, couleur du désespoir …

En ce qui concerne l’environnement on ne peut être guère plus optimiste. Recevant, en ordre dispersé, les élus, les collectifs, puis les associations écolologistes, la ministre de l’environnement dit, en substance : « le gouvernement ne peut pas grand-chose… C’est l’Europe qui est responsable » ou encore, à l’intention des ostréiculteurs : « Mon ministère est faible, je ne peux rien, allez voir Glavany, après tout c’est votre ministre de tutelle ». Comme si une « verte » pouvait ignorer que le destin économique de ces travailleurs est lié intimement à l’équilibre de l’écosystème ! Elle payera probablement très cher ces valses-hésitations aux prochaines élections, malgré les tentatives de son parti pour récupérer ses troupes. En effet, les militants verts quittent sur la pointe des pieds les collectifs après avoir été mis au pas par leur hiérarchie.

Les associations de défense de l’environnement, mal à l’aise et déchirées par leurs liens avec les écologistes politiques, retournent à la recherche des miettes qui leur permettent d’imaginer qu’elles peuvent reconstruire l’écosystème. Et pendant ce temps-là les côtes rocheuses sont nettoyées au Karcher, les plages raclées aux bulldozers et les vasières dissimulent dans leurs tréfonds leur lot de fioul .

Entre récupération politique larvée, attentisme et usure du temps, la vie des collectifs tient à un cheveu. L’État et Total-Fina regardent, patients, l’essoufflement de l’énergie collective. Cette crainte est partagée par les militants les plus tenaces (extrême gauche, libertaires etc.). Il nous appartient de persévérer au sein de ceux-ci, tout d’abord pour continuer un combat long et complexe, mais aussi pour sortir l’anarchisme de l’ornière idéologique pour la confronter à la mise en pratique. Les collectifs sont des lieux de notre société où les anarchistes peuvent exprimer et appliquer leurs modes de fonctionnements. Comme dans les syndicats. Mais aussi les quitter quand leur voix est couverte par la bureaucratie et la politicaillerie.

Bruno. — groupe libertaire René Lochu (Vannes)


Pas de service public au rabais

Autogérons l’école !

L’école a réussi à se faire entendre, malgré les provocations du ministre, malgré l’importance de l’enjeu qui plus d’une fois avait fait baisser les bras à tous ceux que l’énormité des injustices de notre société révolte. Parents et enseignants auront réussi à faire taire, au moins momentanément, leurs détracteurs qui trouvent que les enseignants ne foutent rien ou qui estiment que les problèmes de la jeunesse sont la faute de parents démissionnaires. Enfin le vrai débat est venu sur le devant de la scène : l’école est au service de tous, pour tous les enfants. La société dont nous ­ salariés et usagers ­ sommes l’écrasante majorité veut que les moyens, ces richesses que nous produisons par notre travail, suivent. Nous voulons aujourd’hui tous les moyens nécessaire à l’éducation de nos enfants, nous voulons tout ce qu’on a perdu en qualité ces dernières années, mais plus encore, tout ce qui aujourd’hui pour nos politiciens est superflu : un service public maximum accessible à tous !

Ce qui nous pend au nez c’est le service « universel »

Ne nous y trompons pas le pouvoir aujourd’hui n’a pas l’intention de fermer l’école, de la privatiser ou autres. Par contre, comme pour tous les services publics, l’heure est à la rationalisation, à la rentabilisation c’est à dire à la vente ou du moins à la mise sur le marché des branches les plus rentables des transports, de la santé, de la poste… et donc de l’éducation. Mais comme ça ne suffit pas, l’État conservant la part des services publics qui n’intéressent pas les « investisseurs » s’emploie à réduire les coûts dans tous les domaines. D’abord parce qu’il est ruiné, ensuite parce que la part des prélèvements sur les bénéfices des capitalistes, qui se réinvestissaient jusqu’à présents en partie dans la satisfaction des besoins sociaux va en s’amenuisant.

C’est la nouvelle donne politique : les repères « droite et gauche » ne servent plus à rien pour l’expliquer, tous les dirigeants s’emploient à brader le service public, payé par nos efforts à tous, à des investisseurs capitalistes qui ont découvert que la « partie la plus rentable » de ces services pouvait leur rapporter de juteux bénéfices. Pour nous il ne restera qu’un « service universel » c’est à dire un peu mieux que rien, payé par nos impôts, alors que nous n’avons jamais été dans une société aussi riche.

La globalisation des luttes, c’est l’enjeu d’aujourd’hui

Personne n’a de solution toute faite, de proposition de société clés en main, mais il devient de plus en plus clair au plus grand nombre que cette orientation de société, qui nous est imposée, est inacceptable. Nous devons tous quel que soit notre activité : salariés, chômeurs, retraités ou encore que nous soyons usagers ou consommateurs, nous poser la question de ce que nous voulons comme société en même temps que nous rejetons celle ci. On ne peut pas indéfiniment s’en remettre à du personnel politique qui est de toute façon à la botte des plus riches.

Tous ensemble, nous prendrons au fur et à mesure des luttes que nous menons l’expérience nécessaire pour élaborer le projet de société qui réponde à nos besoins. La tâche la plus urgente qui incombe donc à ceux qui sont en lutte est de généraliser le conflit. Parce que la question des services publics est essentielle pour définir les rapports qu’on entretient entre êtres humains, il nous faut nous rencontrer, nous soutenir, lutter ensemble, gagner en expérience et enfin imposer la satisfaction maximale de nos besoins, de tous nos besoins.

groupe La Sociale (Montpellier)


Crise de foi

La place de la femme

Lors du jubilé, il y aura une journée ­ le 25 mars —de « célébration dans le monde entier pour signifier la dignité des femmes ». Cette dignité se résume à se marier, enfanter, s’occuper des enfants et du foyer, et obéir au mâle de la maison. Cela n’a rien à voir avec des revendications d’égalité ou de liberté des femmes.

Une nonne anglaise, Lavina Byne, avait cru sans doute que la dignité des femmes, c’était par exemple, le droit d’être ordonnée prêtre dans notre chère Église catholique si pro-féministe à l’aube du troisième millénaire. Aussi, elle a écrit un livre, Les Femmes devant l’autel, où elle se prononce pour l’ordination des femmes au poste de prêtre. Elle y dénonce aussi les femmes qui doivent rester toujours à genoux, en silence, tête basse, obligées à jamais de demander pardon pour le péché commis par Eve.

Cette audace lui a été fatale ; elle a été obligée de rendre son voile de nonne, après plusieurs mois d’enfer terrestre. Les pressions du Vatican ont été telles que Lavina Byne a parlé de retour à l’Inquisition, avec pression en tous genres, autodafé des copies de son livre. Pour elle, l’Église, c’est fini. Dire la vérité n’a jamais plus aux papes.

Elle sera désormais moins naïve et saura ce qu’est la réalité de l’Église, à savoir une ennemie de la liberté de conscience et d’opinion. Une institution chargée de faire respecter les hiérarchies les plus arbitraires, l’homme dominant la femme au nom de Dieu. N’est-ce pas saint Paul qui écrivit, par exemple, que « la femme écoute l’instruction en silence, avec une entière soumission. Je ne permets pas à la femme d’enseigner ni de prendre autorité sur l’homme, mais elle doit demeurer dans le silence » ou encore « Soutenez-vous les uns aux autres dans la crainte du Christ. Femmes, soyez soumises à vos maris, comme au Seigneur, parce que le mari est le chef de la femme, de même que le Christ est le chef de l’Église […]. »

Cela représente l’enseignement de l’Église concernant la place de la femme dans la société. D’ailleurs, Jean-Paul II le réassène souvent : « La vocation de la femme est la maternité : hier, aujourd’hui et toujours. » C’est compris ?

Régis Boussières. — groupe Kronstadt (Lyon)


chronique anarcha-féministe

Martine

« Martine caresse doucement le satin, tourne, retourne et virevolte à travers la chambre, puis soudain elle s’affole en voyant une déchirure au-dessus de l’ourlet. Est-ce un cauchemar ? » (Martine se déguise)

Les femmes qui ont lu Martine. petite maman avant la puberté, devraient bien bien réfléchir, avant d’envisager la maternité. Elles ne le savent pas, elles ne le sentent pas, mais elles sont marquées. Comment pourront-elles un jour affronter couches sales et hurlements spasmodiques, alors que Martine sait, elle, langer un enfant apaisé en ne montrant que du linge propre, brodé de fragiles oiseaux et tendres lapereaux ?

Les femmes qui ont lu Martine, petit rat de l’opéra devraient bien bien réfléchir avant d’abréger leur psychanalyse. Pointé, plié ; pointé, plié… si Martine a les pieds en sang… (du sang tout propre), quelle importance, puisque les petites danseuses sont si jolies, et qu’aucune tache n’apparaît sur les ballerines ?

Ces albums ont construit, dès les années 50, le monde aseptisé et terrible d’une petite fille modèle de la bourgeoisie française. Modèle bourgeois mais série populaire, et en réinvestissant les valeurs. Valeurs de travail et d’obéissance, et strict respect des rôles sexuels : « Les messieurs lisent le journal sur le banc. Les dames, en faisant tourner leurs ombrelles, bavardent. Attendez, attendez, dit une petite fille. En avant, crient les garçons !  » (Martine au parc).

Gilbert Delahaye (texte) et Marcel Marlier (illustrations) ont commis cette série qui, horreur, revient dans les bibliothèques. Sur des images très léchées, les enfants ouvrent des yeux écarquillés sur le monde merveilleux de Martine, où désordre et conflits n’existent pas.

Monde de l’innocence où les robes courtes permettent de bien voir les petites culottes blanches. Monde parfait où la petite fille semble être le centre d’une histoire qui n’est qu’un hymne au patriarcat.

Meilleur des mondes dont le dernier titre, Martine et la parité, se vend très bien.

Pimprenelle


Militarisation de la société russe

Depuis l’arrivée d’Eltsine au pouvoir, le paysage économique et social russe s’est profondément bouleversé en quelques années. Le nouvel État russe, tiraillé entre bureaucratie et privatisation, n’a pas tardé à donner naissance à une mafia politico-industrielle et à s’enfoncer dans une misère économique profonde : 40 % de la population vit en dessous du seuil de pauvreté.

Nous ne retracerons pas là l’histoire du chaos russe de ces dix dernières années, mais il s’agit de comprendre dans quel contexte s’inscrit l’arrivée de Poutine au pouvoir, et les raisons de la militarisation accrue de la société civile. L’actuel président russe, qui le restera sans doute après les élections, est donc chargé de rétablir un semblant d’ordre dans le pays. Il se doit de retrouver la confiance de la population. Au niveau interne, il peut s’appuyer sur les provinces, lui-même est provincial, ainsi que sur les classes moyennes qui sont prêtes à soutenir une relance des réformes ainsi qu’un retour à l’ordre et à la paix sociale, à condition qu’on ne revienne pas sur certains acquis.

La guerre en Tchétchénie a été un excellent moyen de ressouder une population affamée contre l’ennemi intérieur venu du Caucase, qui est bien entendu un dangereux islamiste. De nombreux jeunes hommes au chômage ont ainsi signé des contrats avec l’armée pour partir en Tchétchénie, ce qui leur assure le gîte et le couvert et une certaine reconnaissance sociale liée aux valeurs viriles associées à l’armée. Les contractuels s’intègrent d’ailleurs mieux que les appelés au fonctionnement de l’armée, car les cas de désobéissance à un supérieur (refus de tirer sur des civils) sont surtout le fait de ces derniers.

Ces valeurs sûres que véhicule l’armée, sont en train de se diffuser dans l’ensemble de la société. Le respect de la hiérarchie, le refus de toute subversion, ainsi que des rôles clairs permettant à chacun de se trouver une identité : l’importance de la virilité, et de la force masculine, un rôle subalterne pour les femmes qui ne se conçoit qu’en fonction de l’homme, il y a là tout un programme clé en main pour rétablir la paix sociale. D’où une militarisation accrue : les réservistes doivent subir l’entraînement militaire, la préparation militaire est rétablie dans les écoles, et les médias glorifient les « grands maîtres « du passé, tel l’ex-chef du KGB soviétique. En parallèle, le budget de l’armée a eu droit à de nouvelles subventions.

En instaurant ainsi la présence de l’armée dans la vie quotidienne des individus, l’État russe entend mettre au pas toute une population affamée et avoir ainsi les mains plus libres pour entreprendre de nouvelles réformes économiques. Il use de ficelles déjà connues ce qui ne réduit en rien leur potentiel de dangerosité. Cette militarisation ne se fait pas sans heurts (voir ML 1195), signe qu’une population ne se soumet pas aisément.

Gaëlle. — groupe Durruti (Lyon)


Un collège-lycée alternatif pour Tivaouane (Sénégal) ?

En octobre 1997 s’est déroulée l’ouverture d’un nouveau lieu éducatif dans cette ville du Sénégal que les lecteurs assidus du Monde libertaire et d’Alternative libertaire connaissent déjà un peu (ML n° 1132, sept. 1198, AL n° 223, déc. 1999). La première rentrée s’est faite avec deux classes et 29 élèves, une troisième et une terminale, la seconde avec cinq classes et 90 élèves en novembre 1998, et enfin 158 élèves pour l’année 1999-2000, tous les niveaux à l’exception de la quatrième. Mais ce sera pour la rentrée prochaine et l’effectif devrait alors approcher les 200 élèves. Afin d’assurer les cours une vingtaine de profs viennent bénévolement en plus de leurs heures dans les établissements de Tivaouane et de Thiès (la troisième ville du Sénégal et distante d’environ 40 km. de Tivaouane). En fait ce n’est pas vraiment du bénévolat car ils ont droit à une indemnité de déplacement de 500 F CFA, soit 5 francs français.

Alors évidemment ça pose de petits problèmes de fonctionnement. Les profs changent souvent et l’emploi du temps n’est pas complet. Autre menu problème, les locaux. En vérité au mois d’octobre 1999 l’ACAPES, Association Communautaire d’Appui à la Promotion Éducative et Sociale, nom de cette structure qui est l’émanation d’un mouvement d’éducation populaire né à la fin des années soixante, n’en avait pas. Elle s’était fait virée de locaux que le propriétaire n’utilisait pas mais dont il avait maintenant le besoin le plus urgent. Finalement, c’est un hangar abandonné ou étaient stockés des produits phytosanitaires à vocation agricole, des pesticides quoi, qui a pu être récupéré, nettoyé et aménagé en lieu éducatif. C’est-à-dire en récupérant à la hâte quelques tableaux et tables-bancs. Bien sûr il n’y a ni eau ni électricité et l’odeur persistante des produits n’est pas très rassurante.

La nécessaire pratique de l’entraide

Et la rentrée a pu se faire, en novembre. Comme si la situation n’était déjà pas assez compliquée, les autres écoles de la ville ont accusé l ‘ACAPES de concurrence déloyale. Il faut dire que celle-ci ne demande que 200 FF par an et par élève, alors que les écoles privées 1500 F/mois et le collège public 100 F/mois. Évidemment avec des profs bénévoles et un vieux hangar sans électricité, les frais de fonctionnement sont bien moindres. Comme de plus les résultats au brevet 1999 ont été supérieurs à ceux des écoles de Tivaouane…

Et oui, exclus du système scolaire, les élèves sont particulièrement motivés. Les profs ayant une présence aléatoire, ils pratiquent l’entraide à haute dose et sont sans doute moins angoissés qu’ailleurs par l’autoritarisme des enseignants. Ils considèrent l’école comme « une école sociale et une école de la liberté » et évoquant les profs, « dans cette école ils sont différents, ils nous encouragent et ne font pas de distinction entre les bons et les mauvais élèves ».

L’ACAPES ne pratique pas encore l’autogestion version Lycée Autogéré de Paris. Cependant les élèves participent à la gestion de l’école avec les enseignants et les parents, à la mise en place des emplois du temps. Mais la récente création d’un foyer socio-éducatif devrait renforcer cette cogestion de l’ACAPES et leur donner l’outil qui leur permettra de la rendre encore plus effective. De toute façon dans cette école ce sont les seuls à être présents régulièrement, et ce serait dommage que leur seul investissement se limite à l’organisation de fêtes diverses pour couvrir les frais de fonctionnement.

De plus il est apparu nécessaire qu’elle s’ouvre sur l’extérieur. Une occasion lui tend les bras par l’intermédiaire du guichet d’épargne et de crédit des femmes qui recherchent des personnes pour faire de l’alphabétisation et était prêt à faire venir quelqu’un de Dakar. Ce guichet est une des composantes de l’association AUPEJ, Actions Utiles Pour l’Enfance et la Jeunesse évoquée dans les articles du ML et d’AL cités plus haut ; ACAPES fait aussi partie d’AUPEJ, il y a donc sûrement un moyen d’utiliser les compétences de chacun.

De même, grâce aux dons récupérés en 1998 pendant la tournée du fondateur d’AUPEJ, Moussa Diop (ML n° 1134, oct. 1998) un local a pu être construit. Et celui-ci abrite la seule bibliothèque scolaire de Tivaouane, bibliothèque que les Acapiens fréquentent très peu. Le problème des situations d’urgence et de précarité c’est qu’elles vous empêchent souvent d’avoir une bonne lisibilité de votre environnement immédiat et des compétences qu’il recèle.

Une réussite qui fait des envieux

Les ACAPES avaient pour objectif à l’origine de s’occuper des enfants en échec scolaire et en rupture avec l’école. C’est à l’évidence la fonction que remplit celle de Tivaouane, il faut dire qu’au Sénégal, avec un enseignement fait en français, la langue maternelle étant le ouolof et un examen à l’entrée en sixième qui voit chaque année environ 80 % des enfants y échouer, il y a de quoi faire.
Dans ce contexte pour le moins hostile, est-ce que l’ACAPES de Tivaouane pourra garder le hangar abandonné qu’elle a nettoyé et aménagé ? Rien n’est moins sûr, il n’y a pas de bail. Cependant des négociations sont en cours avec le préfet et Moussa Diop était en décembre plutôt optimiste.

Est-ce qu’elle pourra faire face aux 200 élèves qui s’annoncent à la rentrée 2000 sachant qu’elle est déjà très proche de la saturation en termes d’espace, d’encadrement pédagogique et bien sûr financièrement ? Les seuls financements sont les frais de scolarité payés par les élèves, les bénéfices aléatoires des fêtes et les 1000 FF de l’ACAPES de Dakar, mais qui sont remboursables.

Enfin, les marabouts qui dans cette ville sainte sont excessivement puissants et richissimes laisseront-ils se développer un enseignement laïc et à caractère social et dont l’ambition est de participer à l’aménagement d’espaces intégrateurs pour la mise en œuvre de véritables alternatives éducatives et sociales ?

Olivier Clairat


L’école élémentaire moderne de Tivouane

Les lecteurs et lectrices du Grain de CEL* ont déjà entendu parler de ce village du nord du Sénégal, distant d’à peine un kilomètre du fleuve du même nom, et de la Mauritanie. Dans cette région, la région du fleuve, on vit du riz. De gros programmes d’irrigation ont permis de développer cette culture. Çà n’empêche qu’à 200 km de là, à Tivaouane, les gens mangent de la brisure de riz importée de Thaïlande (en France on s’en sert pour nourrir les chiens).

Bref, dans cette région balayée par le vent et la poussière existe l’École Élémentaire Moderne de Diawar. Et si un jour l’envie vous prenait de visiter une école, celle-ci n’est qu’à quatre heures de route et trois quarts d’heure de piste de Dakar, quand tout va très bien, n’hésitez pas. Vous risquez d’être complètement abasourdis par ce que vous verrez.

Dans ce village de 2500 habitants sans eau courante ni électricité (hormis quelques fermes rizicoles et la station de pompage), l’école, ses instituteurs et les enfants réussissent de nombreux tours de force dans un pays qui se classe au 158e rang mondial sur 174 d’après l’Indice de Développement Humain (classement qui prend en compte l’espérance de vie, le niveau de scolarisation et le revenu par habitant). Et il y a de quoi laisser perplexe le géographe le plus averti.

Les meilleurs résultats de sa région

Niveau résultats scolaires ce n’est pas mal non plus. Cette école primaire de 426 élèves a les meilleures résultats de sa région, le tout sans crier et dans la bonne humeur. Là encore il n’y a pas de mystère, même si ça tient un peu du hasard avec la visite d’un monsieur, Jean Le Gall à son fils ingénieur en hydraulique. Et qui, pédagogue de son état rencontra l’instituteur, Papa Meïssa Hanne et évoqua les avantages de la pédagogie Freinet. Pédagogie que Pap’Meïssa a reprise à son compte. Notamment en créant la coopérative scolaire, clé de voûte de cet édifice et gérée par les enfants, composée des commissions presse, maraîchage, santé, loisirs et fêtes, hygiène et environnement, boutique, bibliothèque, formation pratique et sport. Le travail en petits groupes favorise l’entraide et l’autonomie dans les apprentissages. La correspondance scolaire permet de développer les échanges et indirectement la mise en place de projets avec l’aide de la ville de Rezé, ville de l’agglomération nantaise ou vit un certain Jean Le Gall : dispensaire, maternité, électrification de ceux-ci et de l’école entre autres, quant au journal de l’école il favorise l’expression libre.

Grâce à l’école, à sa structure coopérative et à son ouverture sur son environnement, un programme de reboisement a pu être lancé dans un village ou les arbres avaient disparus. Le travail de la commission hygiène et environnement a déjà porté ses fruits. Plusieurs dizaines d’arbres ont été plantés dans la cour de l’école, mais aussi dans les rues du village avec l’accord des parents qui s’engagent à les entretenir et à les protéger des chèvres et autres prédateurs à deux pattes. L’école est d’ailleurs devenue un site pilote pour le reboisement en zone sahélienne.

Sur la piste de l’émancipation sociale

Quand arrive le début de l’année, la commission maraîchage retrousse ses manches et va jardiner sur un vaste terrain de 6 400 m2 malgré les chèvres, l’extrême aridité du sol et les problèmes d’eau. Ça ne doit malgré tout pas si mal marcher, car pour l’année 1999 le bénéfice a été de 70 000 F CFA, une partie de la production étant revendue aux habitants du village. On pourrait aussi évoquer la commission boutique qui achète du matériel scolaire et le revend à des tarifs inférieurs à ceux pratiqués par les commerçants.

Cette école un peu particulière n’a sûrement pas tout bouleversé dans ce village. Mais nous avons pu constater que sur les trois critères de l’IDH elle a contribué directement à modifier l’espérance de vie ; en ce qui concerne le niveau de scolarisation, tous les enfants fréquentent l’école. Il y a même bousculade le jour de l’inscription, et une garderie enfantine est en projet, et verra bientôt le jour. Par contre le premier collège est à trois quarts d’heure par la piste pendant la saison sèche et il y a un examen pour rentrer en sixième. Examen auquel l’école de Diawar a fait des résultats exemplaires pour la session 1998, 51,85 %, ce qui lui a valu une attestation d’honneur délivrée par l’inspecteur départemental de l’éducation nationale, représentant d’une administration qui voit rarement d’un bon œil les écoles Freinet et ne fait surtout rien pour leur développement.

Est-ce que l’école est capable d’apporter des changements au niveau de vie de la population ? de promouvoir une autre forme de développement que celle qu’impose le libéralisme ? de favoriser l’émergence d’une démocratie directe ? d’être facteur d’émancipation sociale ? On peut le penser même si il est bien trop tôt pour répondre à toutes ces questions et si les tous les acteurs de cette aventure éducative sont loin d’avoir toutes les cartes en main. On y retourne d’ici quelques mois et on vous tient au courant.

Pour Bonaventure : Olivier Clairat

P.S. : et le patriarcat ? à cette question, les instituteurs de l’Association sénégalaise de l’École moderne (branche sénégalaise du mouvement Freinet) ont répondu que la scolarisation des filles et le fait qu’elles aient des responsabilités allait sans aucun doute remettre en cause le pouvoir des hommes dans une société, ne l’oublions pas, musulmane à 95 %.
*journal du Centre d’Éducation Libertaire Bonaventure, numéro spécial Sénégal, octobre 1998


La mutation du capitalisme

Dans son ouvrage Propriété et Mondialisation Serge Mahé, instituteur, laïque et anarcho-syndicaliste, nous conduit à travers son analyse de l’évolution de la propriété à celle du capitalisme. Depuis les « trente glorieuses » ce dernier s’est profondément transformé. Cette fin de siècle est marquée par d’importants changements, la mondialisation de l’économie de marché, la hausse des bourses, l’explosion de la sphère financière, l’effondrement du vrai socialisme pour un libéralisme social… Tout un tas de faits qui ont transformé les données politiques.

Quelles sont les causes de cette évolution ? En quoi a-t-elle modifié le rôle et les fonctions de l’État ? Quelles positions les politiciens vont-ils prendre ? Quelle attitude les travailleurs et le mouvement syndical doivent-ils ou peuvent-ils prendre face à cette nouvelle donne ? C’est à cet ensemble de questions que répond Serge Mahé.

Tout d’abord à travers son analyse historique des différentes formes prises par la propriété, il relance le débat en confrontant les points de vue marxiste et anarchiste. Il montre dans ce qui est la partie la plus neuve de son ouvrage les divergences fondamentales existant entre Karl Marx d’une part et Proudhon, Bakounine d’autre part. Il le fait, en replaçant la propriété dans son contexte historique. Ce processus déjà ancien a produit des crises et pourrait en causer une autre, fort dommageable à l’humanité. Ensuite dans la démarche keynesienne, le personnalisme communautaire de Mounier et le principe de subsidiarité, il dénonce le « moins d’État-mieux d’État » comme le disait Rocard avant Blair. Originaire de la pensée chrétienne de saint Thomas d’Aquin, hérité du droit canon et développé dans l’encyclique de Pie XI Quadragesimo Anno de 1931, le principe de subsidiarité est à présent l’œuvre de la France (par la décentralisation) et de l’Europe. Les conséquences de son application se font sentir dans tous les domaines de nos sociétés, les services publics, le social et le culturel. Serge Mahé évoque aussi les réactions politiques et passe en revue des concepts comme l’État-nation, la pensée unique, le communautarisme, l’ultralibéralisme, le nationalisme et le nationisme. Il évoque Bourdieu et « sa version moderniste de l’exploitation de l’homme par l’homme » et précise que « le regroupement défensif des exploités est à coup sûr naturel et salutaire. Il ne peut être efficace, voir devenir offensif, qu’à la condition de rester indépendant des forces capitalistes et des États qui les protègent ».

Ensuite, il consacre un chapitre au syndicalisme, il décrit la position de la CGT, « sous la surveillance de sa marraine, madame Notat, depuis son intronisation dans la confédération européenne des syndicats (CES) et sa volonté de s’inscrire d’une manière nouvelle et critique sur la RTT de Mme Aubry ». Puis, celle de la CFDT qu’il condamne pour son abandon du programme d’autogestion et de l’égalité pour « le manteau de saint Martin » et l’équité. Il fait un rapprochement entre les lois Robien et Aubry qui pour « les bons esprits […] sont également l’occasion de mettre en œuvre […] des pratiques participatives ». Il s’attache un peu trop à l’attitude de la CGT-FO en oubliant que ce syndicat tombe parfois dans certaines entreprises ou fonctions publiques dans le travers du syndicalisme maison avec ses attitudes de « jaunes ». Il conclut dans son chapitre « Perspective collectiviste fédéraliste » en proposant quelques pistes de réorganisation sociale pour remplacer la barbarie capitaliste tout en évitant l’oppression totalitaire. Au total, un grand livre fort documenté où dans une analyse purement anarcho-syndicaliste, l’auteur évoque dans son historique de la propriété Marx, Trotsky, Rosa Luxembourg pour mieux parler de Proudhon, Bakounine, Kropotkine, Malatesta, Fabbri, Pelloutier, la charte d’Amiens, puis décrire les failles du capitalisme et de sa mondialisation, pour finir par une prédiction : « le XXIe siècle sera celui des révolutions ». Chiche !

Michel Sahuc. — groupe La Sociale (Montpellier)

Propriété et mondialisation
. Serge Mahé. Éditions l’Harmattan, 192 p. 110 FF.


Révolte.com, Denis Robert

Denis Robert est surtout connu pour ses livres sur « les affaires ». Il fait paraître là un récit engagé, révolté, à propos de l’édition et des médias en particulier et de la société capitaliste en général.

Denis Robert a, comme Christine Angot, abolit la virgule. La lecture est donc suffocante, et, si elle est révoltante, c’est par contrecoup. Parce que l’auteur, comme Christine Angot, joue avec la confession, avec l’exhibition (compte-t-il que ça lui rapporte autant ?)… Comme Angot, il joue aussi de l’hystérie (« Et alors non je ne suis pas énervé. Oui je suis calme parfaitement calme »). Un livre à la lecture à la fois facile et pénible, formellement agaçant.

Denis Robert crache dans la soupe. Le monde de l’édition le fait gerber ­ et il y a de quoi ­ mais quand on estime être dans un milieu pourri et qu’on le dénonce, il ne reste plus qu’à partir… Mais partir où ? Partir Che ? On sent bien que ça le titille : il écrit « Je serais une sorte de Che Guevara en plus vivant », délire écrit sous l’influence de l’abus de punch (du moins le prétexte-t-il), mais est-il lucide lorsqu’il annonce : « En fait, depuis un an je prépare un livre dont le contenu doit rester secret. Quand ça sera prêt je pense que tout le monde sera scié. […] Une bible. Ce ne sera pas un ouvrage religieux mais une publication faisant autorité sur l’époque un livre indiscutable. […] Quand je l’aurai fini je pourrai partir content même si je ne saurai absolument pas où aller même si je serai très ennuyé de ne plus avoir de révolution à préparer. » Denis Robert se situe clairement du côté de la révolution, ce qui stoppe donc la comparaison avec Christine Angot, puisqu’il nous est forcément plus sympathique. Il reste que nous n’avons confiance en aucune élite intellectuelle ou prétendument prolétaire pour faire une véritable révolution, que nous n’attendons pour cela ni messie ni Denis Robert. D’autant que ses chevilles sont déjà enflées : « Le seul livre possible aujourd’hui en dehors de mon grand livre possible sur la préparation méthodique de la révolution serait un petit livre banal sur la banalisation de l’existence. » On passe de l’hystérie à la mégalo… La contribution de Denis Robert à la révolution serait la bienvenue, s’il pouvait éviter de se prendre pour le Karl Marx du XXIe siècle

Le Furet

Révolte.com, Denis Robert. édition les arènes. 140 p. 65 FF.


Le Mille feuilles

C’est à une heure de Toulouse. Tu t’y engouffre dans des vallées qui serpentent jusqu’aux pied des Pyrenées. À gauche et à droite, ce n’est que collines tapissées de bois impénétrables. Au bout, c’est la montagne et ses horizons déchirés de hauteurs inquiétantes. De ci de là quelques fermes faméliques hantent le paysage de leurs pierres arrachées au torrent. Au cœur du cyclone ou dans la moiteur de rares carrefours surgit d’on ne sait d’où quelques gros bourgs paressent au soleil d’une hargne à survivre. Des cimes enneigées sont toujours là pour rappeler au voyageur qu’on ne passe pas par l’Ariège, mais qu’on y va.

Et ils y sont venus !

Les hommes de cro-magnon qui fuyaient la loi de la jungle. Les croquants et autres malandrins qui aimaient à se baigner dans le sang bleu des oppresseurs du moment. Les anars espagnols qui, pour avoir initié la plus grande révolution sociale de tous les temps, se retrouvaient coincés entre Franco la muerte et les camps de concentration français. Les babas et autres cœurs purs d’un printemps trop bref qui, faute d’avoir pu changer la vie, se piquaient de changer la vie. Et d’autres, comme moi, gens de plaine et de mer, troubadours de rêves incertains mais tatoués au fer rouge de la révolte et de l’espoir y viendront ;

Depuis toujours, depuis l’aube des temps, l’Ariège, cette terre courage, a été terre d’asile. Oh, bien sûr, ça fait parfois des étincelles entre les purs porcs (dixit Benoist Rey) qui ont tendance à oublier leurs origines et les derniers en date de la fuite. Mais… ! Mais au bout du compte, ça ne se passe pas si mal que ça. Pour preuve, ce n° 27 du Mille feuilles, la revue du Mille pattes, qui en est à 2 000 pages de publication, et, donc, à mille feuilles.

On y retrouve le meilleur (le best of comme on dit maintenant) de douze années de résistances, d’épopées et d’une volonté incontestable de vivre autrement. Écologiquement (pas comme encravatés de vert qui nous gouvernent). Et, osons le terme, libertairement (pas comme les curés noirs de toutes les paroisses).

Paco Ibanez, Léo Ferré, Jacques Higelin, chantant à Saint-Girons en 1990, au profit du Mille Pattes, devant 3 000 personnes ; le drapeau noir flottant sur la mairie de Saint Girons le 1er avril de la même année ; des poèmes : des dessins ; le coup de patte de l’incroyable Bobol Glocq ; les coups de cour de Dan Giraud ; des textes de Francis Guibert, Alain Gibertie, Jean-Claude Ajax, Yves Le Pellec, Claude Pélieu, Jean-Pierre Moreau… cent mille et une petites nouvelles du front de cent mille et une alternatives en actes ; des portraits de Stirner, une pub pour les Égorgeurs et même des articles… du Monde libertaire.

Bref, encore plus que les autres, ce numéro du Mille feuilles est un régal et, comme avec le gâteau du même nom, tous les gourmands d’espoir s’en délecteront.

Jean-Marc Raynaud

Le Mille feuilles n° 27. 76 p. 20 FF. chèque à l’ordre du Mille feuilles (28 FF avec port). Le Mille feuille du Mille pattes, 14 rue du Pujol, 09200 Saint-Girons.


Aujourd’hui mazoutés, demain radioactifs

Surprise ! Au début de l’an 2000, la population bretonne apprenait pas la presse locale que l’ANDRA (Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs) et le BRGM (Bureau de recherche géologique et minière) avaient désigné « comme géologiquement favorable » à l’implantation d’un laboratoire souterrain de recherche nucléaire, les sites de Plouaret (près de Lannion), de Quintin, de Dinan, d’Huelgoat. On nous assure qu’aucun déchet radioactif ne sera introduit dans le laboratoire le temps des expériences.

Cependant, le risque est grand d’obtenir au bout du compte un centre de stockage, une poubelle de déchets radioactifs ultimes, « si la roche est suffisamment résistante pour que l’on puisse y construire des installations durables ». Même si notre sous-sol régional peut se révéler être un coffre fort géologique, rappelons qu’aucun coffre n’est véritablement inviolable, indestructible ! La menace de contamination radioactive de l’environnement et des populations pèsera pendant des milliers d’années ! Après Brennilis, Plogoff, l’Île longue (sous-marins nucléaires), le Carnet, on nous redemande de payer pour les choix, l’incurie de nos dirigeants civils et militaires en matière énergétique.

Dans les années 60 et 70, la production électronucléaire civile n’était qu’un sous-produit de la production des armes atomiques. Aujourd’hui, le programme d’électricité nucléaire a environ 30 ans et déjà les milliers de tonnes de déchets radioactifs représentent un risque immédiat et de véritables bombes à retardement pour les générations futures.

Que demandons-nous ?

• Le stockage des déchets existants sur les sites de production, sous la responsabilité du producteur, sous la surveillance des consommateurs, des travailleurs, d’associations écologistes et de laboratoires indépendants.
• Le transfert des milliards de francs prévus pour les centrales nucléaires, la fabrication d’armes atomiques, les centres d’enfouissement vers un programme de neutralisation des déchets actuels, la construction de petites unités de production électrique décentralisée fonctionnant aux énergies renouvelables.
• L’arrêt immédiat des programmes nucléaires civils et militaires.
• Un service public de production d’électricité autogéré par les travailleurs et les consommateurs, non étatique et décentralisé.
Citoyens, citoyennes, camarades ! Bientôt une « mission collégiale de concertation » du gouvernement viendra allécher nos chers élus à coup de millions : 60 millions par an pendant 15 ans en dédommagement !

Une longue série de mensonges a ponctué les cinquante ans d’histoire du nucléaire civil et militaire. Ne croyons pas celles et ceux qui voudraient enterrer au plus vite des déchets dangereux pendant des millénaires. Irréaliste ? Le 6 août 1999, « anniversaire » de la destruction d’Hiroshima, le « Journal officiel » confirmait l’installation d’un laboratoire visant à l’enfouissement en grande profondeur d’ordures irradiées dans le petit village de Bure (Meuse)…

Pour nous, anarchistes, il ne s’agit pas seulement de se défendre quand nous sommes directement concernés ni de se battre uniquement pour son jardin, son terroir, sa communauté. S’opposer au lobby nucléocrate, c’est s’organiser. Ici et ailleurs, un front constant d’opposition au nucléaire civil et militaire, indépendant, c’est organiser. Ici et ailleurs, un front constant d’opposition au nucléaire civil et militaire, indépendant des partis politiques, capable de porter des propositions et des applications alternatives !

groupe Jes Futuro. — Lannion


Des ostréiculteurs qui ne font pas de politique…

Lundi 28 février dernier, alors que Jospin et une partie du gouvernement se rend à Nantes pour faire le bilan de la tempête, et de la catastrophes si peu naturelle de la marée noire, une journée de protestation était organisée. Les « collectifs marée noire » appelaient au rassemblement, ainsi que divers syndicats, associations, partis… dont les verts… Rapidement, ce sont les ostréiculteurs qui s’imposent… en force.

Sous prétexte « qu’on ne fait pas de politique ici », une partie de ces ostréiculteurs refoulent une vingtaine de militant-e-s du Scalp qui avaient la mauvaise idée de porter des drapeaux rouge et noir. Ce sera plus qu’une simple bousculade, puisqu’un militant libertaire voulant s’interposer entre avinés et drapeaux avait eu, lui, la mauvaise idée de porter son look « sud-méditerranéen » :
Présent sur les lieux, je suis intervenu en faveur du SCALP pour dénoncer l’hypocrisie de « l’apolitisme » des ostréiculteurs agités. Je n’en ai guère eu le temps car aussitôt un ostréiculteur se rue sur moi, me frappe d’un coup de tête sur l’arcade sourcilière en beuglant à mon intention (Je suis d’origine étrangère et cela se voit) : « On ne veut pas d’enculé de ta race ici ». Ces propos empreints de xénophobie avec une touche d’homophobie tendent certainement à prouver qu’ils ne faisaient pas de politique… Toute ressemblance avec du Le Pen ou du De Villiers ne serait que purement fortuite. J’ai bien sûr informé la LDH et la CGT présentes sur place de la gravité des propos qui ont été tenus et j’ai quitté la manif.

En partant, j’entendais qu’on scandait : « Tous ensemble, Solidarité » Solidarité, oui ! Mais dans la médiocrité, non !

Nacer


Rennes : expulsion d’un squat autogéré

Mercredi 1er mars aux alentours de 6 heures, les habitant-e-s du 5 rue juillet se sont fait expulser, après avoir rendu public leur occupation il y a trois semaines. Que croyaient donc trouver les quelques 100 CRS mobilisés et armés de fusils (l’équivalent de 20 CRS pour une personne dormant cette nuit là) ? Des terroristes ?

Malgré nos nombreuses démarches vis-à-vis du diocèse, propriétaire des lieux, nous ne nous faisions pas d’illusions sur la logique de charité religieuse dont on nous rebat les oreilles depuis des siècles. Les faits parlent encore d’eux-mêmes : des individu-e-s qui occupaient un lieu vacant vont se retrouver sans logement et cela qui plus est en plein hiver. La critique vaut également pour les autorités républicaines (le préfet) dont la signature, autorisant la procédure d’expulsion signifie qu’elle se placent du côté des valeurs capitalistes au dépend de celle de la solidarité. Car tel était le 5 rue de Juillet en tant que lieu d’habitation mais aussi en tant que lieu d’activités politiques et culturelles.

Déjà, une dizaine d’événements avaient en effet eu lieu à travers des concerts, des projections-débats, la mise en place d’une bibliothèque, d’un lieu de réunion pour des associations… et cela sans subvention ni volonté de profit personnel.

L’expulsion ayant eu lieu sans préavis d’un huissier (malgré la législation en vigueur), de nombreuses activités prévues pour la fin de la semaine et la semaine suivante ne pourrons jamais voir le jour. De plus, certaines affaires personnelles appartenant aux habitant-e-s n’ont pas pu être récupérées lors de l’évacuation.

Nous condamnons le comportement du diocèse et la mairie de Rennes (de gauche), qui convoite d’acheter les lieux, pour sa logique de spéculation immobilière et ses prétendues bonnes intentions au niveau social auprès des plus démuni-e-s. Rennes, ville de plus en plus morte ?

Le collectif d’occupation du 5 rue Juillet et des personnes solidaires

NB : Depuis l’expulsion, le très charitable diocèse identique à lui-même préfère payer une société de surveillance avec chien, postée devant le bâtiment muré plutôt que de voir le local utilisé. Pour toutes ces raisons, dès le mercredi après-midi, nous avons occupé le diocèse avec une partie de nos affaires (matelas, couverture…).


Aspe : La lutte arrache un sursis pour La Goutte

Six jours après le jugement du tribunal des référés de Pau qui ordonnait, le 9 février, l’expulsion manu militari de la Goutte d’Eau pour le 15 mars 2000, le président de RFF Claude Martinand a fait machine arrière en écrivant à « France nature environnement » : « Je suis disposé, en tout état de cause, avant de demander l’exécution de ce jugement, à ce qu’une concertation ait lieu sous l’égide de l’État avec l’ensemble des parties intéressées. »

Le 23 février, le cabinet du Premier ministre confirmait cet avis, en souhaitant que la concertation ait lieu à Paris et non à Pau.

Une fois de plus, la lutte a payé. Les protestations énergiques des associations écologistes et de plusieurs personnalités dont Albert Jacquard, Jacques Gaillot, René Dumont, Jean-Claude Amara, Antoine Waechter, Noël Mamère, André Cazetien, parmi beaucoup d’autres, ont vite porté leurs fruits !

Réjouissons nous de cette jolie armistice, mais restons vigilants car rien n’est gagné, ni pour la Goutte ni pour la vallée d’Aspe.

Un vent d’espoir s’est néanmoins levé dans les montagnes du Sud-ouest de la France, et il ne tient qu’à nous qu’il se transforme en tempête pour tous les ennemis de la Terre qui veulent bétonner les Pyrénées… et toute la planète !

Les Aspaches

Fête-manif les 11, 12 et 13 mars pour la non expulsion de la Goutte d’Eau.
Grande manif pour la victoire en Aspe à Bedons le 7 mai.
Aspaches. c/o La Goutte d’Eau, 64400 Cette-Eygun.


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