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Le 8 mars, c’est notre fête…

Le jeudi 9 mars 2000.

C’est le nouveau calendrier (celui des saints de la république démocratique) qui l’impose : il faut célébrer. On a des dates pour tout, pour la fête du travail comme pour celle des mères, pour le salon de l’agriculture comme pour la journée des femmes. Une cuillerée pour les lépreux-ses, un discours contre le racisme et une pensée pour les femmes. Les journalistes se collent à l’état des lieux, fouillent les archives et interrogent des femmes politiques, historiennes et sociologues. Bouderons-nous l’anniversaire, sous le prétexte, fort justifié, que 365 journées de l’homme, ça fait encore beaucoup ? Que nenni ! Qui lutte ce jour aussi… Bilanisons donc.

Inégalités des salaires, viols et agressions sexistes, prostitution, violence dans l’institution familiale… forment le décor inchangé de l’état français. Et pourquoi aurait-il changé puisque le pouvoir politique n’y a aucun intérêt ? (Si, de fait, il aurait pu évoluer : il « suffisait juste » que le féministes soient plus visibles, mieux organisées, de plus en plus nombreuses… Et le rapport de force aurait été possible… et l’on aurait pas mal de 8 mars dans l’année… et… stop. Poursuivons). Ajoutons sans peur la dégradation de conditions sanitaires (non remboursement de pilules, menaces de suppression de la gynécologie médicale…) et le temps partiel imposé ; phénomènes qui s’aggravent, et qui, chaque année fragilisent un peu plus la situation économique des femmes.

Quelques horreurs, française et internationales, pour être sûres de ne pas se voiler la face, avec ou sans tchador : femmes d’Afghanistan victimes de toutes les tortures, viols de femmes sans-papiers dans les centres de rétention de France et de Belgique, (à Toulouse, alors qu’avocat et gendarmes lui avaient assuré la sécurité, une femme sans-papiers venant porter plainte pour viol a été retenue en garde à vue…), réseaux de prostitution alimentés par les enfants les plus démuni-e-s et les femmes en situation irrégulière, réseaux anti-IVG, viols « de guerre » au Sri-Lanka, l’excision toujours légale dans 27 pays Africains… et l’exécution, au Texas, de Betty Lou Beets.

Chaque année, de nouveaux visages de femmes condamnées à mort par l’institution patriarcale s’ajoutent aux listes de victimes anonymes : c’était hier Sémira Adamu, qui fuyait misère et mariage forcé et que l’on a étouffée, c’est aujourd’hui Betty Lou Beets, violée par deux maris successifs, condamnée pour avoir tué le son mari… Personne ne sait si Jack Lang et le Vatican avaient demandé sa grâce ?

Anarcha-féminisme (lutte d’émancipation des anarchistes, au féminin pluriel)

Quant à nous, femmes anarchistes, et donc féministes, comment pouvons-nous vivre et lutter, lutter et donc vivre, dans cette société patriarcale ? Avant tout, fuir cette oppression peut-il être envisagé ? On peut se permettre sans complexe d’envisager cette lâcheté individuelle, vu la violence du conflit : n’est pas Superwoman qui veut. Oui, mais voilà, c’est pas possible : même en restant sous la couette 24 heures sur 24, livrée anonymement par « pizza-survie », coupée de tous rapports et tous discours véhiculant le « phallocratisme », la bête serait toujours là, puisque ancrée dans nos propres réflexions et comportements…

On peut fuir de façon plus affinée, en niant l’oppression, ou en prétendant en être préservée : « Moi, j’ai vraiment de la chance dans mon couple, mon copain est antisexiste… » ou encore « nous, dans notre syndicat, parti, organisation…) avons la chance d’adhérer à une organisation qui a su, en son sein, assurer des rapports égalitaires entre hommes et femmes de la “tribu”… Les problèmes n’existent qu’en dehors du groupe… ». Comment croire que relations amoureuses, dans la sphère privée, et organisations militantes, dans la sphère publique, soient préservées de ces relations de domination ? Les organisations dites révolutionnaires sont, elles aussi, construites sur cette culture de « fraternité », de « compagnonnage », qui, prétextant qu’il faut globaliser tous les combats pour l’égalité sociale, nie encore souvent la nécessité d’une lutte spécifique, celle des femmes voulant exploser le carcan des genres et la domination masculine. Nous, féministes, savons que, pasticher un certain temps, seule l’émancipation des femmes étendra la liberté de tous et toutes à l’infini.

S’engager sur le terrain du féminisme, c’est affronter la réalité des souffrances intimes de toutes celles qui ne sont « pas nées femmes mais le sont devenues », c’est ouvrir les yeux sur son identité blessée par une éducation à la soumission et à la frustration, par le quotidien de la violence machiste.

Par la prise de conscience individuelle et collective de l’oppression (des groupes antipatriarcaux et anticapitalistes, à l’occasion de la trop réformiste « marche mondiale des femmes », essaient par exemple d’apporter un discours plus radical), par une réflexion sur le langage qui construit le sexisme autant qu’il le reflète (le masculin désignant l’universel), par la préservation d’espaces non-mixtes pour limiter notre auto-censure, par des collages, par des actions… nous faisons reculer cette oppression, nous réapproprions nos propres vies et… c’est bon !

Pippi Langstrumpf et Pimprenelle


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